mardi 22 septembre 2020

Les Métamorphoses au Livre de Poche

Vous avez aimé la traduction des Métamorphoses de Marie Cosnay publiée en 2017 aux éditions de l'Ogre ? Eh bien la revoici, métamorphosée au format de poche et au Livre de Poche. Et enrichie d'une préface d'Hélène Vial, la grande spécialiste - et grande amie - d'Ovide que l'on sait. Une raison de plus de se procurer le livre...

 


"Œuvre majeure de la littérature mondiale, Les Métamorphoses rassemble en près de 12 000 vers le récit des métamorphoses des dieux et des héros, depuis le chaos originel jusqu’à la mort de Jules César. Ovide pioche dans l’immense répertoire des mythologies grecques et romaines et recompose sa propre épopée pour raconter le monde : Icare trop près du Soleil se brûlant les ailes ; Daphné se transformant en laurier pour fuir Apollon ; Orphée descendant aux Enfers pour retrouver sa femme Eurydice… Ces histoires mythiques irriguent encore de nos jours la littérature et la culture occidentale. Dans une nouvelle traduction, Marie Cosnay nous donne à lire le texte d’Ovide comme un immense roman d’aventures."

"Magique est la dernière métamorphose des Métamorphoses, sous la nouvelle apparence que leur confère la traduction remarquable de Marie Cosnay." Bertrand Leclair, Le Monde.

Préface d’Hélène Vial.

Postface de Marie Cosnay.

 

 

mardi 8 septembre 2020

Polifemo

Nous connaissons tous Georg Friedrich Haendel ; peut-être ne connaissons-nous pas tous Giovanni Battista Bononcini, son contemporain et rival, auteur d'un Polifemo (1702), dont l'Ensemble 1700, dirigé par Dorothee Oberlinger, nous offre aujourd'hui une version chez Deutsche harmonia mundi.

Voici ce que François Hudry nous en apprend...


"Principal rival de Haendel à Londres au début du XVIIIe siècle, Giovanni Battista Bononcini ne connaît pas la postérité de son collègue allemand. Pourtant, ses Griselda, Crispo et Astarto connurent d’éclatants succès. L’impitoyable Temps n’a retenu qu’Haendel dans ses filets, reléguant les opéras de Bononcini dans l’ombre.

Son Polifemo créé en 1702 à la cour de Prusse n’est pas un opéra stricto sensu, mais une vaste serenata durant une heure et demie. Son librettiste a eu l’idée de mélanger deux intrigues : l’histoire d’Acis et Galathée jalousée par le cyclope Polyphème et la mésaventure de Scylla et Glaucus aimé aussi de Circé, soit deux triangles amoureux réunis en un seul ouvrage. Dans cette partition, Bononcini n’a pas grand-chose à envier à son rival allemand grâce à une inventivité constante et à un grand sens mélodique.
Ressuscité tout d’abord en allemand en 1944, ce Polifemo a été enregistré en 1987 par René Jacobs et représenté depuis en version scénique. Cette nouvelle réalisation a été enregistrée lors des concerts présentés dans l’orangerie du château de Sans-Souci, à Postdam, en juin 2019 sous la direction de Dorothee Oberlinger, à la tête de l’Ensemble 1700 qu’elle a fondé en 2002 et, par ailleurs, directrice du Festival de Potsdam. On ne peut que souligner la qualité de cette exécution, grâce à une distribution vocale irréprochable soutenue par une approche instrumentale et stylistique extrêmement soignée." © François Hudry/Qobuz

Que ce soit aussi pour nous l'occasion de lire ou de relire la version qu'Ovide donne des faits dans ses Métamorphoses (XIII, 719 - XIV, 75)...

dimanche 30 août 2020

"Auguste" par Philippe Le Doze

Je vous annonçais naguère la parution, aux éditions Fayard, de l'Ovide de Xavier Darcos ; je vous annonce aujourd'hui pour le 15 septembre la parution, aux éditions Ellipses, de l'Auguste de Philippe Le Doze.


Qui m'annoncera le débat entre Xavier Darcos et Philippe Le Doze ? Je réserve mon billet...

