samedi 10 novembre 2018

Le Temps des Ecrivains

L'émission "Le Temps des Ecrivains" de Christophe Ono-dit-Biot, diffusée par France Culture, était ce samedi consacrée à deux écrivains contemporains qui se sentent particulièrement proches de deux écrivains du passé.
Les deux écrivains contemporains sont Marie-Hélène Lafon et Salim Bachi. 



Les deux écrivains du passé sont Gustave Flaubert et... Je vous laisse deviner le second ou, si vous êtes en panne d'imagination, vous reporter au texte suivant.

Cette semaine dans Le Temps des Ecrivains, un dialogue entre deux auteurs qui convoquent deux autres auteurs dans leur nouveau livre. D’abord, Marie-Hélène Lafon, prix Goncourt de la nouvelle, prix Renaudot des lycéens, qui nous donne un « Flaubert » chez Buchet Chastel. Face à elle, Salim Bachi, prix de la vocation, prix Goncourt du premier roman, qui publie « l’exil d’Ovide » chez Lattès.
Deux auteurs réunis car leurs livres ont la particularité de se mettre dans les pas de deux grandes figures d’écrivains. Leurs livres n’existent, même, qu’à cause de ces deux écrivains. Pour Marie-Hélène Lafon, c’est donc Flaubert. « Flaubert » dont le nom sert de titre de ce nouveau livre de la collection « Les auteurs de ma vie », dans lequel un écrivain contemporain présente un auteur classique qui lui est cher, avant d’offrir au lecteur sa petite anthologie personnelle. «  Flaubert for ever », proclame à l’orée de son texte Marie-Hélène Lafon, qui confesse vivre, avec « Le bon Gustave »,  « un amour de loin ». Ce qui ne l’empêche pas de nous le transmettre dans des pages fiévreuses et joueuses, pleines d’intertextualité, de clins d’œil et d’interprétations à sauts et gambades. 
Salim Bachi publie, lui, « L’exil d’Ovide », chez Lattès. Mais très vite, on s’aperçoit que cet exil, chanté par le poète latin dans les « Tristes » et les « Pontiques » n’est là qu’en écho au sentiment d’exil qui étreint Bachi lui-même. L’écrivain a en effet quitté son pays natal à l’âge de 25 ans, pour la France où il a choisi d’écrire. La figure d’Ovide, il nous la donne à voir, comme Marie-Hélène Lafon, de façon très personnelle, de façon très lyrique aussi, élégiaque, même, entremêlant cette évocation de réflexions sur ses propres déambulations dans des villes aussi étrangères et diverses que Lisbonne, Rome, ou Paris. Convoquant, aussi, le souvenir d’autres figures d’écrivains exilés, Pessoa, Zweig ou Joyce, qui à leur tour multiplient les échos à l’exil d’Ovide, relégué par l’empereur Auguste, en l’an 8 de notre ère, sur la petite île de Tomis, au bord de la mer Noire, et à l’exil de Salim Bachi. « Nos vies sont placées sous le signe de l’exil, sous le triste signe d’Ovide », écrit-il. 
« Que d’autres se targuent des pages qu’ils ont écrites, moi je suis fier de celles que j’ai lues », disait Borges. 
Ecrire sur un auteur duquel on se sent si proche serait-il une façon de payer ses dettes à la littérature ?

Vous pouvez écouter l'émission en cliquant sur le lien


Les plus impatients sont invités à se reporter directement à 41'22''...

Bonne écoute...
Bonne lecture...









jeudi 1 novembre 2018

Colloque "Présences ovidiennes"


     Du jeudi 8 au samedi 10 novembre se tiendra à la Maison des Sciences de l'Homme de Clermont-Ferrand le colloque international "Présences ovidiennes". Il est organisé par Hélène Vial et Rémy Poignault, qui m'ont fait le plaisir et l'honneur de m'y inviter. En voici le programme.
     Amis d'Ovide, n'hésitez pas à faire le voyage !
 
