dimanche 15 juillet 2018

Ovide et Picasso

Il fallait bien qu'un jour ou l'autre la route de Picasso croise celle d'Ovide... En ce bel été, c'est chose faite au musée Fabre de Montpellier, où est programmée jusqu'au 23 septembre une exposition consacrée à Picasso.



On y trouve, entre autres, un taureau en terre cuite qui pourrait tout à fait être le taureau de Crète, celui qui Neptune avait offert à Minos pour qu'il le lui sacrifie et dont s'était éprise Pasiphaé.


Taureau debout (1947-1948)
Terre de faïence blanche, décor rapporté et peint aux engobes et aux oxydes
Musée Picasso, Antibes
 "Cette céramique zoomorphe associe la tradition de la céramique espagnole - le botijo de la région de Guadix près de Grenade - à celle de l'Antiquité. Elle rappelle les figures noires et rouges de la céramique athénienne que Picasso découvrit lors de ses multiples visites au Louvre. Picasso imagine des fantaisies qu'aucun potier n'ose réaliser à l'époque. Deux techniques sont employées ici : le corps de l'animal est tourné, le volume est constitué de deux formes de vases inversés tandis que le tête et les cornes sont modelées à la main. Ainsi, les formes opulentes de ce taureau contrastent avec la petite tête à l'expression apeurée, presque humaine."

On y trouve une Femme dans un fauteuil qui pourrait tout à fait être une" Daphné de la modernité" (j'emprunte la formule au cartel qui accompagne l'oeuvre...).


Femme dans un fauteuil (3-VII-1946)
Huile et gouache sur toile
Musée national Picasso, Paris
"Cette nouvelle variation sur le thème de Femme assise met en scène Françoise Gilot, la nouvelle compagne de Picasso.L'oeuvre s'inspire de la Femme-fleur réalisée deux mois avant : "Il y a en vous l'élan d'une plante au printemps et ne ne sais comment exprimer cette idée que vous appartenez au règne végétal" lui avait-il déclaré. Ici, la figure et l'espace sont simplifiés, rappelant certaines figures des vases grecs de style géométrique. Deux cercles - seins-feuillles - décorent le corps-tige. Les tons lilas et lavande du corps répondent au jaune bouton d'or et noir qui construisent l'espace et le fauteuil. Autour du visage, des formes ondulantes s'épanouissent comme autant de pétales encerclant un bouton de fleur, ils évoquent la métamorphose végétale subie par cette Daphné de la modernité."

Evidemment, tout ceci n'est pas explicitement ovidien, je vous l'accorde. Mais vous m'accorderez que ce qui suit l'est ...


Eh oui !... Picasso a illustré une édition des Métamorphoses (Skira, Lausanne, 1931). En voici quelques bonnes pages...

Chute de Phaéton avec le char du soleil (20-IX-1930)
Eau-forte
Musée national Picasso, Paris



Lutte entre Térée et sa belle-soeur Philomèle (à plus proprement parler, il s'agit du viol de Philomèle par Térée)
Première planche
Eau-forte
Musée national Picasso, Paris


Lutte entre Térée et sa belle-soeur Philomèle (même remarque)
Deuxième planche
Eau-forte
Musée national Picasso, Paris

J'ai dans ma bibliothèque une édition des Métamorphoses illustrée par Picasso - dans une traduction de l'incontournable Georges Lafaye. Il ne s'agit malheureusement pas de l'édition originale, mais rien n'empêche qu'à l'occasion nous la feuilletions ensemble...



mercredi 4 juillet 2018

De retour de Puysségur (III)

Pour terminer cette balade, je vous propose deux temps forts...
Le premier nous fait retrouver Ovide, juché sur son piédestal, au beau milieu de la place Ovidiu...


S'il aperçoit l'homme qui porte un bouquet de fleurs, peut-être se remémore-t-il le temps des amours - le temps des Amores - passé dans une insouciance désormais bien éloignée...

Et cet homme, seul sur la plage au milieu de ses livres, est-ce notre poète occupé à relire et corriger ses oeuvres ?
Je vous laisse en juger...


Le deuxième temps fort est une vidéo réalisée par Philippe Gal, un musicien qui était du voyage à Constanta. Pour la découvrir, il suffit de cliquer sur ce lien :
Bon voyage musical !...

