vendredi 15 juin 2018

En direct de la Farnesina

Merci à Jacqueline et à Jean, qui nous offrent aujourd'hui trois images du plafond de la salle de Galatée à la Villa Farnesina. Je les soumets à votre perspicacité.
Qui est ici représenté ?



Et ici ?


Et ici ?


Vous avez reconnu ? Très bien !
Sinon, je vous invite à faire un tour sur le site suivant, qui nous en dit long sur cette villa :

http://www.touristie.com/italie/Rome-Villa-Farnesina-78

Voici, en plus court, le passage qu'il consacre à la salle de Galatée (Instituto Poligraphico et zecca des stato) :


Cette salle tient son nom de la fresque que Raphaël y a réalisée (en 1512- 1513), même si Peruzzi et Sebastiano del Piombo en avaient commencé la décoration, dès les années 1511- 1512, en peignant respectivement la voûte et les lunettes. Les peintures des parois sont plus tardives puisque du milieu du XVIIème siècle.
Malgré l’intervention de ces différents artistes porteurs de styles spécifiques, la voûte offre une vision harmonieuse car elle dépend de la relation initiale que Peruzzi a voulu instaurer entre peinture et architecture. Sa propre décoration de la voûte fait pareillement s’interpénétrer les thèmes : à chaque épisode mythologique sont rattachées des significations astronomiques et astrologiques. Surtout, la situation des constellations ainsi représentée entend reprendre l’horoscope d’Agostino Chigi lui- même !
Nombre des épisodes mythologiques sont issus des récits d’Ovide, dont certains sont aisément reconnaissables :
L’Enlèvement d’Europe par Jupiter (sous la forme d’un taureau) ;
Léda embrassant le cygne (sous l’apparence duquel se dissimule, une fois encore, Jupiter) ;
L’Enlèvement de Ganymède, par Jupiter toujours, transformé cette fois en aigle...


Voilà !... Vous êtes renseignés !...

samedi 9 juin 2018

Rendez-vous à Constanţa...

Vous avez envie de faire un petit tour en Roumanie avec les photographes du collectif Vertige ? Rien de plus simple... Il vous suffit de vous rendre samedi prochain à partir de 17h à Puysségur, où sera inaugurée l'exposition [Constanţa, au-delà des frontières].
Constanţa ?... Ce nom vous dit quelque chose ?
Mais bien sûr... C'est là qu'Ovide a passé les dernières années de sa vie, dans une ville qui se nommait alors Tomes.
A quoi ressemble donc ce port de la mer Noire deux mille ans après ?...
Réponse samedi prochain !



jeudi 7 juin 2018

On parle d'Ovide sur Canal Sud

Aujourd'hui, pas d'image à voir, si ce n'est le bandeau de la station Canal Sud...


Par contre, et ce n'est pas si fréquent, une émission à écouter : il s'agit de l'entretien que j'ai eu sur Canal Sud avec Marie-Madeleine Dutrain, animatrice de "Chronik'Art", le 25 mai dernier.
Pour écouter, c'est tout simple : il suffit de cliquer sur le lien suivant :

http://www.canalsud.net/?vendre-dimag25

et d'aller à 45'12'' du début - ou de commencer par le tout début et d'écouter ce qu'Arnaud Romet, qui me précédait, dit de passionnant sur Dante.

PS : La musique que vous entendez est début est de John Dowland : "Flow my tears", voix : Sting, luth : Edin Karamazov : https://www.youtube.com/watch?v=Tveir-elQHo  ; celle de la fin est de Benjamin Britten, Six métamorphoses d'après Ovide, "Niobé" ; hautbois : Nicholas Daniel : https://www.youtube.com/watch?v=TMzrVYM6Bpo

mardi 29 mai 2018

Villa Durazzo

Sur les hauteurs de Santa Margherita Ligure se dresse la Villa Durazzo.
L'emplacement fut d'abord occupé par les Romains, preuve qu'il devait être stratégique...
Au fil des siècles et au gré de ses occupants, la forteresse romaine fit place à un château fortifié, lui-même détruit et remplacé à la fin du XVIIe s. par une demeure plus confortable qui devait servir de résidence d'été à la famille génoise des Durazzo. La villa et ses jardins furent embellis au XIXe s. par les princes Centurione-Scotto, avant d'être léguée en 1973 à la ville de Santa Margherita Ligure.
Je vous invite à parcourir ses jardins, d'où vous aurez une vue imprenable sur la côte...


