lundi 25 mars 2019

Musiques homériques (1/5)

France Musique diffuse toute cette semaine cinq émissions consacrées aux musiques inspirées par les épopées homériques. C'est François-Xavier Szymczak "à la vaste culture" - vu le contexte, je m'autorise cette épithète homérique, largement méritée - qui en est le concepteur. Et c'est diffusé dans son émission "Arabesques", de 14 à 16h.
Mais, allez-vous me dire en me taxant de laxisme, quel rapport avec Ovide ?
Eh bien, écoutez ne serait-ce que les cinq premières minutes de l'émission d'aujourd'hui, et vous comprendrez...
Mais attention... Si vous écoutez les cinq premières, vous aurez du mal à ne pas écouter les cent quinze suivantes...



Jean-Auguste-Dominique Ingres, L'Apothéose d'Homère, 1827 : Homère entre l'Iliade (en rouge) et l'Odyssée (en vert). Visible au Louvre de Paris., © Getty / Art Meida / Print Collecto.

Vous aurez reconnu un extrait des Héroïdes, mis en musique par William Bird et interprété par le haute-contre Robin Blaze, accompagné au luth par Elizabeth Kenny.

PS : Avez-vous remarqué que le nom de l'interprète, Blaze, était la traduction française du surnom d'Ovide, Naso ? Quel perfectionnisme !...

dimanche 24 mars 2019

Age of Classics (VI) !

Et maintenant, voici celui que vous attendiez tous...
Jeff Koons !...
Vous le connaissiez peut-être pour son Balloon Dog monumental en acier inoxydable, ici exposé au château de Versailles...


pour son Puppy...

Puppy, 1992
Acier inoxydable, terreau et plantes en fleur
1240 x 1240 x 820 cm
Guggenheim Bilbao Museoa

ou pour sa statue en porcelaine de Bubbles, le chimpanzé domestique de Michael Jackson, en compagnie de son maître...


Il nous propose au musée Saint-Raymond sa version de l'enlèvement des filles de Leucippe, extraite de la série Antiquity...


Antiquity (Girls of Leucippus)
Huile sur toile, 2010-2012
The Broad Art Foundation

Voici donc superposés une copie du tableau de Rubens L'Enlèvement des filles de Leucippe (1617), une sculpture de Boris Kramer (Embrace) représentant deux personnages dans les bras l'un de l'autre, une Aphrodite en marbre (de face et de dos). C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas tout...
Ajoutez-y de grands coups de feutre qui "esquissent un bateau qui s'éloigne vers l'horizon et au-dessus duquel se trouvent un soleil et la silhouette stylisée de quelques oiseaux" (Anne Dattler), à moins qu'ils ne constituent un clin d'oeil à L'Origine du monde, de Gustave Courbet. Et, couronnant le tout, le logo de Superman...
"L'histoire de l'art peut être revisitée et tout, en un sens, se trouve nivelé au gré des recyclages. A moins qu'il ne s'agisse (...) de malmener les hiérarchies et les dominations culturelles en s'attaquant aux symboles les plus reconnus et à ce qui  fait autorité", (Sabine Forero Mendoza, Catalogue de l'exposition).
Attaquons, attaquons !...


mercredi 20 mars 2019

Bon anniversaire, Naso !...

Que fêter aujourd'hui, chers amis d'Ovide ?
Le retour du printemps ? Si vous voulez...
Mais n'oublions pas l'essentiel, puisque Naso nous apprend à propos du jour de sa naissance, que

Des cinq jours consacrés à Minerve, porteuse d’armes,
          C’est le premier où coule le sang des combats.
Tristesses (IV, 10, 13-14)
Les fêtes dédiées à Minerve - les Quinquatries - ayant lieu du 19 au 23 mars, et le premier jour ne devant pas être souillé par le sang, Ovide est donc né le deuxième, où commençaient les combats de gladiateurs, soit un 20 mars...

Bon anniversaire, Naso !...