Colloque international PRÉSENCES OVIDIENNES
Responsables scientifiques : Rémy Poignault et Hélène Vial

8-10 novembre 2018
Maison des Sciences de l’Homme
4 rue Ledru - Clermont-Ferrand


Jeudi 8 novembre

     13h15 Accueil des participants
     14h00 Ouverture du colloque
     14h15 Gianpiero ROSATI, « Ovide, le poète ancien de la modernité »

I. DE LA TRADUCTION A LA CREATION

     A. 14h45-16h15 Table ronde « Traduire Ovide aujourd’hui » Modératrice : Hélène Vial
          Isabelle JOUTEUR (sur les Héroïdes)
          Jean-Luc LEVRIER (sur les Tristes)

Pause

     B. Traduire, réécrire, réinventer
          Amphi 219 Président de séance : Laurent Pernot
               16h30 Stefania CERRITO : « La métamorphose et son exégèse dans les rédactions brugeoises de l’Ovide moralisé en prose »
               17h00 Hélène CASANOVA-ROBIN : « L’interpretatio nominis d’Ovide à Pontano »
               17h30 Claire PAULIAN : « Entre Ovide et nous : l’insistance des médiations anciennes »

     C. Citer, commenter, critiquer
          Amphi 220 Président de séance : Jacques Elfassi
               16h30 Gianmarco BIANCHINI et Gian Luca GREGORI : « La ricezione epigrafica del testo ovidiano : il caso del graffito pompeiano CIL, IV 1595=CLE 927 »
               17h00 Frank COULSON : « Le mythe de Médée dans le commentaire médiéval latin dit “la Vulgate” »
               17h30 Simone GIBERTINI : « Les traces d’un lecteur ovidien inconnu du XVe siècle dans les marges du Codex Traguriensis »
               18h00 Sergio CASALI : « La ricezione filologica e critica di Ovidio nel Novecento »

Vendredi 9 novembre

II. RECEPTIONS LITTERAIRES ANTIQUES DE L’OEUVRE OVIDIENNE

     A. L’Antiquité classique
          Amphi 219 Président de séance : Gianpiero Rosati
               9h00 Giovanni ZAGO : « Echi di Ovidio in Fedro »
               9h30 Francesca ECONIMO : « L’Hypsipyle de Stace et la relecture de l’Héroïde VI d’Ovide : un jeu de triangulation »
               10h00 Eleonora TOLA : « Réécritures ovidiennes chez Stace (Théb. 4, 646-843) : une topographie mythique des guerres civiles »
               10h30 Giuseppe RUSSO : « Ovidio in Marziale : apologia della poesia erotica e polemica letteraria »

     B. L’Antiquité tardive
          Amphi 220 Président de séance : Sergio Casali
               9h00 Luciana FURBETTA : « Les multiples formes de la mémoire d’Ovide en Gaule du IVe au VIe siècle : enquête sur la présence et l’exploitation du modèle ovidien »
               9h30 Giampiero SCAFOGLIO : « La présence d’Ovide dans la poésie d’Ausone »
               10h00 Jacques ELFASSI : « Présence d’Ovide chez Isidore de Séville »


III. RECEPTIONS ARTISTIQUES
SUR LE SITE DU CHATEAU DE VILLENEUVE-LEMBRON

     14h00 Visite des fresques ovidiennes du château de Villeneuve-Lembron (http://www.chateau-villeneuve-lembron.fr/) avec Irmine BLAISE et Annie REGOND

     Présidente de séance : Hélène CASANOVA-ROBIN
               15h00 Annie REGOND : « Avant Villeneuve, Chareil, une autre utilisation des mêmes modèles gravés »
               15h30 Stefano GRAZZINI : « La “Gigantomachie” d’Ovide dans les exégèses et dans les productions artistiques au Moyen Âge et à la Renaissance »
               16h00 Séverine CLEMENT-TARANTINO
« Curiosités ovidiennes : à propos de l’utilisation des Métamorphoses dans la décoration de trois cabinets conservés au Musée Benoît-De-Puydt de Bailleul »
               16h30 Jean-Luc LEVRIER : « Comment photographier les Métamorphoses ? »


     La bibliothèque de la Maison des Sciences de l'Homme expose du 5 au 30 novembre une sélection de mes photographies sur les Métamorphoses.