                             

"Auguste (27 avant notre ère/14 de notre ère) est le premier prince romain. Traditionnellement présenté comme froid, calculateur, manipulateur et hypocrite, parfois comme un caméléon, il s'avère être une personnalité infiniment plus complexe. C'est en homme providentiel, en instrument des dieux, qu'Auguste a souhaité se présenter. Celui qui accrut l'empire romain comme personne ne l'avait fait jusque-là fut par ailleurs le créateur d'un régime nouveau, le Principat, destiné à vivre jusqu'à la fin de l'Empire romain. Il est en même temps à l'origine d'une restauration destinée à répondre à une crise multiforme, tout à la fois politique, religieuse et morale. Enfin, Auguste fit de Rome une véritable capitale d'empire, capable de rivaliser, par sa splendeur, avec les cités grecques. Cette biographie suggère que, tout en ayant été le père d'un régime de nature monarchique, Auguste fut aussi et surtout un prince républicain, un homme toujours soucieux d'ancrer ses nombreuses réformes dans la tradition romaine, posture qui n'interdisait en rien l'innovation. Mieux encore, c'est le portrait d'un homme soucieux des attentes parfois contradictoires de ses contemporains qui se dessine : Auguste a su se glisser dans les plis d'un costume dont il ne fut pas seul maître du patron."


 

vendredi 28 août 2020

Narcisse et Echo

On connaît bien la fable de Narcisse et un peu moins bien celle d'Echo. Mais qui connaît le Narcisse et Echo composé en 1911 pour les Ballets russes par Nikolaï Tcherepnine ?

Et d'ailleurs, qui connaît Nikolaï Tcherepnine ? Voici donc, pour commencer, ce que nous apprend de lui Jean-Charles Hoffelé dans le numéro d'ARTAMAG' du 23 novembre 2014.

"Diaghilev lui devra l’un des premiers succès de sa compagnie avec Le Pavillon d’Armide, il sera son chef d’orchestre attitré pour plusieurs saisons, et produira un ballet magnifique, anticipant par le style, les procédés, presque le sujet, Daphnis et Chloé de Ravel : Narcisse et Écho, créé à Monte-Carlo, juste une année avant que Paris ne voit le chef-d’œuvre de Ravel.


          Narcisse, de Michel Fokine. Musique de Nicolas Tcherepnine. Décors et costumes de Léon Bakst.

Nikolaï (ou Nicolas) Tcherepnine a aujourd’hui totalement disparu dans l’ombre de son fils, Alexandre, injustice que le disque répare peu à peu. Élève de Rimski-Korsakov, passé maître dans l’art de la couleur orchestrale, fer de lance de ce que l’on a nommé « Les Grands épigones », cercle de compositeurs réunis autour de Rachmaninov, il laissera un catalogue varié, mariant les styles français et russes seulement dans ses opus symphoniques. Car retourné au piano, c’est la seule Russie qui habite ses portées, et plus encore, texte oblige, dans ses admirable mélodies, tout compte fait le meilleur de sa création.

Sensible au symbolisme, il s’attache à la poésie de Konstantin Balmont. Sa Suite océanique, cycle composé d’après les Incantations de Balmont, écrit en 1917, est une manière de chef-d’œuvre sans équivalent dans le répertoire vocal russe, entre déclamation et chant, mais boudé par les chanteurs de son pays natal ; Tcherepnine fut, comme Rachmaninov ou Medtner, un exilé, mais demeuré à Paris, resté en quelque sorte hors des circuits, prisonnier de l’Occupation ; disparu en 1945, période propice à l’oubli, il se vit refuser la postérité qui échut à ses amis."

Et pour continuer, voici un large extrait de l'oeuvre, proposé sur les ondes de France Musique le 27 août dernier par Emilie Munera dans l'émission En pistes ! 

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/chef-d%C5%93uvre-oubli%C3%A9-narcisse-et-echo-nikola%C3%AF-tcherepnin/id914583756?i=1000489308031 

L'extrait d'une quinzaine de minutes commence à 1h 5'5''.