Carquois à l'épaule, lyre à la main, il s'agit, vous l'aurez reconnu,  d'Apollon...
Si nous entrons, nous découvrons dans le salon de musique une représentation du triomphe de Flore, décidément fort prisé dans les palais ligures...


L'oeuvre semble inspirer une moue dubitative au personnage dont le buste se trouve à proximité.


Mais c'est un autre détail qui attire mon attention : son appendice nasal proéminent, en tout point comparable à celui de l'illustre Naso, le bien nommé !
Je m'approche du cartel, curieux de voir s'il ne s'agirait pas du baladin des tendres amours...
Pas vraiment... Il s'agit, du pape Grégoire XVI, surnommé "Le père de l'Eglise" pour son grand savoir théologique.
Mais après tout, l'auteur des Fastes ne possédait-il pas, lui aussi, un grand savoir théologique ?

samedi 26 mai 2018

Carrare


Aurait-il neigé la veille ?
- Pas du tout...


Et ces petits engins qu'on aperçoit, s'agirait-il de Dinky Toys ?
- Toujours pas...


Serait-ce un nouveau modèle de pyramide ?
- Encore moins...


Ou des escaliers pour géants ?
- Pas davantage...
Il s'agit des fameuses carrières de marbre de Carrare, où de non moins fameux sculpteurs sont venus s'approvisionner : Michel-Ange, le Bernin...
- Et où précisément se sont-ils approvisionnés ?
- Là-bas, sur l'autre versant de la montagne, dans le secteur du marbre pour la statuaire. Mais à la place des blocs qu'ils ont choisis, maintenant, il n'y a plus que la transparence de l'air.
- Et, dans les musées, les palais, les églises quelques chefs-d'oeuvre...



samedi 19 mai 2018

Palazzo Spinola

Gênes est tellement riche en palais que j'ai failli la quitter en oubliant de vous amener au Palazzo Spinola, jadis demeure des plus grandes familles de la ville : les Grimaldi, les Pallavicino, les Doria, les Spinola, lesquels ont légué le palais à l'Etat italien en 1958.
Visite très spécialisée, puisque tout ce que j'en rapporte gravite autour d'un même thème : celui de l'enlèvement.


Commençons par l'enlèvement de Déjanire, la jeune épouse d'Héraclès, que le héros avait confiée au centaure Nessos, habitué à faire traverser aux voyageurs le fleuve Evénos. Or, une fois arrivé sur l'autre rive, le passeur tente d'abuser de sa passagère. Héraclès, qui surveillait la scène, se saisit de son arc et décoche une flèche imprégnée du venin de l'hydre de Lerne.
On connaît la suite : Nessos mourant offre à Déjanire sa tunique imbibée de son sang, contaminé par le poison de l'hydre, en lui disant que si la flamme de son mari venait un jour à faiblir, il lui suffirait de lui faire revêtir sa tunique pour qu'Hercule brûle de nouveau. Le jour où la flamme de son mari vint à faiblir, Déjanire lui fit le "cadeau empoisonné" du centaure, ce qui fit effectivement brûler Hercule... Il faut toujours se méfier des paroles à double entente.
A l'arrière plan de la sculpture, vous apercevez un autre enlèvement, celui des Sabines, oeuvre due à Luca Giordano (1634-1705).


Continuons notre balade avec trois biscuits de Louis Simon Boizot (1743-1809). Le premier représente l'enlèvement de Proserpine, bien connu de tous.


Le deuxième l'enlèvement d'Orithye par Borée.


