mardi 14 novembre 2017

De retour de Poitiers (II)

Les Journées d'octobre de la CNARELA ont aussi donné l'occasion aux participants d'écouter une belle communication de Françoise Frontisi-Ducroux, sur le thème des "Métamorphoses végétales dans les mythes grecs", thème qu'elle développe dans sa dernière publication, Arbres-filles et garçons-fleurs. Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs.
Elle a bien voulu - et nous l'en remercions vivement - nous confier une page consacrée à Myrrha.
La voici, illustrée de quelques images que j'ai sélectionnées.


De toutes les histoires qu’Ovide raconte dans ses Métamorphoses, celle de Myrrha est de loin la plus horrible. C’est, dit-il, « un amour plus terrible que la haine[1] ». Cinyras, roi de Chypre - l’île d’Aphrodite -  a une fille, Myrrha . Sa beauté lui attire de nombreux prétendants. Mais Myrrha est amoureuse de son père. Lorsque celui-ci lui demande qui elle aimerait prendre pour époux, elle répond : « Quelqu’un comme toi. » Elle garde secrète sa passion, et aspire à la mort. Elle s’apprête à se pendre, lorsque sa  nourrice la surprend et lui fait avouer son amour monstrueux. Compatissante et complaisante, elle lui ménage une entrevue incognito avec son père, dans le lit conjugal même, profitant de l’absence de la mère, occupée aux fêtes de Déméter. Cinyras, « alourdi par le vin », s’unit à sa fille, dans l’obscurité, et la féconde immédiatement. Les nuits suivantes voient le crime se répéter, jusqu’à ce que le père, désireux de connaître enfin son amante, fasse apporter un flambeau : il reconnaît sa fille et, horrifié, tire son épée pour la tuer. Myrrha s’enfuit à la faveur de la nuit et erre longuement dans la campagne. 


 Myrrha et Cinyras. Gravure de Virgil Solis (1514-1562)

Désespérée  elle finit par supplier les dieux de la soustraire à la vie et à la mort, afin de ne souiller ni la terre ni les Enfers. Elle est exaucée :
« La terre recouvre ses jambes, ses ongles se fendent et des racines en sortent obliquement, support d’un tronc élancé. Ses os deviennent du bois qui conserve au milieu sa moelle ; son sang se transforme en sève, ses bras en grosses branches, ses doigts en petites, sa peau devient écorce dure […] Elle se laisse aller et son visage est englouti par l’écorce. Et bien qu’elle ait perdu avec son corps sa sensibilité de jadis, elle pleure encore et de l’arbre suintent des gouttes tièdes […] Elle leur donne son nom et l’on parlera à tout jamais de la myrrhe (traduction Danièle Robert).
L’aventure de Myrrha, purement humaine, s’inscrit dans la catégorie des légendes plutôt que des mythes. Les dieux y interviennent cependant au dénouement : la Terre, déesse bienveillante, enracine Myrrha et la végétalise. Ils sont même présents  dès le début, selon une version qui fait d’Aphrodite l’instigatrice du drame : pour se venger de la reine qui prétendait que la beauté de sa fille surpassait celle de la déesse, elle inspire à Myrrha cette passion funeste. Tragique aberration de la fierté maternelle. Tragique ironie aussi de la justice divine, qui souvent frappe le coupable par l’intermédiaire de l’un de ses proches. C’est ainsi que Pasiphaé subit le châtiment de l’impiété de son époux, Minos, en s’éprenant du beau taureau blanc. Le roi de Crète devra s’arranger ensuite du rejeton monstrueux que sa femme met au monde. Myrrha, pour sa part, se voit contrainte de devenir la rivale de sa mère. Le récit, notons-le, met en œuvre quelques motifs traditionnels : le rôle de la nourrice, conseillère perverse, comme l’Oenone de Phèdre, le flambeau révélant le partenaire inconnu, comme dans le Conte d’Amour et Psyché. Et la situation est bien particulière parmi les histoires de métamorphoses végétales rapportées par Ovide. Myrrha est loin d’être aussi innocente que les arbres-filles dont la seule faute est de fuir le viol d’un dieu excité par leur beauté. Ce n’est pas le refus de l’amour mais, au contraire, l’excès d’une passion déviante, qui entraîne leur métamorphose en arbre. Le châtiment, que réclame la coupable de cet amour incestueux, aboutit à la création de l’arbre à myrrhe, dont les valeurs et les usages sont fortement associés aux parfums et à l’érotisme.
Mais l’histoire n’est pas finie, puisque Myrrha est enceinte. L’enfant grandit sous l’écorce, l’arbre enfle en son milieu, puis se courbe et gémit telle une parturiente. Il finit par se fendre pour accoucher d’un beau bébé, que les Naïades recueillent, déposent sur l’herbe tendre, et baignent dans les larmes de sa mère, la myrrhe. 