Bonne écoute, et merci à Emilie de nous avoir fait découvrir cette oeuvre rare...

 

lundi 24 août 2020

Des sirènes à Aubusson-d'Auvergne

Ovide nous apprend que les sirènes sont les compagnes de jeu de Proserpine métamorphosées en femmes-oiseaux (Métamorphoses, V, 552-563). Alors qu'elle voulaient parcourir les mers à la recherche de leur camarde disparue, elles demandèrent des ailes aux dieux pour voler au-dessus des eaux, et obtinrent satisfaction ; et pour garder leur belle voix, elles conservèrent leur haut humain. Car les sirènes antiques ne sont pas des femmes-poissons...

Que nous apprend le quotidien La Montagne dans son numéro du 21 août, sous la plume de François Jaulhac ? Voici...

                             

Une vingtaine de sirènes, venues de toute la France, attendues le 29 août au lac d'Aubusson-d'Auvergne (Puy-de-Dôme)

Pour la cinquième année, Laurianne baptisée « Princesse Kawaii », organise aussi une Rencontre sirène en Auvergne, qui aura lieu le samedi 29 août, au lac d’Aubusson-d’Auvergne. Photo T.E.L.I concept 

La passion des sirènes, des princesses et des costumes, Laurianne Gallego l’a contractée toute petite. Et elle ne l’a jamais quittée. « J’ai toujours aimé cet univers-là. Quand j’étais petite, je jouais à la sirène dans la piscine de mes grands-parents, avec un brassard dégonflé pour faire la queue », sourit la jeune femme.

Devenue adulte, elle n’a pas pour autant remisé ses costumes, au point d’en faire son métier. Ou comment passer d’un rêve de petite fille à la réalité, mâtinée d’entrepreneuriat et de sport.

En tissu et silicone

Sa première nageoire date d’il y a 7 ans, à l’âge de 16 ans, « toute en tissu, réalisée par une copine créatrice », décrit-elle. Depuis, Laurianne en a ajouté une dizaine, dont une entièrement en silicone ou une autre en tissu dôtée d’une monopalme en silicone. « Lorsque je fais des performances terrestres, le tissu est plus léger », poursuit-elle. Car pour elle, il n’est plus simplement question de déguisement pour son seul plaisir. Habilleuse dans le monde du spectacle, elle a en effet lancé son entreprise spécialisée dans l’événementiel, voilà deux ans, qui propose notamment des animations avec des costumes de princesses et de sirène pour tous types d’événements (festival, anniversaires…).

Une vingtaine de sirènes et tritons attendus

Et l’engouement se vérifie, au point que Laurianne a perfectionné sa pratique du « mermaiding » (de mermaid, sirène en anglais ou l’art de nager en sirène) avec des entraînements dans les piscines de la région, la maîtrise de l’apnée ou sa participation au concours de Miss Mermaid France.

Pour la cinquième année, Laurianne baptisée « Princesse Kawaii », organise aussi une Rencontre sirène en Auvergne, qui aura lieu le samedi 29 août, au lac d’Aubusson-d’Auvergne. Une vingtaine de sirènes et leurs alter ego masculins, les tritons, sont attendus de toute la France. De quoi proposer, dès 10?h?30, des animations pour les participants (shooting photo, tournage d’un clip et nage en costume) comme pour le public, invité à suivre des cours sur le mermaiding.

Pratique sportive

Une pratique que Laurianne souhaite développer, elle qui fut la première à se faire sirène en Auvergne, en proposant des cours. Car elle insiste, notamment sur la dimension sportive de sa pratique, mêlant natation synchronisée, sport et apnée.

Le mermaiding ne se pratique pas n’importe comment. Il y a des apnées longues et répétées. On peut se blesser très vite

Sirène confirmée, elle, Laurianne ambitionne ainsi de former une nouvelle génération de nageuses, tout en bouclant aussi l’un de ses rêves : nager régulièrement en aquarium. Atypique pour une sirène… mais comme le sont les rêves d’enfant.