Samedi 10 novembre

IV. RECEPTIONS LITTERAIRES MODERNES ET CONTEMPORAINES

     Amphi 220
          A. Présence d’Ovide du XVIIe siècle à nos jours
     Présidente de séance : Isabelle Jouteur
               9h00 Maurizio BUSCA : « Ovide et la constitution du répertoire de tragédies à sujet mythologique au XVIIe siècle en France »
               9h30 Serguei PANOV et Serguei IVASHKIN : « Ovide chez Pouchkine : souveraineté poétique et transfiguration romantique »
               10h00 Daniel-Henri PAGEAUX : « Un journal apocryphe d’Ovide : une lecture du roman de Vintila Horia Dieu est né en exil »

Pause

          B. Le destin littéraire de grandes figures ovidiennes au fil des siècles
     Président de séance : Frank Coulson
               10h45 Cristina NOACCO : « Le mythe de Pyrame et Thisbé. Adaptations et réminiscences littéraires du Moyen Age au XVIIe siècle »
               11h15 Alessandra ROMEO : « Le parole di Euridice : echi antichi e moderni di un motivo del mito orfico »
               11h45 Conclusion du colloque


mercredi 24 octobre 2018

D'un château l'autre (IV)...

Une salle entière du château Bertier, conçue par Guillemette Gindre et Martine Rigaudière, est consacrée à Narcisse.
Au centre est installé tout un dispositif de tubes recouverts de papier réfléchissant. Sur les murs, des tableaux de Guillemette.


C'est entre les uns et les autres que se déplace Pascal Delhay, notre Narcisse.


Miroir, mon beau miroir, qu'as-tu donc à m'apprendre de cet autre qui est moi ?






















Narcisse évolue énigmatiquement au milieu de ce décor vertigineux...

Avant de se retrouver face à face avec son image...


Sur un côté de la salle, des anamorphoses soumettent d'autres héros des Métamorphoses à l'épreuve du double...















mardi 23 octobre 2018

D'un château, l'autre (III)...

Aujourd'hui, je vous fais faire une descente aux Enfers...
En compagnie de Pluton, qui vient de ravir sa proie - entendez "d'enlever Proserpine".


N'est-ce pas de cela qu'il s'agit sur cette toile de Guillemette Gindre ?
A moins, m'a-t-on dit, que ce ne soit une scène de danse ? Un tango ?...
Et alors ? La danse n'est-elle pas une version policée du rapt ?...

Sur le mur d'en face se déploie le jardin de Proserpine...


Entendons-nous bien... Pas celui de Pluton, planté de grenadiers dont le fruit, consommé par la jeune fille, valut à celle-ci l'interdiction de remonter durablement sur terre. Non... Je vous parle du jardin de Proserpine, dont aucune légende, c'est vrai, ne parle.


Mais quand on se rappelle que la fille de Cérès était en train de cueillir des fleurs au moment de son rapt, comment douter de son goût pour les fleurs ?


Celles des Enfers sont comme mortes et ne vivent que de la lumière intérieure qui les transfigure. Ou plutôt de la transfiguration que leur a fait subir Nelly Bonnefis dans ses monotypes rétroéclairés.

Plus tard, c'est Pascal Delhay qui ravira les spectateurs de sa chorégraphie infernale, au pied des fleurs du royaume d'En-bas...


Mais qui est-il lui-même, ce terrible ravisseur ? Une force de l'ombre ou le fragile négatif d'une frêle lumière ?...






vendredi 19 octobre 2018

3 en 1

Aujourd'hui, trois informations en un message...

Le troisième volet de la série "Narcisse mon beau Narcisse" porte pour titre "Je, où es-tu ?" et se nourrit des questions suivantes : comment passe-t-on de Narcisse, personnage mythologique, au narcissisme, stade nécessaire au développement de l'enfant en psychanalyse ? En quel sens est-il à la fois nécessaire et dangereux de se contempler longtemps dans le miroir ?

Pourquoi le narcissisme primaire de Freud et le stade du miroir pensé par Lacan sont-ils des conditions fondamentales pour notre développement ?
Pour Lacan, il existe une distinction entre le “je”, notre subjectivité, et le “moi” qui correspond au stade narcissique.
La question du “je” est politique et éthique : aujourd'hui, nous délaissons le “je” au profit du “moi”...
Notre invitée Clotilde Legui théorise le concept de « narcissisme de masse » : nous sommes rentrés dans une époque qui nous offre les outils de la mise en scène de notre propre existence. Pour exister comme personne, il ne resterait plus d’autre choix que d’occuper le lieu de l’image de soi-même.
L'invitée du jour est Clotilde Leguil, professeure au Département de psychanalyse de Paris 8 Saint Denis, philosophe et psychanalyste de l’Ecole de la Cause freudienne.

