jeudi 21 septembre 2017

Les Métamorphoses traduites par Marie Cosnay

Dans deux semaines, très exactement, paraîtra une nouvelle traduction des Métamorphoses par Marie Cosnay.



Voici la présentation qu'en font les Editions de l'Ogre :
"La traduction d’un livre aussi extraordinaire que Les Métamorphoses d’Ovide relève d’une forme de folie. Imaginez : une traduction fleuve de plus de dix ans et de quelque 12 000 vers. Pourtant ce projet semble découler naturellement de l’activité d’écrivaine et de traductrice de Marie Cosnay. En 2006, alors que Marie Cosnay enseigne les lettres classiques au collège depuis de nombreuses années, les livres X, XI, XII des Métamorphoses d’Ovide sont inscrits au programme du baccalauréat littéraire. L’Éducation nationale utilise des adaptations vite éditées de l’une des traductions existantes des Métamorphoses, versions qui permettent au lecteur d’avoir accès au contenu mais pas à sa dimension littéraire et poétique. Alors, Marie Cosnay se lance dans la traduction de ces trois chants à destination des Terminales. La première réaction des jeunes élèves et de leurs professeurs, c’est qu’ils n’imaginaient pas Ovide si contemporain. Si contemporain ! Le projet est lancé, et elle reprend Les Métamorphoses depuis le livre I pour en achever la traduction en juin 2016. On imagine la constance et l’énergie incroyable qu’il a fallu puiser pour en arriver à bout. Une nouvelle traduction donc, qui vient s’ajouter à celles de Georges Lafaye et d’Olivier Sers aux Belles Lettres ou à celle de Danielle Robert chez Actes Sud."
On peut lire la suite en suivant le lien
Et pour vous faire patienter jusqu'au 5 octobre, voici un extrait du livre I (v. 89-112), qui nous raconte comment les hommes vivaient pendant l'âge d'or.

D’or est né le premier âge, et sans chef,
De lui-même, sans loi, il respectait la foi et le droit.
On n’avait ni peines ni peurs, on ne lisait aucune parole menaçante
Sur le bronze gravé, la foule suppliante ne craignait pas
Le regard de son juge, on était sauf, et sans chef.
Pas encore arraché, pour voir le monde, à ses
Montagnes, le pin ne descendait sur les ondes fluides.
Les mortels ne connaissaient, à part les leurs, aucun rivage,
Les fosses en pente raide n’entouraient pas encore les villes.
Ni trompette de bronze travaillé ni corne de bronze courbé,
Ni casques ni glaive. Sans présence de soldats
Les peuples dans le calme vivaient de bons loisirs.
Libre, intacte de coups de bêche, blessée
D’aucune charrue, spontanément, la terre donnait tout.
Heureux des nourritures créées sans contrainte
Les hommes cueillaient les petits des arbousiers, les fraises des montagnes,
La cornouille, les mûres accrochées aux durs buissons de ronces
Et les glands qui tombaient de l’arbre épanoui de Jupiter.
C’était un printemps éternel, les doux Zéphirs frappaient
De souffles tièdes les fleurs nées sans semence.
Bientôt la terre sans labour portait des fruits,
Le champ qu’on ne remuait pas blanchissait sous les barbes des épis ;
Déjà des fleuves de lait, des fleuves de nectar déjà coulaient,
Et blondes, du chêne vert tombaient des gouttes de miel.

dimanche 17 septembre 2017

Une lettre de Constanţa

J'ai reçu voici quelque temps une lettre que j'ai ouverte avec émotion : elle venait de Constanţa...


Et, plus émouvant encore, elle contenait le livre suivant :


Un roman inspiré de la vie d'Ovide et écrit par Stefan Cucu, un universitaire roumain qui a passé sa vie professionnelle à parcourir l'oeuvre de notre poète...
La lettre m'est parvenue en quelques jours ; elle était recommandée et ne risquait pas de s'égarer. Aussi n'ai-je pas pu m'empêcher de penser à cette élégie dans laquelle Ovide se plaint à un ami de ne pas recevoir de lettre de lui et l'excuse en supposant que les lettres sont parties mais ne sont pas arrivées...


IV, 7 : Bis me sol adiit gelidae post frigora brumae…

J’ai revu deux fois le soleil après un froid hiver,
            Deux fois, dans les Poissons, il a fini sa route.
De tout ce temps, pourquoi ta main n’a-t-elle pas pris soin
            De m’écrire ne serait-ce que quelques vers ?
Pourquoi ton amitié s’est-elle relâchée quand d’autres
            M’écrivaient, sans que je fusse intime avec eux ?
Pourquoi, chaque fois que je décachetais une lettre,
            Avais-je l’espoir d’y trouver ta signature ?
Fassent les dieux que souvent tu m’aies écrit sans qu’aucun
            De tes nombreux courriers ne me soit parvenu.
Il en est ainsi, j’en suis sûr, et j’aurais moins de mal
            A croire à la Gorgone aux cheveux de serpents,
Aux chiens placés à l’aine de Scylla, à la Chimère
            Mi-dragon, mi-lionne et ceinturée de flammes,
Aux chevaux dont le poitrail rejoint le poitrail d’un homme,
            Et à l’homme aux trois corps, et au chien aux trois têtes,
A la Sphinge et aux Harpyes et aux Géants anguipèdes,
            A Gyas aux cent bras, à l’homme mi-taureau,
Oui, j’aurais moins de mal, très cher, à croire à tout cela
            Qu’à ta métamorphose en ami négligent.
Nous sommes séparés par bien des monts et des chemins,
            Des fleuves et des mers nombreuses et des plaines.
Que sur tant de lettres parties, si peu soient arrivées
            Entre mes mains s’explique par mille raisons ;
Triomphe de mille raisons en m’écrivant souvent
            Et m’évitant, ami, de toujours t’excuser.
 

mercredi 13 septembre 2017

Anacréon et Actéon

Non, ils ne partent pas en barque... Mais ils donneront lieu à une soirée lyrique à Odyssud (31700) les 22 et 23 septembre par la compagnie A bout de souffle, dirigée par Stéphane Delincak, dans une mise en scène de Patrick Abéjean et une chorégraphie de Benjamin Forgues et Charlie-Anastasia Merlet.