François Jaulhac
francois. jaulhac@centrefrance.com

https://www.lamontagne.fr/aubusson-d-auvergne-63120/actualites/une-vingtaine-de-sirenes-venues-de-toute-la-france-attendues-le-29-aout-au-lac-d-aubusson-d-auvergne-puy-de-dome_13825802/?fbclid=IwAR2pnLP9McMLNGDgZNtVDfeQch7ltDKxf0lMaUTgW3nDT8mlh6xhQeeZPks 

La balade vous tente ? Soit... Mais n'oubliez pas vos palmes, votre tuba et... votre masque !

Et merci à Hélène, grande amie d 'Ovide, d'avoir publié l'information...

vendredi 7 août 2020

Philémon et Baucis

Voici une fable des Métamorphoses qui finit bien. Si, si... Il y en a quelques-unes...

C'est la fable de Philémon et Baucis.

Elle raconte comment une couple de vieillards accorda un jour à Jupiter et Mercure, en tournée chez les mortels, une hospitalité que les autres leur refusaient. Malgré la faiblesse de leurs ressources, ils eurent à coeur de recevoir aussi généreusement que possible les deux étrangers dont ils ignoraient la nature divine.

Les dieux y furent sensibles et, tandis qu'ils engloutissaient sous l'eau la maison des autres habitants, ils transformaient en temple l'humble chaumière des vieillards, en leur demandant quel voeu ils souhaiteraient voir exaucer. "Etre les gardiens de ce temple", répondirent-ils en un touchant accord.

C'est donc à l'entretien du temple qu'il consacrèrent les dernières années de leur vie.

 
Quand la mort survint, l'un se transforma en chêne tandis que l'autre se métamorphosait en tilleul. Et c'est sous cette forme végétale qu'ils survécurent encore longtemps...

Si vous voulez retrouver les détails de la fable, rendez-vous sur le site https://www.legonium.com/baucis-et-philemon Le texte est en latin - très simple - et les illustrations vous feront remonter à vos années Lego...

Merci à Marie, une grande amie d'Ovide, de m'avoir signalé l'existence de ce site, et bravo aux concepteurs de ce très joli travail...

Et maintenant que vous avez lu la version statique, voici la version dynamique - autrement dit, la vidéo - de la même fable... Quelle inventivité !... 
 


jeudi 16 juillet 2020

Ovide, Naître, désirer, survivre par Xavier Darcos

L'Ovide nouveau va arriver... Et nous le devons au plus ovidien des académiciens : Xavier Darcos...
Dans toutes les bonnes librairies à partir du 26 août... Qu'on se le dise !...



" Par son destin personnel comme par son œuvre, Ovide, qui a vécu à la bascule du monde païen et du millénaire chrétien, a incarné la complexité de la mentalité latine, fière de ses légendes et sensible à la mythologie, mais aussi énergique et rétive à toute oppression. D’abord amusé par les jeux du monde et de l’amour, voire marchand de recettes érotiques, Ovide revint ensuite aux grandeurs des mythes (Métamorphoses) et des rites (Fastes), avant d’inventer les élégies du spleen et de l’exil (Tristes et Pontiques) et d’y méditer puissamment sur la destinée humaine.

Tous les auteurs anciens l’ont admiré. Ils aimèrent le raffinement de son écriture, la diversité de son talent et la richesse colorée de son inventivité. Ils furent aussi touchés par la tragédie de sa fin de vie. Ensuite, il ne cessa d’être lu et imité, servant de réservoir inépuisable à l’imagination des poètes et des plasticiens. Il fut l’actuel de toutes les époques, grâce à la beauté, la diversité et la profondeur de son œuvre.

Le livre de Xavier Darcos montre l’éternelle modernité de cet artiste inclassable, de cet érudit libre et ironique qui a capté le mystère du vivant et la puissance des passions, tout en s’insurgeant à sa manière contre l’arbitraire des genres, des pouvoirs et des dieux."

vendredi 10 juillet 2020

Le Minotaure de Picasso au musée de Dijon

Je ne sais ce qu'il en est pour vous, mais personnellement, les seules oeuvres de Picasso qui me touchent sont ses Minotaures. Si vous les appréciez aussi, vous aurez plaisir à découvrir le livre d'Annick Fenet, Le Minotaure de Picasso au musée de Dijon, Archéologie d’une œuvre, Editions universitaires de Dijon / Coll. Essais / 8,00 euros.