Le quatrième et dernier volet s'intitule "Les fantasmes de Caravage".
Le Caravage est l'auteur d'un tableau intitulé Narcisse, à peine un reflet où le regard du peintre devient à son tour l'objet de son propre tableau et bouleverse les interprétations habituelles du mythe. Chez Le Caravage, Narcisse ne se contemple pas, il nous apprend à peindre et à regarder...


Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, est né à Milan en 1571 et mort en 1610.
Rapidement, il est célèbre pour ses scènes de genre comme la peinture intitulée Les Tricheurs (1594) qui inspira plus tard le peintre français Georges de La Tour.
Mêlé à de sombres affaires criminelles, il séjourne plusieurs fois en prison avant que sa peinture ne délaisse le maniérisme au profit du réalisme puissant...
Pour nous en parler, Gérard Wajcman, écrivain, psychanalyste, ancien maître de conférences au département de psychanalyse de l’Université Paris 8.

Quant à ceux qui préfèrent l'opéra, ils peuvent retrouver l'Orphée et Eurydice de Gluck, dans la version se 1859, remaniée par Hector Berlioz. Raphaël Pichon est à la tête de l'ensemble Pygmalion, et Aurélien Bory assure la mise en scène. Avec la  mezzo-soprano Marianne Crebassa dans le rôle d'Orphée et, dans celui d'Eurydice, Hélène Guilmette.


Vous pouvez visionner le spectacle sur Arte Concert :
Vous pouvez aussi aller le voir à l'Opéra Comique jusqu'au 24 octobre - et profiter mieux que sur le petit écran des jeux de miroir conçus par Aurélien Bory...


mercredi 17 octobre 2018

Narcisse, mon beau Narcisse...


Et de deux...
Après l'universitaire, voici Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, chercheur associé au département d’histoire de Paris VII, qui vient nous parler de Narcisse...

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/le-moi-dans-tous-ses-etats-24-narcisse-et-les


Le titre de l'émission est : "Le Moi dans tous ses états : Narcisse et les excès du moi"...

Salvador Dali, Métamorphose de Narcisse, 1936-1937





lundi 15 octobre 2018

Narcisse, mon beau Narcisse...


Écho et Narcisse de John William Waterhouse, 1903

France Culture consacre quatre "Chemins de la philosophie" au mythe de Narcisse, chez Ovide, bien sûr, mais pas que. Merci à Adèle van Reeth - que je salue...
Aujourd'hui était invitée Jacqueline Fabre-Serris, professeur à l'université de Lille 3, spécialiste de la Rome antique. Découvrez la thèse qu'elle a consacrée aux Métamorphoses :

Ou encore Lire les mythes, édité par Arnaud Zucker, Jacqueline Fabre-Serris, Jean-Yves Tilliette et Gisèle Besson. Son sous-titre est Formes, usages et visées des pratiques mythographiques de l'Antiquité à la Renaissance. Quel beau programme !


Le deuxième épisode de "Narcisse, mon beau Narcisse..." est prévu pour demain 10h ; ceux qui ont laissé passer le premier peuvent le rattraper en cliquant sur ce lien :

https://www.franceculture.fr/emissions/series/narcisse-mon-beau-narcisse

Bonne écoute !


lundi 8 octobre 2018

Edition spéciale !

Pourquoi ne pas programmer un petit voyage à Rome entre le 19 octobre et le 20 janvier prochains ?
C'est qu'une exposition consacrée à Ovide aura lieu alors aux Scuderie del Quirinale, avec pour fil conducteur "Amours, légendes et autres histoires".



A quelques jours de l'inauguration, souhaitons bon courage à Francesca Ghedini, la commissaire de l'exposition, et à Giulia Salvo et Isabella Colpo, toutes trois grandes amies d'Ovide !...

(https://www.scuderiequirinale.it/mostra/ovidio-amori-miti-e-altre-storie-000)

D'un château l'autre (II)...

Après l'accueil diluvien de la cour, il n'était pas mauvais de rétablir l'équilibre par un petit séjour chez Bacchus...
Le voici qui invite les visiteurs à faire honneur à la purée septembrale...