Alors que la jeune princesse, fille du roi d'Athènes Erechtée - celui-là même qui est censé avoir son tombeau dans l'Erechtéion de l'Acropole - se promenait sur les bords de l'Illissos, elle est vue, aimée et enlevée par Borée, le vent du nord. Louis Simon Boizot a représenté Borée avec des joues gonflées. C'est assurément conforme au code de représentation d'un dieu du vent, tout comme les ailes dans le dos, mais ça ne l'avantage pas...
Le troisième biscuit ne représente pas une scène d'enlèvement, mais l'instant où Apollon rejoint Daphné.


Rien n'y manque : ni l'arc d'Apollon, ni le laurier au bout des doigts de Daphné, ni le dieu fleuve Pénée, père de la nymphe, qui a exaucé le voeu de sa fille : être métamorphosée. On le voit à califourchon sur la jarre qui symbolise la source du fleuve.
Evidemment, toutes ces scènes ne peuvent pas ne pas nous rappeler le Bernin (1598-1680), dont nous reparlerons dans notre prochain article.

mardi 15 mai 2018

Villa del Principe

Terminons notre balade génoise par la visite de la Villa del Principe.
Elle fut édifiée entre 1525 et 1533 par Adrea Doria, un condottiere originaire de Gênes et qui avait mis ses talents de général et plus encore d'amiral au service des grands de son temps : le pape Innocent VIII, Ferdinand Ier d'Aragon, François Ier, Charles Quint... C'est dans cette Villa qu'il avait souhaité passer un honnête loisir, après s'être retiré des affaires et avoir accru avec constance et détermination la puissance de Gênes.
Une statue de Neptune, dans le jardin de la Villa, nous rappelle les accointances entretenues par le grand amiral avec le dieu des mers. Une voie rapide surélevée, spécialité génoise, témoigne peut-être de la gratitude de la cité ligure envers son bienfaiteur...


Au premier étage de la Villa, Perin del Vaga, l'architecte d'Andrea Doria, avait conçu une décoration inspirée des Métamorphoses. Mais le temps et les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale lui ont gravement porté atteinte.
On peut par contre admirer dans toute leur richesse quelques tapisseries illustrant le cycle des mois, tissées à Bruxelles autour de 1525. Voici celle qui est consacrée au mois de janvier et au dieu qui lui donne son nom, Janus...

On le voit vêtu comme un riche génois du XVIe s. avec dans sa main gauche les clés du temps. Mais j'ai personnellement un faible pour son gigantesque chapeau, bien fait pour abriter la double tête du dieu...
Au fait... Pourquoi Janus est-il bifrons ?
Voici la réponse que donne Ovide au livre I des Fastes :

                 Que dire de toi, Janus, divinité aux deux faces ?
                             Tu n’as pas ton pareil chez les dieux de la Grèce.
                 Explique aussi pourquoi, seul d’entre les hôtes du Ciel,
                             Tu vois ce qui est devant, tu vois ce qui est derrière.
                 J’agitais ces pensées, tablette en main, lorsque je vis
                             Ma maison resplendir d’un éclat inconnu.
                 Janus le vénérable, à l’étonnant double profil,
                             Offrit soudain à mes regards ses deux visages.
                 Je pris peur et sentis mes cheveux se dresser de crainte ;
                             Un froid soudain s’était répandu dans mon cœur.
                 Tenant un bâton dans sa droite, une clef dans sa gauche,
                             Il nous dit ces mots de sa bouche de devant :
                 « Quitte ta crainte et apprends, chantre laborieux des jours,
                             Ce que tu veux savoir ; pénètre-toi de mes paroles.
                 Jadis — je suis de l’ancien temps — on me nommait Chaos ;
                             Vois de quand datent les faits que je vais chanter.
                 Cet air lumineux-ci, et les trois autres éléments
                             — Le feu, la terre, l’eau — ne formaient qu’un amas
                 De corps antagonistes. Quand survint leur séparation
                             Chacun partit pour une nouvelle demeure :
                 La flamme gagna les hauteurs, l’air s’installa plus bas,
                             La terre et le flot prirent le sol pour assise.
                 Et moi qui n’étais qu’une boule informe de matière,
                             J’acquis les membres et le visage d’un dieu.
                 Je porte encore la marque de ma confusion d’alors,
                             Offrant même apparence et de face et de dos.
                 Quelle est l’autre raison de cette forme qui t’intrigue ?
                             En l’apprenant, tu sauras quelle est ma fonction.
                 Ce que tu vois, où que ce soit, ciel, mer, nuages, terre,
                             Tout est ouvert, tout est fermé par notre main.
                 A moi seul est confiée la garde du vaste monde ;
                             Faire tourner ses gonds est mon droit exclusif.
                 Quand il me plaît que la Paix quitte son paisible toit,
                             Libre, elle va, sans s’arrêter, par les chemins ;
                 Des massacres sanglants bouleverseront la terre entière
                             Si la guerre n’est pas tenue sous les verrous.
                 Je garde les portes du Ciel, avec les tendres Heures :
                             Jupiter en personne entre et sort grâce à moi.
                 Voilà pourquoi on me nomme Janus. »