La naissance d'Adonis, assiette de Faenza, musée de Sans.
 
Cet enfant, fruit de l’inceste, est si beau que deux grandes déesses se le disputent, Proserpine et Vénus. C’est celle-ci qui l’emporte et en fait très vite son très jeune amant. Les garçons aiment la chasse. Le bel Adonis échappe un jour à la surveillance de la déesse et se laisse éventrer par un sanglier. Vénus accourt pour recevoir son dernier soupir.

 Vénus et Adonis, © Jean-Luc Ramond



Désespérée, elle fait du sang versé naître une fleur « fragile et légère, qu’emporte le vent »… qui lui donne son nom. C’est l’anémone. Car si, dans les mythes que chantent les poètes,  les filles sont métamorphosées en arbres, les garçons donnent en mourant naissance à des fleurs éphémères.
Françoise Frontisi-Ducroux


[1] Ovide, Métamorphoses, X 298-502. L’héroïne est nommée Smyrna chez Antoninus Liberalis, Les Métamorphoses, XXXIV. Cf. Françoise Frontisi Ducroux, Arbres-filles et garçons–fleurs. Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs,  Paris, Seuil, 2017.


  

lundi 6 novembre 2017

Gibraltar

Le n° 6 de la revue Gibraltar est paru voici quelques jours.


Au sommaire, un récit, un reportage, deux fictions, un récit photo, un récit BD... et un article sur cet exilé des temps augustéens que fut Ovide. Merci à Santiago Mendieta, fondateur de la revue et directeur de la publication, de m'en avoir confié la rédaction.
Pour en savoir plus, suivez le lien http://www.gibraltar-revue.com/ 
Et pour tout savoir, n'hésitez pas à passer commande (http://www.gibraltar-revue.com/?post_type=product ) ou à vous rendre, si vous êtes à Toulouse jeudi prochain 9 novembre, à l'Instituto Cervantes, 31 rue des Chalets, à 18h30. J'aurai plaisir à vous y retrouver.

dimanche 29 octobre 2017

En passant par La Rochelle (II)...

L'Aquarium n'est pas le seul lieu de La Rochelle où il soit question des Métamorphoses :  le muséum d'histoire naturelle n'est pas en reste, lui qui propose jusqu'au 19 novembre prochain une exposition intitulée MONSTRUEUX.


On y trouve en particulier une planche tout à fait sérieuse sur le loup-garou...


Les étages de ce beau musée, situé dans l'ancien palais du gouverneur d'Aunis, ne manquent pas non plus d'intérêt (https://museum.larochelle.fr/). On peut, entre autres, y voir un ibis naturalisé...


oiseau dont le nom nous rappelle qu'Ovide est aussi l'auteur du Contre Ibis, pamphlet écrit à Tomes pour fustiger un de ses compatriotes qui profitait de sa disgrâce pour tourmenter son épouse et tenter de s'approprier ses biens.
Pourquoi ce pseudonyme ?
Pour faire insulte à son ennemi avant même le premier vers : l'ibis est un oiseau qui suscite le dégoût du fait que, selon une croyance populaire, il se purge en utilisant son long bec comme un clystère, autrement dit en injectant de l'eau dans son fondement au moyen de son bec. La cigogne passait pour en faire autant, ce qui lui valut de devenir l'oiseau emblématique de la médecine. C'est un sort bien moins enviable qu'Ovide voulait réserver à son ennemi...

samedi 28 octobre 2017

En passant par La Rochelle (I)...