Lui-même le fêtait à Tomes, chose qu'il nous rapporte en des termes qui nous font peine :

Voici que revient, fidèlement, mon anniversaire ;
     Jour superflu : à quoi m’a-t-il servi de naître ?
Pourquoi, cruel, te rajouter à mes tristes années
     D’exil ? Tu aurais dû y mettre fin. Si tu
Te souciais de moi, si tu avais quelque scrupule,
     Tu ne me suivrais pas en dehors de ma patrie ;
Là où tu m’as connu, hélas, premier anniversaire,
     Tu aurais essayé d’être le tout dernier ;
En me quittant, tu m’aurais dit, à Rome, toi aussi,
     Un triste adieu, comme le firent mes amis.
As-tu affaire ici… ? César t’a-t-il, dans sa colère,
     Envoyé toi aussi près du cercle polaire ?
Sans doute comptes-tu être honoré comme il se doit :
     Qu’un habit blanc soit attaché à mes épaules,
Qu’on entoure l’autel fumant de couronnes de fleurs,
     Que dans le feu sacré des grains d’encens crépitent,
Que j’offre les gâteaux qu’on offre un jour d’anniversaire,
     Que je récite comme il faut les orémus ?
Ni mes dispositions ni les circonstances présentes
     Ne me laissent goûter la joie de ton retour.
Il me faut un autel funéraire, avec un cyprès
     Funèbre, ainsi qu’une flamme pour mon bûcher.
Pas d’encens, auquel les dieux se montreraient insensibles,
     Rien à dire de bon dans de si grands malheurs.
Si toutefois je dois formuler un voeu en ce jour,
     Je t’en prie, ne reviens jamais plus par ici,
Tant que cette région du bout du monde, ou presque, me
     Retient – ce Pont-Euxin, qui porte mal son nom.
Tristesses, III, 13

Que chacun le fête aujourd'hui comme il voudra, par exemple comme cette famille dont j'ignore tout, si ce n'est qu'elle a beaucoup d'affection pour Ovide... Je vous laisse vous en convaincre en cliquant sur le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=0jIiqk7LttQ

lundi 18 mars 2019

Age of Classics (V) !

Hop !...
Nous avons franchi l'océan Atlantique, et nous voici aux Etats-Unis...
Faisons connaissance avec Eleanor Antin, artiste dont "le travail est dominé par la question de l'identité féminine et du rôle des femmes dans la société", nous dit Anne Dattler. Elle ne pouvait donc pas être indifférente au personnage d'Hélène, de la belle Hélène, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle a effectivement joué un rôle dans la société de son temps, mais aussi dans l'art de tous les temps.
Voici la version que propose Eleanor Antin de la scène fameuse du jugement de Pâris : le berger Pâris doit dire à quelle déesse il attribuera la pomme marquée des mots "A la plus belle", les déesses en compétition étant la guerrière Athéna, Aphrodite et Héra, l'épouse de Zeus... Vous reconnaîtrez le dieu Hermès dans le personnage au chapeau à plume qui tient la pomme, Pâris dans le personnage vêtu d'une peau de bête ; assise à gauche, Hélène...


The Judgement of Paris - Light Helen
Eleanor Antin
Photographie, tirage à développement chromogène, 2007
Courtesy of the artist and Ronald Feldman Gallery, New York

Voilà qui vous rappelle quelque chose ? Bien sûr... Car la photographie est "after Rubens".


Le Jugement de Pâris
Pierre-Paul Rubens, vers 1638-39
Huile sur panneau de bois
Musée du Prado, Madrid

Les Anciens adoraient le principe : créer une nouvelle oeuvre en référence à une oeuvre du passé. Ils préféraient de beaucoup cette pratique à celle qui consiste à rechercher une originalité absolue. Et le public commentait la façon dont chacun s'en était sorti.
Ici, Eleanor Antin semble avoir joué la carte de l'humour : une Hélène blonde (il existe aussi une version avec une Hélène brune) qui n'a pas l'air spécialement ravie de tenir le rôle qu'on lui fait tenir, un Pâris "homme des bois", un Hermès qui a remplacé la pomme de la fable par une orange, une Athéna "aux belles armes" (il paraît qu'elle tient un fusil M16...), une Vénus censée montrer ses charmes, et qui le fait bien plus timidement que celle de Rubens, et pour clore le tout, une Héra en panoplie de femme d'intérieur des années 50...
A chacun de regarder chaque oeuvre et de décider à laquelle il décernera la pomme - ou l'orange -, marquée des mots "A la plus belle"...

samedi 16 mars 2019

Age of classics (IV) !


Comment méduser les visiteurs de l'exposition ?
En les exposant, bien sûr, au regard de Méduse...
Et qui mieux que Damien Hirst peut nous donner une idée de ce à quoi ressemble cette Gorgone ?
Si vous ne craignez pas la pétrification, voici...