Cornu ici, ailleurs entouré des grappes et des feuilles de sa vigne ou tirant irrévérencieusement la langue... Autant d'épiphanies du dieu deux fois né, et qui nous fait souvent voir double...


Quant à son maître, le divin Silène, il a choisi d'ajouter à la chaleur intérieure du vin celle du foyer et d'élire domicile dans la vaste cheminée des cuisines...

Lililane Rey

La salle suivante est consacrée à un épisode de la vie de Bacchus adolescent, victime de pirates peu scrupuleux qui cherchent à vendre le beau jeune homme au marché aux esclaves plutôt que de le conduire à bon port. Mal leur en a pris : le mât du bateau se met à se transformer en cep de vigne porteur de prodigieux sarments et les rames s'immobilisent, prises dans le lierre...
C'est bien assez pour donner aux matelots l'envie de rejoindre la côte à la nage, sans demander leur reste.
Trop tard !
Les voici qui se transforment en dauphins au moment même où ils plongent hors du navire...
Voilà ce que c'est que de vouloir duper un dieu...


 
Agnès Gréco (céramique) et Jean-Luc Ramond (installation photographique)

lundi 24 septembre 2018

D'un château l'autre (I)...

Les Journées Européennes du Patrimoine, organisées cette année les 15 et 16 septembre, ont donné lieu une nouvelle fois à des découvertes bien intéressantes. Entre autres, celle du château Bertier, à une quinzaine de kilomètres au sud de Toulouse, sur la commune de Pinsaguel.


Le château a connu son heure de gloire du temps où la famille Bertier l'occupait, en particulier lorsqu'il fut transformé, au XVIIIe s., en château de plaisance, après avoir été un redoutable château fort implanté au confluent de l'Ariège et de la Garonne.


Après bien des vicissitudes, et alors qu'il menaçait ruine, il fut racheté en 2011 par la Municipalité de Pinsaguel, qui fit le choix, courageux pour une commune de petite taille, de le restaurer. Le chantier est loin d'être terminé, mais le château est bel et bien en cours de métamorphose.


Mais un jeu de mot facile ne suffira pas à rattacher le château à la thématique ovidienne... Car, en fait de métamorphose, ce sont celles d'Ovide qui étaient à l'honneur lors du week-end des JEP : un collectif d'artiste, ARTUEL dont je fais partie, avait investi la place pour y déployer son savoir faire métamorphique. Jugez plutôt...


Pour accueillir les visiteurs dans la cour d'honneur se dressaient des silhouettes maigres, faites de bois flotté et de céramique, et dues au travail et à l'imagination d'Agnès Gréco et de Claudine Villand : il s'agit de l'humanité en train de sortir de terre après que Deucalion et Pyrrha eurent jeté par-dessus leur épaule "les os de leur grande mère" - entendons des pierres, les "os" de la  Terre, dont nous sommes tous issus et à laquelle nous retournerons tous...


Qui l’eût cru sans la caution d’une antique tradition ? 
Les pierres perdirent alors rudesse et dureté, 
S’amollirent peu à peu, amollies, se transformèrent. 
Bientôt, elles grandissent, leur nature s’adoucit 
Et l’on distingue quelque chose ayant, pour ainsi dire, 
Figure humaine.
D’après Ovide, Métamorphoses, I, 400-405.


La balade se poursuivait par deux salles consacrées à Bacchus...

samedi 22 septembre 2018

Le domaine de Chantilly (IV)

Ne quittons pas le domaine de Chantilly sans nous attarder dans son parc : 115 hectares qui proposent, entre autres, un jardin anglais (XIXe s.), un jardin anglo-chinois (fin du XVIIIe s.), un jardin à la française (XVIIe s.), dessiné par Le Nôtre, qui le préférait à toutes ses autres créations... 
Au détour d'une allée, vous croiserez peut-être une nymphe fuyant un satyre, un centaure s'entraînant pour le prix du Jockey club ou plus probablement pour celui de Diane... Mais, plus sûrement encore, vous y verrez quelques dieux et quelques déesses...
Vénus, pour commencer, qui protège pudiquement sa pudeur ; Vénus pudique, donc...


Avec, immanquablement, à ses pieds, un dauphin, dont on sait qu'il est volontiers chevauché par Cupidon lorsque la déesse se déplace par voie maritime, allongée dans une conque poussée par les vents...
Tout à côté se dresse Eros, tenant dans sa main gauche les maigres restes de son arc.