L'Aquarium de La Rochelle offre une variété de poissons, crustacés et autres espèces aquatiques qui ravira en extase petits et grands (http://www.aquarium-larochelle.com/).
Il offre aussi, chose plus inattendue, un petit abrégé de mythologie.
L'on est accueilli par Méduse.


Elle voisine avec Cassiopée, dont un cartel apprend la chose suivante : " Cette méduse se pose sur le fond en eaux peu profondes. Elle abrite des algues microscopiques dans ses tissus et dirige ses tentacules vers le haut afin de recevoir la lumière du soleil".


Un peu plus loin reposent Galathée ou, pour mieux dire, Galathea strigosa, et Scyllarus - la version masculine de Scylla ? Son nom vulgaire "Cigale de mer", se décline en "petite" (arctus) et en "grande" (latus). Celle-ci se raréfierait en Méditerranée. Ce qui la perd n'est pas la jalousie de Circé mais tout autre chose : "Sa pêche est interdite dans le bassin méditerranéen où elle était autrefois très présente et recherchée pour sa saveur".


 Enfin se déploient les gorgones, qui n'ont curieusement aucune ressemblance avec les méduses... "Apparentées aux coraux, ces formes arborescentes ne sont pas des plantes mais des colonies d’animaux qui construisent un axe de nature cornée : la gorgonine.
Elles vivent fixées aux roches, exposant leurs rameaux perpendiculairement au courant afin que chaque animal de la colonie puisse prélever le plancton animal dont il se nourrit et l’oxygène nécessaire à la respiration.
Sont présentées deux espèces de gorgones blanches : Eunicella singularis à la forme élancée et avec des polypes bruns et Eunicella verrucosa à la forme plus ramifiée et des polypes blancs."

Ceci devrait être un spécimen d'Eunicella verrucosa ou "gorgone verruqueuse", pour ceux qui préfèrent...















































jeudi 26 octobre 2017

De retour de Poitiers (I)...

La CNARELA (Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes, http://www.cnarela.fr/ACCUEIL/tabid/36/language/en-US/Default.aspx) a organisé à Poitiers du 23 au 25 octobre derniers ses Journées d'octobre. En réponse à la demande des organisateurs, qui avaient retenu cette année le thème de la métamorphose, Isabelle Jouteur, maître de conférences en langue et littérature latines à l'université de Poitiers, est intervenue pour proposer une communication sur la figure de Scylla.
En voici un résumé, qu'elle nous a fait l'amitié de nous communiquer.

Si l'expression "passer de Charybde en Scylla" nous est familière parce que devenue proverbiale, les textes anciens qui ont campé les agissements et les mésaventures de Scylla nous mettent en contact avec un mythe aux significations multiples. Celle qu'Homère représentait comme une pieuvre anthropophage embusquée sur le détroit de Messine devient à l'époque hellénistique une jeune fille métamorphosée en monstre sous l'action d'Aphrodite, avant qu'Ovide ne s'empare du mythe pour en proposer une synthèse magistrale. La conférence a porté sur la version que donne le poète latin des tribulations de la "chienne de mer" ¬—cette figure hybride tripartite (canine, féminine, marine) qui a incarné dans la littérature et l'iconographie antiques un certain nombre de peurs des anciens: caractère dévorant de la mer qui engloutit ses victimes, difficile domestication de la jeune femme nubile, et dévergondage de la femme fatale.

J'y ajoute quelques illustrations de Scylla à travers les siècles, les supports et les fantasmes...


Scylla, cratère en cloche attique à figures rouges, -450/-425, musée du Louvre




Scylla, bas-relief de Mélos, Ve s. av. J.-C., British Museum


Scylla, cratère à figures rouges, Paestum (IVe s. av. J.-C.), The J. Paul Getty museum

Scylla, Giovanni Angelo Montorsoli, 1557, Messine, musée national






Scylla, gravure, XVIIe s.



Scylla et Glaucus, Pierre Paul Rubens, vers 1636

Scylla, château de Champs-sur-Marne, XVIIIe s.


Scylla, bande dessinée


Scylla, Jean-Luc Ramond, 2016



dimanche 15 octobre 2017

Ovide sur France Culture

L'actualité ovidienne est dense, en cet automne...
Vous retrouverez sur France Culture, dans l'émission de Manou Farine "Poésie et ainsi de suite", Marie Cosnay, traductrice des Métamorphoses (Editions de l'Ogre, 2017).