The severed Head of Meduse
Sculpture, or et argent
2013, collection privée

Et si vous souhaitez faire plus amplement connaissance avec Damien, je vous recommande de cliquer sur les liens suivants : ils vous dirigeront vers les pages du blog que j'ai consacrées à cet artiste après avoir visité l'exposition Traesures from the Wreck fo the Unbelivable (Trésors de l'épave de l'Incroyable), où Méduse figurait en bonne place. C'était en 2017, à Venise, à la Fondation Pinault.

https://ovidii-amici.blogspot.com/2017/11/incroyable-exposition-i.html
https://ovidii-amici.blogspot.com/2017/11/incroyable-exposition-ii.html
https://ovidii-amici.blogspot.com/2017/12/incroyable-exposition-iii.html
https://ovidii-amici.blogspot.com/2017/12/incroyable-exposition-iv.html
https://ovidii-amici.blogspot.com/2017/12/incroyable-exposition-v.html

Bonne visite !...

dimanche 10 mars 2019

Conférence

Si vous êtes à Paris le samedi 16 mars - samedi prochain, donc - vous pourrez allez écouter une grande amie d'Ovide, Hélène Vial, qui proposera une conférence dont voici le titre :
Styx quoque […] bene commutabitur Histro : les dernières transformations de la mythologie dans les Pontiques d’Ovide.
C'est à 15h, amphithéâtre Descartes, Université Paris IV - Sorbonne, 1 rue Victor Cousin.

Hélène Vial est maître de conférences de latin à l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, et titulaire de l'Habilitation à Diriger des Recherches ; sa thèse porte sur les Métamorphoses :


Bonne lecture !



samedi 9 mars 2019

Age of classics (III) !

Parlons donc photographie, comme promis !
Aujourd'hui, intéressons-nous à deux grands noms de la photographie française, Pierre et Gilles, étant entendu que des deux, Pierre est le seul qui fasse des photos : Gilles est peintre et les met en couleur, comme à la grande époque où l'on colorisait le N&B...

Deux de leurs oeuvres sont présentées au MSR. La première nous plonge en pleine guerre de Troie ; elle s'intitule La colère d'Achille.

Photographie imprimée par jet d'encre et peinte
2011
Prêt des artistes

Pour sûr, Achille (Staiv Gentis) a l'air en colère... Mais il y a de quoi, aussi ! Agamemnon vient de lui prendre la jeune Briséis, une captive qui faisait partie de son butin et dont le héros était amoureux. Aussi le meilleur des combattants grecs, en l'absence de qui son camp ne peut l'emporter, se retire-t-il sous sa tente.
Achille a une deuxième bonne raison d'être en colère : Patrocle, son ami, lui a aussi été ravi - décidément... - mais sans restitution possible cette fois : c'est la mort qui s'est emparée de lui... Car Patrocle avait revêtu les armes d'Achille pour tromper les Troyens en leur faisant croire que le héros était retourné au combat. Patrocle est tué par Hector, et c'est pour venger son ami défunt qu'Achille reprend ici les armes...
Comment, allez-vous dire ! Les combattants de l'Iliade étaient si peu protégés et offraient leur chair tendre aux armes de l'adversaire ?...
Non... Les héros de l'Iliade se protégeaient au combat mais étaient figurés nus sur les vases où les peintres les représentaient. C'est ce qu'on appelle la nudité héroïque...

La deuxième oeuvre exposée au MSR est un magnifique Narcisse (Matthieu Charneau dans le rôle-titre). Jugez plutôt...

Narcisse
Photographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte
2012
Prêt de la galerie Templon, Paris-Bruxelles

C'est trop beau ! Et je ne résiste pas à la tentation de vous livrer ma traduction des quelques vers qui vont avec (Métamorphoses, III, 407-436)...
Bonne lecture !