Ce n'est évidemment pas le bambin joufflu que l'on connaît, mais plutôt le bel adolescent, l'amant de Psyché - Psyché dont la légende figure d'ailleurs dans les salles du château sous la forme de panneaux de vitrail...
Un peu plus loin, une victime de l'amour cueille des fleurs : c'est la charmante Proserpine. Pluton ne tardera pas à l'enlever pour faire d'elle son épouse et - à titre de consolation - la reine des Enfers.


Et comme pour  entretenir un jardin, il faut de l'eau, en voici, sous la haute surveillance de quelque dieu fleuve "à longue barbe"...




samedi 1 septembre 2018

Le domaine de Chantilly (III)

Aujourd'hui, rendons hommage à Vénus...
Avec pour commencer un tableau d'Annibal Carrache (1560-1609), où nous surprenons la déesse endormie au milieu d'une joyeuse troupe d'amours, plus potelés les uns que les autres et tous très occupés...


Vous vous étonnerez peut-être de la déformation du cadre, d'apparence non pas rectangulaire mais trapézoïdale. C'est que certaines oeuvres apparaissent déformées sur la photographie du fait qu'elles sont placées en hauteur. Cette disposition correspond à ce qui se pratiquait au XIXe siècle, à savoir que les tableaux étaient accrochées du sol - ou presque - au plafond et à touche-touche. Une rotation régulière permettait à chaque oeuvre de monter d'un degré et de se retrouver périodiquement à hauteur d'yeux. Conformément à la volonté du duc d'Aumale, nous voyons les quatre-vingt-cinq peintures de la galerie comme ses invités pouvaient les voir.


Voici maintenant Vénus en compagnie de Mars, tableau sorti de l'atelier de Paul Véronèse (1528-1588)...


Et Vénus anadyomène - c'est-à-dire sortant non de l'atelier mais des flots - telle que Dominique Ingres (1780-1867) l'imaginait...


C'est sur cette représentation que s'achève l'hommage...
Dommage...

vendredi 31 août 2018

Le domaine de Chantilly (II)

Promenons-nous donc un peu dans la galerie de tableaux du duc d'Aumale...
Les amateurs de Poussin (1594-1665) s'extasieront sans doute devant cette Enfance de Bacchus (1625-1635)...


Sa composition triangulaire, sa chaude lumière de fin d'après-midi, l'originalité de la représentation du dieu en adolescent déjà sûr de ce qu'il veut (il ordonne d'un geste du bras à un satyre de vider une corne de vin) et non en nouveau-né...

Du même Poussin, Numa Pompilius et la nymphe Egérie (1631-1633) :


On reconnaît Numa Pompilius, à droite, deuxième roi de Rome et donc successeur de Romulus. C'est lui qui a introduit chez les rudes bergers et brigands qu'étaient les compagnons de Romulus le respect des lois et la crainte religieuse. Et pour ce faire, il fit croire - et on le crut - qu'il était divinement inspiré par une nymphe, Egérie (ici, à gauche et de dos), avec laquelle il allait secrètement s'entretenir dans un bois, la nuit venue...
Comme il devait être facile de gouverner quand les peuples étaient dans leur enfance et croyaient volontiers aux histoires que le pouvoir leur racontait...

dimanche 26 août 2018

Une statue, une info...

Merci à Eva qui me fait parvenir la photographie d'une statue qui se dresse à Montpellier, sur le parvis de la médiathèque Emile Zola !


Au premier coup d'oeil, j'avais cru qu'il s'agissait de Pan... Mais l'inscription du socle est sans équivoque : "Dionysos, dieu du vin et de la fête, fils de Sémélé, Bacchus pour les Romains".
Les puristes me feront remarquer qu'il ne joue pas de la flûte de Pan... Certes, mais est-ce que Bacchus jouait du traverso ?...

Et voici l'info...
Le musée PAB (Pierre-André Benoit) d'Alès (30) organise jusqu'au 21 octobre une exposition intitulée "Picasso et le livre d'artiste" (https://www.ales.fr/sortir-bouger/musees/musee-pierre-andre-benoit/). Il s'agit d'une sélection de livres illustrés par Picasso, au nombre desquels figurent les Métamorphoses...
Qu'on se le dise !