Elle est en compagnie de Pierre Judet de la Combe, auteur de la préface des Métamorphoses et de  L'avenir des anciens : oser lire les Grecs et les Latins (Albin Michel, 2014).


"Quel avenir pour Ovide ?" Telle est la question à laquelle les deux invités répondront...
https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/poesie-et-ainsi-de-suite-vendredi-13-octobre-2017
Et si vous souhaitez obtenir la réponse à une autre question : "Pourquoi faut-il retraduire Ovide ?", écoutez le billet de Mathilde Serrel :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-culturel/pourquoi-faut-il-retraduire-ovide

Bravo à Manou et à Mathilde, véritables amies d'Ovide, pour l'intérêt qu'elles portent à notre poète !




vendredi 13 octobre 2017

Daphné à La Pop

Ceux qui seront à Paris dimanche prochain pourront écouter la lecture faite par Benjamin Lazar de la fable de Daphné et Apollon. Benjamin Lazar sera accompagné par le chanteur Florent Mateo. C'est à 15h30 à La Pop (face au 32-34 quai de la Loire, 75019 Paris).
Pour plus de précisions, suivre le lien http://paris.carpediem.cd/events/4705215-lecture-3-daphn-et-apollon-par-benjamin-lazar-at-la-pop/
Et pour en savoir plus sur Benjamin Lazar, suivre le lien https://www.francemusique.fr/emissions/l-invite-du-jour/entre-musique-et-litterature-avec-le-comedien-et-metteur-en-scene-benjamin-lazar-37172 (la présentation de sa lecture du 15 octobre est faite à partir de 36'15'').
Quant à ceux qui ne seront pas à Paris, ils pourront toujours se consoler en lisant - pourquoi pas à haute voix ? - la version que je vous propose de la fable...