            Il était une source claire et pure, aux eaux d’argent ;
            Ni les bergers, ni les chèvres paissant sur les monts
            Ne l’avaient souillée, ni d’autres troupeaux ; pas un oiseau,
            Pas une bête ne l’avait troublée, pas un rameau
            Tombé de l’arbre. Son eau nourrissait l’herbe sur ses bords,
            La forêt empêchait le soleil d’attiédir l’endroit.
            L’enfant, épuisé par la chasse et la chaleur, s’y vient
            Abattre : il cède à l’attrait de l’endroit et de la source.
            Tandis qu’il veut calmer sa soif, une autre soif le prend ;
            Tandis qu’il boit, il voit un beau reflet qui le ravit,
            Qu’il aime — reflet sans consistance : il prend une ombre pour
            Un corps. Il en est stupéfait, son visage se fige
            Et, comme un marbre de Paros, il reste sans bouger.
            Etendu là, il contemple deux astres — ses deux yeux —,
            Ses cheveux dignes de Bacchus et même d’Apollon,
            Ses joues imberbes, son cou d’ivoire, la grâce de sa bouche,
            Il contemple ce teint de neige qu’une rougeur colore,
            Et tout ce qui en lui se peut admirer, il l’admire.
            Sans le savoir, il se désire ; il plaît à qui lui plaît,
            Qui recherche est recherché, qui enflamme est enflammé.
            Que de baisers reçoit, pour rien, cette source trompeuse,
            Que de fois il plonge ses bras dans l’eau pour tenter de
            Se saisir du cou qu’il voit sans parvenir à s’atteindre.
            Que voit-il ? Il ne le sait ; mais ce qu’il voit le consume,
            Et ce qui trompe ses regards est ce qui les embrase.
            Pourquoi, naïf enfant, chercher en vain ce double qui
            Te fuit ? Ce que tu veux n’est nulle part ; ce que tu aimes,
            Tourne-toi, tu le perdras ; c’est une ombre que tu vois,
            Un reflet sans consistance ; avec toi, il va, il reste ;
            Repars, il repartira — si tu pouvais repartir...
           

samedi 2 mars 2019

Age of classics ! (II)

Comment ? Vous n'aviez pas reconnu l'original antique sous les traits du Marcellus moderne ? Le voici donc...
 







Statue de Marcellus du type Hermès Ludovisi
Marbre grec du Ier s.
d'après un type grec du Ve s.
Exposé au usée du Louvre

La marinière et le pantalon orange vous gênent ?
C'est que vous n'êtes pas sensibles à la pratique de Léo Caillard. Voici comment elle lui est venue à l'esprit. Comme l'explique Anne Dattler, "C'est une visite dans la salle Richelieu du Louvre qui a inspiré à l'artiste la série Hipsters in stone. 'Dans cette salle, la majeure partie des statues sont nues et représentent des dieux grecs ou des personnages iconiques qui semblent éloignés de nos références actuelles. Je me suis dit qu'habillés, ils ressembleraient plus au hipster du coin qu'à un dieu grec'." - un hipster étant "un individu qui tente ironiquement de se démarque du reste de la société par certains habitus culturels (musique, lieux de sociabilisation...), vestimentaires et physiques (tatouages, port de la barbe)."

Toujours de Léo Caillard, voici Icarus, galvanoplastie sur résine (bronze et base en marbre), 2017 (prêt de l'artiste).

Quelques mots d'accompagnement, toujours empruntés à Anne Dattler.
"L'oeuvre exposée par le musée appartient à un triptyque rassemblant trois sphères de couleur différente, dotées chacune d'une paire d'ailes dont la position varie : les ailes de la première sphère, de couleur jaune (comme le soleil qu'elle symbolise) miment le moment de l'envol ; celles de la deuxième sphère, de couleur rouge, se déploient largement, évoquant le moment où l'inconscient Icare se rapproche trop du soleil ; la dernière sphère, de couleur noire, est dotée d'ailes repliées qui suggèrent la chute du jeune garçon et sa mort imminente.
Léo Caillard s'est inspiré d'ailes d'autruche pour créer celles dont il affuble ses trois sphères. La référence à cet oiseau renvoie, dans l'esprit de l'artiste, à l'idée que notre société s'est laissée dépasser par les projets trop grands qu'elle a conçus : face aux catastrophes imminentes qui le menacent et qu'il a lui-même provoquées par son sentiment de toute-puissance (on peut songer par exemple à la situation climatique de la planète), l'homme a choisi de faire l'autruche, refusant de prendre les mesures nécessaires à la survie du monde qu'il habite." 
L'homme fait l'autruche et l'artiste dote la sphère d'ailes d'autruche... C'est d'une logique implacable...

Troisième incursion dans l'univers de Léo Caillard, décidément bien représenté au MSR...