" Picasso aimait le Minotaure pour son côté humain, trop humain » : son merveilleux dessin en couleur du 12 novembre 1933, entré dans les collections du musée des Beaux-Arts de Dijon grâce à la donation Granville, ne déroge pas à ce souvenir du photographe Brassaï. Cet essai propose de remonter aux origines de ce chef-d’œuvre, interrogeant la vie et la production de Picasso jusqu’à ces foisonnantes années 1930, mais aussi de plonger dans l’histoire de cette figure mythologique née dans l’Antiquité. Mi-homme mi-bête, le Minotaure a ensuite traversé les siècles, depuis le Moyen Âge jusqu’aux surréalistes, refaçonné par l’imaginaire chrétien et par des artistes comme Rubens, Canova ou Rodin. Son image originelle se vit progressivement redéfinie au fur et à mesure des découvertes archéologiques. Picasso quant à lui s’approprie le monstre jusqu’à en faire un alter ego. Il le réinvente, jouant avec un héritage plurimillénaire, et le transforme au fil des jours non sans puiser, tout aussi librement, à d’autres sources d’inspiration. "

Annick Fenet est chercheuse auprès du laboratoire AOROC de l’École normale supérieure (PSL). Auteure de nombreux travaux en histoire de l’archéologie et de l’orientalisme ou sur la réception de l’Antiquité, elle a coédité aux Éditions universitaires de Dijon, dans la collection « Histoires », l’ouvrage Hommes et patrimoines en guerre : l’heure du choix (1914-1918).

 Pablo Picasso, Minotaure, Musée des Beaux-Arts de Dijon

L'ouvrage sera prochainement disponible. En attendant, vous pouvez lire sa table des matières :
Une œuvre singulière / De Paris à Dijon / Picasso et l’antique, de la Galice à la Campanie / Picasso et le tournant des années 1930 / D’un livre illustré à l’autre : Métamorphoses et Lysistrata / Un Minotaure picassien parmi les siens : la Suite Vollard / Le Minotaure original / Faux vrais et vrais faux Minotaures / Résurrection antiquaire et monstres néo-classiques / Une vogue académique / Le Minotaure relève la tête / De la Crétomanie à la Minotauromanie / Le monstre dijonnais et l’iconographie antique : inspirations et libertés / Minotaure-Dionysos et Ariane / Jeux de maîtres

Et si vous voulez être servis les premiers, n'hésitez pas à passer commande : 

POUR COMMANDER CET OUVRAGE, MERCI DE RENVOYER CE BON À L’ADRESSE
Éditions Universitaires de Dijon - Maison des Sciences de l’Homme - Esplanade Érasme BP 26611 -
21066 DIJON Cedex
NOM :  
PRÉNOM :  
ADRESSE : 
Commande .... exemplaire(s) de l’ouvrage Le Minotaure de Picasso au musée de Dijon au prix de 8,00 € l’unité (franco de port) LES CHÈQUES SONT À LIBELLER À L’ORDRE DE : RÉGISSEUR DES E.U.D 

mardi 7 juillet 2020

Richard Pommier

Vous avez aimé Clara Castagné ? Vous allez aimer Richard Pommier...

"Richard, sculpteur héraultais, a choisi le métal afin de donner corps à son imaginaire. Des chats, des têtes de taureau, des visages… en fil de fer, plaques de tôle découpées. Un univers bestiaire sans fin… Comme le décrit si bien Claude Frontisi, historien d’art "le monde de Richard Pommier est une arche de Noé dans laquelle chacun peut embarquer son imaginaire pour un voyage au long cours."

Embarquons, embarquons !... 

Pan, sculpture murale en métal, 180x150

Tête de taureau, sculpture en fil de fer et corne, 60x50

Et si vous les avez aimés séparément, vous allez les adorer ensemble...