Le premier amour de Phébus, ce fut Daphné, qu’il dut
Non au hasard mais à la rancune de Cupidon.
Apollon, tout fier encor d’avoir vaincu le serpent,
L’avait vu qui tendait son arc en tirant sur la corde :
« Que fais-tu, polisson, avec une arme pour les grands ? »
Lui dit-il. « Ce que tu tiens là va bien à mon épaule,
Moi qui blesse infailliblement bêtes et ennemis,
Moi qui viens de percer Python, tout gonflé de venin
Et dont le ventre écrasait tant d’arpents, de mille flèches.               460
Contente-toi d’allumer de ton flambeau je ne sais
Quelles amours, sans prétendre aux couronnes qu’on me  tresse. »
Le fils de Vénus lui répond : « Ton arc ne manque pas
Son but ? Le mien ne te manquera pas. Les animaux
Le cèdent à Phébus ? Ta gloire à la mienne le cède. »
Il se tut ; battant l’air à grands coups d’ailes, il alla
Tout droit se poser au sommet ombragé du Parnasse,
Et tira de son carquois rempli de flèches, deux traits
D’effet contraire : l’un fait fuir l’amour, l’autre l’appelle.
Le premier est doré, sa pointe acérée resplendit ;                             470
Le second, émoussé, a la tige lestée de plomb.
De celui-ci, le dieu atteint Daphné ; de celui-là,
Il blesse Apollon, transperçant ses os jusqu’à la moelle.
L’un aime sur le champ ; l’autre fuit jusqu’au nom d’amante.
La retraite des forêts, les bêtes qu’on capture et
Dépouille font sa joie ; elle imite Phébé, la vierge.
Un ruban retient ses cheveux, qu’elle n’a pas coiffés.
Beaucoup l’ont recherchée ; elle les a tous repoussés
Pour parcourir les bois profonds, sans souffrir leur union,
Sans se soucier de l’hymen, de l’amour, du mariage.                       480
Souvent son père lui dit : « Tu me dois, ma fille, un gendre. »
Souvent son père lui dit : « Tu me dois des petits-fils. »
Elle qui tient en horreur les noces – elle y voit un crime –
A honte, et son beau visage est gagné par la rougeur.
Elle passe ses bras caressants au cou de son père :
« Permets-moi, père chéri, dit-elle, de rester vierge
A tout jamais ; Diane déjà l’a obtenu du sien. »
Il y consent. Mais tes attraits font obstacle à tes souhaits,
Ta beauté interdit que ce que tu veux s’accomplisse.
Phébus a vu Daphné ; il l’aime et veut s’unir à elle.                         490
Il espère être exaucé mais ses oracles l’abusent.
Comme le chaume léger prend feu après la moisson,
Comme un buisson s’enflamme s’il advient qu’un voyageur
En a trop approché sa torche ou l’abandonne là
Au point du jour, ainsi le dieu s’embrasa ; tout son cœur
Se consume et il nourrit son amour d’un vain espoir.
Il contemple ses cheveux tombant épars sur son cou
Et se dit : « Que seraient-ils bien peignés ? » Il voit ses yeux,
Brillants comme des étoiles ; il voit sa bouche mignonne
– La voir ne lui suffit pas ; il loue ses doigts et ses mains                500
Et ses poignets et ses bras plus qu’à demi dévêtus.
Ce qui se cache, il l’embellit. Plus vite que le vent
Léger, la nymphe fuit, sans s’arrêter, sans l’écouter.
« Attends, fille du Pénée ! Je n’ai rien d’un ennemi.
Attends, nymphe ! Tu me fuis comme la brebis le loup,
La biche le lion, les colombes craintives l’aigle.
Ce sont leurs ennemis ; moi, je te poursuis par amour,
Pour mon malheur ! Ne va pas tomber ; épargne à tes jambes
L’injurieuse griffe des ronces. Ne souffre pas par moi.