D’après Ovide, Fastes, I, 89-127.

dimanche 6 mai 2018

Palazzo Reale

Comme promis, nous voici au Palazzo Reale.
Où nous retrouvons un satyre, ou pour mieux dire un satyreau, occupé à soutenir une console,


et à se régaler de belles grappes de raisin... Notez la coupe, dans la main gauche ; c'est ce que l'on appelle un circuit court, directement du produit brut au produit élaboré - et du producteur au consommateur...
A quelques pas de là se déroule une scène bien plus grave : il s'agit d'un enlèvement...

Celui de Proserpine par Pluton, comme toujours... Le contraste est saisissant entre la masse solidement fixée au sol du dieu des Enfers, et la légèreté dynamique de la jeune déesse, tout aérienne - plus pour longtemps... J'oubliais l'auteur : Francesco Maria Schiaffino (1688-1763).
Vous en redemandez ? En revoici...


Sous le pinceau de Valerio Castello (1624-1659). Rien de grave, ici - je veux dire rien de pesant... Deux Cupidons se sont ligués pour régler son sort au dieu des Enfers, et par voie de conséquence, à Proserpine. On croirait lire la page qu'Ovide consacre à cette fable...

              Non loin des murailles d’Henna, il est un lac aux eaux
              Profondes ; on le nomme Pergos. Le cours du Caÿstros
              N’entend pas résonner davantage de chants de cygnes ;
              La forêt, tout autour, couronne ses eaux de feuillage
              Et, comme un voile, les protège des feux de Phébus.
              Il fait frais sous ses branches, et un tapis de mille fleurs
              Recouvre la terre humide ; c’est un éternel printemps.
              Dans ce bois joue Proserpine : elle cueille des violettes,
              Des lis blancs, dont elle emplit, dans son ardeur juvénile,
              Sa corbeille et sa robe — ses amies, elle veut les gagner...
              Pluton, presque à la fois, la vit, l’aima et la ravit
              — L’amour est impatient... La déesse a peur ; elle crie
              Tristement pour appeler ses compagnes et sa mère
              — Surtout sa mère ; et comme sa tunique est déchirée
              Depuis le haut, ses pans flottent et son bouquet s’échappe...
              Quelle ingénuité il y avait dans l’enfant qu’elle était :
              Cette perte elle aussi a fait souffrir la jeune fille.
              Le ravisseur lance son char, exhorte ses chevaux,
              Appelant chacun par son nom, agite sur leur col
              Et leur crinière les rênes imprégnées de rouille brune.
              Il traverse le lac profond, les marais des Paliques
              Dont les eaux sulfureuses sortent de terre en bouillonnant,
              Et passe où les Bacchiades, issus de Corinthe aux deux mers,
              Ont élevé leurs murs entre un grand port et un petit.
Métamorphoses, V, 385-408