Enlèvement d'Europe, sculpture en métal peint, 140x90

En bonus, pour préparer vos vacances en Grèce, cette carte absolument in-dis-pen-sable !...
Bon voyage - et méfiez-vous, Mesdames, si un centaure vous propose de vous faire traverser un fleuve !...

Sans titre, tirage sur papier 40x40
http://www.castagne-pommier.com/


lundi 6 juillet 2020

Clara Castagné

Vous ne connaissez pas Clara Castagné ? J'aurai donc le grand plaisir de vous faire faire sa connaissance - que m'a fait faire Eva, une grande amie d'Ovide...

"Clara Castagné, née en 1968 dans le Tarn, se passionne pour le bricolage et le dessin depuis sa plus tendre enfance. Après avoir fréquenté l’école des beaux-arts de Toulouse puis de Nîmes, elle choisit la sculpture et la peinture comme domaines de prédilection. Explorant les techniques et les supports, elle aime se réinventer et travailler sur différents plans, mais sans jamais perdre son style et son empreinte.
Depuis son atelier à Puilacher, dans l’Hérault, l’artiste pour le moins prolifique, nourrit un imaginaire foisonnant. Arborant un graphisme qui lui est propre et auquel elle reste fidèle, elle propose à travers la figuration un univers peuplé de personnages fantasmatiques, inspirés des temps anciens et modernes, qui se déclinent dans plusieurs thèmes principaux : les scènes de famille, la mythologie, l’anatomie… Oscillant entre profondeur et absurde, son travail regorge de notes d’humour décalées. Aujourd’hui, on lui doit de multiples séries d’oeuvres, issues 25 années de création hyper dense, riche et d’une cohérence rare, qui ont été exposées aux quatre coins de la région (Béziers, Perpignan, Sète, Marseillan, Balaruc…), ainsi qu’un peu partout en France (Paris, Toulouse, Bordeaux, Saint-Etienne et à l’international (Danemark, Mexique, Suisse, Luxembourg)."

Et oui !... Vous avez bien lu... Clara s'intéresse à la mythologie. La preuve...

 Centaure, encre et gouache sur papier, 17x18 cm
Naissance d'Aphrodite, encre et gouache sur papier, 24x17

 Le Tibre, encre et gouache sur papier, 58x35

Vous voilà convaincus ?
Non ?
Eh bien j'espère que quelques sculptures achèveront de vous convaincre...



N'y a-t-il pas là quelque chose d'actéonseque, d'actéonique ou d'actéonien ?...


Et si vous n'êtes toujours pas convaincus, voici le site de Clara, qui vous réserve mille et une excellentes surprises...
Bon surf !...



vendredi 26 juin 2020

Semele

La nouvelle version de Semele, l'opéra (l'oratorio ?) de Georg Friedrich Haendel (1685-1759), vient tout juste de paraître, avec à la baguette Sir John Eliot Gardiner.
Qu'on se le dise !...




samedi 20 juin 2020

Céphale et Procris


Le 20 avril dernier, alors que nous étions confinés jusqu'aux oreilles, le quotidien Libération proposait, sous la plume d'Agnès Girard, un article consacré à la fable de Céphale et Procris, et intitulé "La jalousie est-elle un vilain défaut" ?

Je le gardais pour plus tard ; s'il n'est pas trop tard : le voici...

                               

La jalousie est-elle un vilain défaut ? 