En première partie sera représenté le ballet héroïque de Jean-Philippe Rameau, Anacréon (1757) ; en deuxième partie, Actéon, pastorale de Marc Antoine Charpentier (1684).
Plus de détails sur http://www.odyssud.com/anacreon-acteon 
Il reste encore quelques places ; n'hésitez pas à vous précipiter...
Et si vous ne faites pas partie des heureux qui pourront assister au spectacle, vous vous consolerez en écoutant sur YouTube Anacréon :
https://www.youtube.com/watch?v=mbUxrIIEqNs
et Actéon, dans la version qu'en proposaient William Christie et Les Arts Florissants en 2014 :
https://www.youtube.com/watch?v=mbUxrIIEqNs
Bonne soirée dans tous les cas !

mercredi 6 septembre 2017

C'est la rentrée...

En ce début de mois de septembre, je voulais vous signaler la parution du CD que Christophe Rousset et Les Talens Lyriques consacrent au Pygmalion de Jean-Philippe Rameau. Vous pourrez en écouter un court extrait en cliquant sur le lien suivant :
https://www.youtube.com/watch?v=dOAq4qPx9Ws
Et si vous voulez connaître la version qu'Ovide propose de cette belle histoire, je vous en propose ma traduction. Bonne lecture !



Pygmalion les avait vues passer leur vie dans le crime.
Offensé que la femme eût naturellement l’esprit
Aussi vicieux, il rejetait le mariage et vivait                                        
Seul[1] ; longtemps aucune épouse ne partagea son lit.
Cependant, avec un art admirable, il put sculpter
Dans l’ivoire blanc de neige un corps de femme plus beau
Que celui d’aucune femme ; et il s’éprit de son œuvre.
Elle a l’air d’une jeune fille ; on la croirait vivante                                       
Et, si la pudeur ne la retenait, prête à bouger :
Tant l’art du sculpteur fait oublier l’art. Il s’extasie,
Son cœur s’enflamme pour ce corps qui n’est qu’un simulacre.
Souvent, il porte ses mains sur l’œuvre — est-ce de la chair ?
De l’ivoire ? Non, de l’ivoire, il ne saurait l’admettre.                                 
Il donne des baisers, croit qu’on les lui rend, parle, enlace,
Touche son corps, s’imaginant qu’il cède sous ses doigts
Et craint, en pressant ses bras, d’y laisser des marques bleues.
Tantôt il la caresse, tantôt lui fait les cadeaux
Qu’aiment les jeunes filles : des coquillages, des cailloux                           
Polis, des petits oiseaux, des fleurs aux mille couleurs,
Des lis, des balles peintes, des larmes versées par l’arbre
Des Héliades ; il la revêt aussi de beaux vêtements,
Met des pierres à ses doigts, de longs colliers à son cou,
Des perles à son oreille et des rubans à son sein.                                          
Tout lui va, et il ne la trouve pas moins belle nue.
Il étend des tissus de pourpre et la couche dessus,
L’appelle sa compagne et pose son cou incliné
Sur un duvet mœlleux, pensant qu’elle y sera sensible.
Vint le jour où tout Chypre fêtait solennellement                                        
Vénus. On avait immolé des génisses au cou de neige,
Aux cornes recourbées rehaussées d’or ; on avait fait
Brûler de l’encens ; les rites accomplis, Pygmalion,
Devant l’autel, dit, plein de crainte : « Si vous pouvez, ô dieux,
Tout accorder, donnez-moi pour épouse » — il n’osa dire                          
« La vierge d’ivoire » —, « une femme qui lui soit semblable. »
Vénus d’or assistait personnellement à ses fêtes ;
Elle comprit le sens du vœu et, signe favorable,
Trois fois dans l’air jaillit la flamme en trois langues de feu.
A son retour, il va voir sa statue, se penche sur                                            
La jeune fille et l’embrasse ; il lui semble qu’elle est tiède.
Il approche encore sa bouche, et lui palpe le sein ;
Sous sa main, l’ivoire mollit et perd sa dureté,
Il cède sous ses doigts, comme la cire de l’Hymette
Au soleil s’amollit et prend sous le travail du pouce                                    
Des formes qui la rendent plus propre encore au travail.
Stupéfait, plein de joie, de doute, et craignant une erreur,
L’amant ne cesse de toucher l’objet de tous ses vœux ;
Il est de chair : les veines battent au contact du pouce.
Alors le héros de Paphos se répand en actions                                             
De grâces pour Vénus, et ses lèvres pressent enfin
De vraies lèvres. La jeune fille a bien senti les baisers
Qu’il lui donne ; elle a rougi et levé timidement
Les yeux vers la lumière, a vu le ciel et son amant.
La déesse assiste au mariage — c’est son œuvre — ; et quand                   
Neuf fois la lune eut fait un disque de ses cornes,
Naquit Paphos, de laquelle l’île tire son nom.
D'après Ovide, Métamorphoses, X, 253-297 

Galatée © Jean-Luc Ramond




[1] Je précise que les femmes qui ont poussé Pygmalion à se détourner des femmes sont les Propétides, dont Vénus avait fait les premières prostituées.