PS : N'hésitez pas à vous rendre à Puysségur (31480) pour y découvrir la soixantaine de photographies de l'exposition (dans la forêt du camping Namasté, tous les jours jusqu'au 7 octobre).

mardi 3 juillet 2018

De retour de Puysségur (II)

En continuant, nous tombons sur la photo suivante...


Ne vous fait-elle pas penser à ces vers des Tristesses, où Ovide évoque le printemps à Tomes :
" Voici que filles et garçons cueillent joyeusement
     La violette des champs, qui pousse toute seule".
Certes, l'heure de la cueillette n'est pas encore venue, ou peut-être n'y a-t-il plus de violettes...
Mais je gage que les filles et les garçons de Constanta ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de Tomes...


Nous voici maintenant sur le forum, non celui de Rome mais celui de Tomes.


Comment y réglait-on les différends ? Comme ceci :
"On rend aussi une injuste justice à coup d'épée
     Rigide et souvent on s'écharpe en plein forum".

Tomes était aussi un port. Voici la version moderne du plus grand port céréalier d'Europe...



Mais cette silhouette qui se détache sur le miroir du bassin, ne serait-ce pas un lointain descendant d'Ovide ?... Ecoutons-le plutôt...

"Quelques bateaux, cependant, vont naviguer jusqu’ici ;
            Un vaisseau étranger mouillera dans le Pont.
Vite, je cours à la rencontre d’un marin. « Salut !
            Que viens-tu faire ici ? Qui es-tu ? D’où viens-tu ? »
Le plus probable est qu’il viendra d’une proche région,
            Qu’il aura navigué sans danger, en voisin.
Un Italien fait rarement pareille traversée,
            Vient rarement croiser sur ces côtes sans port.
Cependant, s’il connaît le grec, s’il connaît le latin,
            – J’aurais plus de plaisir que ce soit le latin – 
 (On peut aussi jusqu’ici faire voile, avec un bon
            Notus, depuis le Bosphore et la Propontide),
Qui qu’il soit, il peut, de mémoire, rapporter ce qui
            Se dit, alimenter les bruits, les propager."


Parfois, Ovide recevait une lettre de son épouse... Peut-être lui apparaissait-elle alors...



"Lorsque tu reçois une nouvelle lettre du Pont,
            Pâlis-tu, et ta main tremble-t-elle en l’ouvrant ?"


Voilà une photo qui donne envie de proposer une version des Tristesses où le texte serait accompagné d'images de notre temps mais assez poétiques pour renvoyer au temps passé.
Qui s'y lance ?...





jeudi 21 juin 2018

De retour de Puysségur (I)

Comme promis, j'ai fait ma petite cueillette photographique lors de l'exposition du collectif Vertige "Constanţa, Au-delà des frontières 4". Elle était inaugurée samedi dernier et peut se visiter jusqu'au 7 octobre à Puysségur (31480), dans le bois du camping Namasté. Je vous en donne ici un avant-goût...
Suivons le guide...


Comme vous le voyez, les photographies - une soixantaine - sont accrochées aux arbres. Voilà qui promet un joli contraste entre la végétation de la forêt et l'urbanisme roumain...
La photo qui marque l'entrée de l'espace d'exposition - et quel espace ! - n'est pas légendée. Les autres non plus : nous n'avons pas affaire à un reportage à visée documentaire mais à une déambulation poético-photographique. Déambulons donc, nous aussi...



Ici - j'ai reconnu les lieux ! - nous sommes sur la place Ovidiu, au centre du vieux Constanţa.
Ovidiu ?... Mais où est Ovide ?
Là où vous êtes !... Je veux dire que le photographe s'est placé pour prendre la photo dans le secteur de la statue en pied d'Ovide, lequel "voit" donc à peu près la même chose que nous...
Une précision : les jolies guirlandes d'ampoules jaunes sont là du fait de la célébration des fêtes pascales, au printemps 2017.


A Constanţa, les réminiscences romaines ne sont jamais très loin. Mais ici, la louve, ses petits et leurs descendants (je veux parler de Jules César, d'Auguste et des Julio-Claudiens) ne semblent pas être persona grata... Est-ce un effet de la solidarité avec le glorieux exilé ou une facétie du photographe ?
A bientôt pour la suite...