Discobolus Led Neons
Résine galvanisée chrome, néons et LED souples, 2017


"Cette sculpture fait partie d'une autre série de Léo Caillard appelée Light Stone. Joignant la pierre à la lumière, le solide à l'immatériel, l'artiste habille de néons et de led de célèbres statues antiques comme le Discobole sculpté par l'Athénien Myron au Ve s. avant notre ère. (...)
Plusieurs copies en marbre datant de l'époque impériale furent réalisées à Rome. La plus célèbre d'entre elles fut découverte au XIIe s. sur le mont Esquilin. Elle est aujourd'hui exposée au Palazzo Massimo alle Terme de Rome sous le nom de Discobole Lancellotti. Réalisée au IIe s. de notre ère, elle est considérée comme la reproduction la plus fidèle de l'original grec.
Le MSR possède une autre de ces copies en marbre du célèbre Discobole de Myron. La statue, découverte au XVIIe s. à Carcassonne, dans le lit de l'Aude, est privée de sa tête, de ses bras et d'une partie de ses jambes. (...)


En associant la lumière et la pierre, l'artiste traduit le contraste entre la légèreté donnée au corps par la vitesse du mouvement et l'ancrage des pieds qui doivent être solidement plantés dans le sol, condition nécessaire à la réussite du lancer. Les fils d'alimentation des néons qui courent le long de la colonne vertébrale du discobole ont été laissés visibles pour suggérer l'idée du transhumanisme."
Personnellement, je trouve beaucoup de modernité à ce Discobole mutilé... Et le Discobole de Léo Caillard n'est pas sans efficacité...

La prochaine fois, nous parlerons photographie...

jeudi 28 février 2019

Age of classics ! (I)


Le musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, a inauguré jeudi dernier, 22 février, sa nouvelle exposition temporaire, "Age of classics !".
Le sous-titre en est "L'Antiquité dans la culture pop". J'emprunte quelques lignes au dossier pédagogique conçu par Anne Dattier pour vous la présenter.
"A la croisée de l'archéologie et de l'art contemporain, cette exposition interroge notre rapport aux mondes anciens et nous invite à questionner la présence, à la fois étrange et familière, de l'Antiquité dans ce qui fait notre quotidien : bandes dessinées, mangas, littérature, jeux et clips vidéo, oeuvres cinématographiques, séries télévisuelles et arts plastiques.

Le parcours de visite s'organise autour de trois aires géographiques : l'Europe occidentale, les Etats-Unis d'Amérique et l'Asie extrême-orientale."

Je vous ferai découvrir aujourd'hui la sculpture de Léo Caillard, issue de sa série Hipsters in stone (plâtre et vêtements, 2017) et intitulée Marcellus...


Avez-vous reconnu en ce jeune homme le neveu de l'empereur Auguste, celui en qui son oncle plaçait tous ses espoirs, à qui il avait donné en mariage sa fille Julie et dont il avait prévu de faire son successeur à la tête de l'empire ?
Hélas, les dieux en décidèrent autrement, et le jeune homme en question mourut dans la fleur de l'âge, avec pour seule consolation d'être célébré par le grand Virgile (Enéide, VI, 882-884, trad. Olivier Sers) :
"Las ! pauvre enfant, que ne peux-tu fuir tes destins !
Tu seras Marcellus ! Donnez-moi par brassées
De pourpres fleurs de lys à répandre sur lui..."

vendredi 15 février 2019

Après Léda, Narcisse...

Une nouvelle fresque  vient d'être retrouvée à Pompéi dans la maison où avait été retrouvée en novembre 2018 une fresque représentant Léda (https://ovidii-amici.blogspot.com/2018/11/edition-speciale.html)...


Voici ce qu'en dit aujourd'hui même Figaro) :

ARCHÉOLOGIE - La peinture murale, au trait précis et aux couleurs chatoyantes, se trouvait dans l'atrium d'une demeure réputée pour la richesse de sa décoration et son état de préservation. En novembre dernier, une autre illustrant la scène d'amour entre Leda et le cygne y avait été dévoilée.
On finirait presque par s'habituer. La direction du site archéologique de Pompéi a annoncé la découverte d'un nouveau trésor. En novembre dernier, une fresque représentant le mythe de Leda et du cygne avait été trouvée dans une grande demeure de la cité antique. Les archéologues viennent de mettre à jour dans cette même maison une peinture murale représentant Narcisse se mirant dans l'eau. « Les découvertes exceptionnelles continuent », s'est enthousiasmé Massimo Osanna, directeur du parc archéologique de la cité antique, ensevelie dans l'éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C.