Les terrains que tu parcours sont malaisés. Ralentis,                        510
Je t’en prie, retiens ton pas ; je ralentirai ma course.
Vois cependant à qui tu plais : pas à un montagnard,
Pas à un hirsute berger qui garderait ses bœufs
Et ses moutons. Tu ne sais, imprudente, qui tu fuis
Et c’est pour cela que tu fuis. Je règne sur le sol
De Delphes, sur Claros, sur Ténédos, sur Patara.
Mon père est Jupiter ; par moi sont révélés passé
Présent et avenir ; musique et chant par moi s’accordent.
Ma flèche est infaillible – moins, pourtant, que celle qui
A fait une blessure à ce cœur que rien n’occupait.                           520
J’ai inventé la médecine, on me nomme partout
Le secourable, et je détiens le pouvoir sur herbes.
Mais, hélas ! aucune herbe ne peut guérir de l’amour,
Et mon art, utile à tous, est inutile à son maître. »
Daphné fuit en courant, toute à sa peur, sans le laisser
Finir, l’abandonnant à son discours inachevé ;
Elle était toujours aussi belle. Les vents la dénudaient ;
Venant à sa rencontre, ils agitaient ses vêtements,
Et la brise rejetait en arrière ses cheveux ;
Sa fuite l’embellissait. Cependant le jeune dieu                               530
Renonce à se perdre en propos charmeurs ; n’écoutant que
L’amour, il se met à la poursuivre en pressant le pas.
Quand, dans la vaste plaine, un chien gaulois a vu un lièvre,
Le premier court après sa proie, l’autre après son salut.
L’un, se croyant près du but, espère qu’il l’atteindra
Incessamment et, le museau tendu, il colle aux traces ;
L’autre ne sait s’il est pris et, s’arrachant aux morsures,
Echappe à cette gueule qui le touche. Ainsi de la
Vierge et du dieu : elle est mue par la peur, lui par l’espoir.
Mais le poursuivant, porté par les ailes de l’amour,                          540
Est le plus rapide ; infatigable, il serre de près
La fugitive, et son souffle atteint ses cheveux épars
Sur sa nuque. A bout de force, elle a blêmi ; épuisée
Par sa course folle, elle tourne les yeux vers les eaux
Du Pénée : « Père, viens à mon secours, si tu le peux ;
Détruis ces traits trop séduisants ; métamorphose-moi. »
Sitôt sa prière achevée, une torpeur l’accable,
Son tendre sein est enveloppé d’une fine écorce,
Ses cheveux poussent en feuillage et ses bras en rameaux,              550
Son pied, naguère si rapide, est pris par les racines,
Sa tête est à la cime ; seul son éclat est intact.
Phébus l’aime toujours et, la main posée sur le tronc,
Il sent encore un cœur qui bat sous la nouvelle écorce ;
Il enlace les rameaux – tels des membres – de ses bras,
Couvre le bois de baisers, auxquels le bois se dérobe.
 « Eh bien ! lui dit le dieu, ne pouvant être mon épouse,
Tu seras donc mon arbre ; oui, toujours ma chevelure,
Ma cithare, mon carquois t’arboreront, ô laurier.
Les chefs latins te porteront quand ils vont en cortège                    560
Au Capitole et qu’avec joie on chante leur triomphe.
Tu encadreras le seuil de la demeure d’Auguste,
En très fidèle gardien de la couronne de chêne.
Ma tête de jeune dieu porte d’abondants cheveux ;
Sois aussi toujours ornée d’un feuillage persistant. »
Péan s’était tu. Le laurier inclina ses nouveaux
Rameaux, sembla agiter sa cime comme une tête.
D’après Ovide, Métamorphoses, I, 452-567
 