Le peintre anonyme de cette splendide fresque n'aurait-il pas lu Ovide...


Il était une source claire et pure, aux eaux d’argent ;
Ni les bergers, ni les chèvres paissant sur les monts
Ne l’avaient souillée, ni d’autres troupeaux ; pas un oiseau,
Pas une bête ne l’avait troublée, pas un rameau
Tombé de l’arbre. Son eau nourrissait l’herbe sur ses bords,
La forêt empêchait le soleil d’attiédir l’endroit.
L’enfant, épuisé par la chasse et la chaleur, s’y vient
Abattre : il cède à l’attrait de l’endroit et de la source.
Tandis qu’il veut calmer sa soif, une autre soif le prend ;
Tandis qu’il boit, il voit un beau reflet qui le ravit,
Qu’il aime — reflet sans consistance : il prend une ombre pour
Un corps. Il en est stupéfait, son visage se fige
Et, comme un marbre de Paros, il reste sans bouger.
Etendu là, il contemple deux astres — ses deux yeux —,
Ses cheveux dignes de Bacchus et même d’Apollon,
Ses joues imberbes, son cou d’ivoire, la grâce de sa bouche,
Il contemple ce teint de neige qu’une rougeur colore,
Et tout ce qui en lui se peut admirer, il l’admire.
Sans le savoir, il se désire ; il plaît à qui lui plaît,
Qui recherche est recherché, qui enflamme est enflammé.
Que de baisers reçoit, pour rien, cette source trompeuse,
Que de fois il plonge ses bras dans l’eau pour tenter de
Se saisir du cou qu’il voit sans parvenir à s’atteindre.
Que voit-il ? Il ne le sait ; mais ce qu’il voit le consume,
Et ce qui trompe ses regards est ce qui les embrase.
Pourquoi, naïf enfant, chercher en vain ce double qui
Te fuit ? Ce que tu veux n’est nulle part ; ce que tu aimes,
Tourne-toi, tu le perdras ; c’est une ombre que tu vois,
Un reflet sans consistance ; avec toi, il va, il reste ;
Repars, il repartira — si tu pouvais repartir.

Métamorphoses, III, 407-436

dimanche 10 février 2019

Ovide au Texas...

L'université américaine de Baylor (Waco, Texas) a organisé le vendredi 9 février un colloque international sur Ovide, plus particulièrement orienté sur l'aspect rhétorique de son oeuvre. En voici le programme.



Vous aurez reconnu, parmi tous ces amis d'Ovide, Alessandra Romeo, Eleonora Tola, Hélène Vial et Laurent Pernot, que je salue...
Entre tant de communications toutes plus alléchantes les unes que les autres, j'aimerais bien avoir le texte de celle de Julia Hejduk "Lessons from a Doctor of Irony". Car s'il se flattait d'être "professeur d'amour" (praeceptor amoris), on peut aussi lui reconnaître la suprématie dans cet autre secteur. J'attendrai la publication des actes...
 
En attendant, donc, pourquoi ne pas s'imaginer "Ovide au Texas" - je chipe la formule à Hélène Vial ?... Relégué aux confins du monde civilisé et du monde barbare...
Ecoutons-le décrire le pays qui l'entoure...


            La terre est en jachère, elle ne produit pas.
Le doux raisin ne s’y cache pas à l’ombre du pampre
            Et le moût bouillonnant n’emplit pas les cuviers.
Pas un fruit dans ce pays ; Acontius n’y trouverait
            Pas de pomme où graver son message à sa belle.
On voit des plaines nues, dépourvues d’arbres, de feuillage ;
            Non, ce n’est pas ici qu’on trouve le bonheur !
Tristesses III, 10, 70-76 
Ou encore...

Là où pousse la vigne, le sarment porte un bourgeon,
            Mais la vigne pousse vraiment loin du Texas ;
Là où poussent les arbres, sur l’arbre gonfle un rameau,
            Mais les arbres poussent vraiment loin du Texas.
Tristesses, III, 12, 13-16, légèrement modifié

Ecoutons-le se plaindre des peuplades des environs...


            L’ennemi barbare, à cheval, se rue sur nous.
Ce cavalier hors pair, qui fait voler au loin ses flèches,
            Ravage largement la terre avoisinante.
Tristesses, III, 10, 54-56



Imaginons-le en train de tuer le temps en faisant de longues promenades à cheval...


Et de déplorer sa solitude de banni...
I'm a poor lonesome poet...