 


© Jean-Luc Ramond
 




mercredi 4 octobre 2017

On en sera !

Le vendredi 23 mars prochain, à 10h précises, une lecture des Métamorphoses est organisée à l'échelon national, européen et, pourquoi pas, planétaire...
Elle aura lieu dans le cadre du "Festival européen latin grec". Voici le lien qui vous permettra de tout savoir sur cet événement : http://festival-latingrec.eu/
Pour sûr, on en sera !


vendredi 29 septembre 2017

Ovide réhabilité !


Incroyable mais vrai...
Deux mille ans après sa mort, Ovide va être officiellement réhabilité !
Ceux qui en doutent sont invités à lire ou se faire traduire l'article suivant, que m'a fait parvenir - grand merci à elle - une amie d'Ovide, Véronique Cirefice.
Nous pourrons donc nous réjouir et chanter ensemble "Nunc est bibendum !", "Maintenant, il faut boire !" pour célébrer cette victoire, certes tardive, mais qui invite à ne pas désespérer de la justice des hommes...


Roma “riabilita” Ovidio dopo duemila anni 

L’Assemblea civica capitolina vota la mozione per la revoca dell’esilio del poeta sulmonese accusato da Augusto
SULMONA. Dopo duemila anni, Roma rende giustizia a Ovidio, il grande poeta latino che Augusto aveva mandato in esilio senza un regolare processo.
Il presidente dell'Assemblea capitolina, Marcello De Vito, ha dato incarico agli uffici di preparare una mozione che revochi il decreto con cui l'VIII d.C. l'imperatore relegò Ovidio a Tomi, sul Mar Nero. La “relegatio”, in base al diritto romano, andava comminata a seguito di un pubblico processo e ratificata dal Senato. L'imperatore, invece, da dittatore qual era, decise da solo. Approvando la mozione, che De Vito farà inserire all'ordine del giorno, l'Assise capitolina – che rappresenta idealmente la continuità storica del Senato romano – potrà finalmente riparare al grave torto fatto a Ovidio da Augusto.
Per dare risonanza all'evento, alla seduta del consiglio che delibererà sulla riabilitazione postuma di Ovidio saranno invitate a partecipare delegazioni di studenti di Roma e di Sulmona. Al fine di agevolare tale partecipazione, la revoca della “relegatio” al poeta dovrebbe avvenire entro ottobre. Se Sulmona, patria di Publio Ovidio Nasone, potrà realizzare finalmente questo sogno, il merito va alla Città stessa stessa, che ha fatto di tutto per dimostrare che il suo figlio più illustre non meritava di essere bandito da Roma, perché innocente, e al presidente dell'Assemblea capitolina De Vito, che a differenza dei suoi predecessori ha preso in seria considerazione la delibera, approvata all'unanimità, dal consiglio comunale della città peligna il 16 marzo 2012. Con la quale veniva recepita la sentenza di assoluzione di Ovidio nel “processo d'appello”, celebrato il 9 dicembre 2011, e la si trasmetteva all'Assemblea capitolina perché revocasse la “relegatio”.
Il processo di primo grado era stato celebrato il 10 dicembre 1967, un decennio dopo la celebrazione del bimillenario ovidiano. Allora la giuria era presieduta da Francesco Della Corte, insigne latinista. Come lo erano il pubblico ministero: il romeno Nicolae Lascu, e il difensore, Francesco Arnaldi. Nel processo d'appello, invece, a pronunciarsi sulla colpevolezza o innocenza del poeta sono stati dei profondi conoscitori del diritto: presidente della giuria il giudice Franco Cavallone; pm l'avvocato Giovanni Margiotta; difensore, l'avvocato Vittorio Masci.
I reati contestati al poeta sono due: corruzione dei costumi e della pubblica moralità e attentato alla sicurezza dell'imperatore. Che sarebbero poi un “carmen” e un “error”: colpe alle quali lo stesso Ovidio nei “Tristia”, scritti durante l'esilio, attribuisce la sua condanna. Il carmen è sicuramente l'”Ars amatoria”, un poema «licenzioso e lascivo», che contrastava con la politica moralizzatrice perseguita da Augusto. Che però era stato scritto 7 anni prima. Esso pertanto potrebbe essere stato solo un pretesto per coprire un'accusa più grave: l’ “error” appunto. Quale sia questo reato, rimane un mistero.
Ovidio parla di una leggerezza: aveva visto qualcosa che non doveva vedere. Altro non dice. Il contesto in cui il fatto si verificò fu probabilmente quello della lotta tra i sostenitori della candidatura alla successione di Augusto di un esponente della gens Iulia, capeggiati da Giulia minore e dal fratello Agrippa, nipoti dell'imperatore (che non aveva figli maschi), e i sostenitori di un esponente della gens Claudia, capeggiati dall'imperatrice Livia, che tramava perché il successore di Augusto fosse il figlio Tiberio, avuto dal precedente matrimonio con Tiberio Claudio Nerone.
Ovidio, che parteggiava per la gens Iulia, potrebbe aver partecipato, anche da semplice spettatore, a qualche evento compromettente. E poiché vi erano coinvolti anche i familiari di Augusto, questi, temendo il clamore che il caso avrebbe avuto, evitò il processo pubblico e inflisse a Ovidio, probabilmente in cambio del suo silenzio, una pena mite: la “relegatio” anziché l'“exilium”, che avrebbe comportato anche la confisca dei beni e la perdita della cittadinanza. Non è casuale che la stessa Giulia minore sia stata relegata alle isole Tremiti lo stesso anno di Ovidio.
Nel processo di primo grado il poeta fu assolto con formula piena per il primo capo d'imputazione (il carmen) e per insufficienza di prove per il secondo (l'error). In appello invece è stato assolto con formula piena da entrambi i capi d'accusa. «Per quanto riguarda la corruzione dei costumi», si legge nella sentenza, «la responsabilità di Ovidio non è stata dimostrata» e gli argomenti addotti contro di lui sono risultati «pretestuosi e insussistenti». Riguardo alla partecipazione diretta del poeta a una congiura contro l'imperatore, «l'accusa non ha fornito alcuna prova». I giudici individuano la causa dell'allontanamento di Ovidio da Roma nell'ostilità di Livia nei suoi confronti. «Ovidio», spiega la sentenza, «non nascondeva la sua adesione a quanti sostenevano la successione ad Augusto di un esponente della gens Iulia, contro le manovre di Livia di assicurare invece il trono al figlio Tiberio. È dato dedurre pertanto, con sufficiente attendibilità, che il provvedimento della “relegatio” sia stata opera della stessa Livia, che su Augusto aveva una forte ascendenza. L'errore di Ovidio era stato, dunque, quello di dichiarare apertamente la sua avversione alla candidatura di Tiberio alla guida dell'Impero». «Ritenuta l'infondatezza delle accuse e l'illegittimità e l'ingiustizia della "relegatio" comminata al poeta», concludono i giudici, «il tribunale assolve Ovidio da ogni reato a lui ascritto e ordina la revoca della "relegatio" e la restituzione del poeta alla libertà e a Roma e, nell'eternità dell'Urbe, all'arte universale».
Riabilitando Ovidio, nel bimillenario della sua morte, Roma non poteva rendergli onore più grande.