Agnès Girard 20 avril 2020 

Céphale et Procris, 1879, Marques de Oliveira


Pour mettre en garde les amants des dangers de la jalousie, il est courant de leur rappeler l’histoire de celle qui fut tuée par son propre époux. Cette histoire est inspirée d’un célèbre mythe antique qui… ne parle que de vent. Comment comprendre cette métaphore ?
Il y avait une femme si jalouse qu’elle interdisait à son compagnon de regarder les autres. Un jour que, terrorisé, il n’osait plus lever les yeux et fixait le sol du regard, elle entra dans une colère violente : «tu regardes les femmes dans le reflet de tes chaussures !».
Il l’aimait. Il la quitta. La morale de cette histoire (aussi vraie que navrante) pourrait être la suivante : rien ne nuit plus à l’amour que l’amour… quand il se nourrit de la peur d’être quitté-e.
En l’an 1 de notre ère, dans L’art d’aimer, Ovide dénonce «ce fatal penchant qu’ont tous les amants à croire ce qu’ils redoutent». Il y consacre un chapitre intitulé : «Ne pas croire trop vite à l’existence d’une rivale». Sa démonstration repose sur une légende bien connue (1) dans l’antiquité, l’histoire d’une beauté appelée Procris et de son séduisant époux Céphale. Lorsqu’elle est découverte à la Renaissance, cette histoire d’amour connait un immense succès.
La légende Céphale et Procris
A la fin du XVe siècle en Italie, pour avertir les jeunes couples des dangers de la jalousie, il arrive qu’on leur offre des coffres ou des tableaux ornés de cette légende. L’artiste Piero di Cosimo en donne la version parmi les plus douloureusement réalistes : une femme au visage pâle, la gorge transpercée, expire sous les yeux d’un grand chien aux couleurs du deuil. L’image peut sembler macabre. Elle est tirée du dernier épisode de l’histoire de Procris et Céphale, dont le final tragique s’éclaire à la lumière d’une légende traversée par la métaphore de l’air en mouvement…
Une déesse enlève un humain
Le chasseur Céphale, réputé pour sa beauté, est (selon certaines versions) le fils de Déioné, un descendant d’Éole, le dieu du vent. Il a épousé Procris, fille d’un roi d’Athènes, avec laquelle il coule des jours heureux. Un jour, la déesse de l’aube –Éos (pour les Grecs), Aurora (pour les Latins)– a le coup de foudre et l’enlève. Cette déesse est condamnée à poursuivre les mortels d’un amour perpétuel, qui ne peut pas durer. Quand ils meurent, elle les perd. Ses larmes donnent la rosée du matin. Il est dit qu’Aurora s’est également unie avec le Vent du crépuscule et que de cette union naquirent les Vents du nord (Borée), de l’Ouest (Zéphyr) et de l’Est (Euros). Elle a des doigts de rose pour «ouvrir la porte du jour». Céphale succombe-t-il aux avances effrénées de la déesse ? Certaines versions affirment qu’il leur résiste.
Le roi qui éjaculait des serpents, des scolopendres et des... ?
Pour le détacher de Procris, Aurora engage Céphale à éprouver la fidélité de son épouse. Elle lui propose de le métamorphoser. Sous les traits d’un riche marchand, Céphale rentre donc en inconnu dans son palais. Sept années ont passé depuis son enlèvement. Procris lui est restée fidèle. Déguisé en tentateur, il lui fait des offres auxquelles elle résiste, mais de moins en moins. Ses présents sont somptueux. Désespérée et seule, elle finit par céder. Pour l’humilier, au moment même où Procris cède, Céphale reprend son apparence normale. Dans Histoire d’amour, Stéphane Audeguy raconte : «Révoltée par ce procédé déloyal, Procris s’enfuit». Certaines versions racontent qu’elle se met au service du roi Minos, qu’elle guérit de sa stérilité : il éjaculait des scorpions suite à une malédiction (1). D’autres versions racontent qu’elle se réfugie en Crète auprès de la déesse Artemis-Diane.
«Fifty-fifty» ou comment égaliser les torts
Dans la première version, Minos, pour la remercier, lui offre un chien «rapide comme le vent» nommé Lelaps («ouragan») et un javelot magique capable non seulement de toucher droit au but mais de revenir dans la main, comme un boomerang. La deuxième version raconte que –ayant rallié la troupe des nymphes qui chassaient avec Diane– Procris se montre si triste que le déesse, apitoyée, lui offre le chien et le javelot. Forte de ce soutien, Procris décide de rentrer chez elle. Elle souhaite prendre sa revanche. Déguisée en éphèbe, elle se fait passer pour un jeune chasseur et devient, grâce à ses atouts maîtres, le «compagnon» de chasse favori de Céphale.
«Brise légère, comble-moi, viens sur mon sein»
Plein d’envie pour ses succès à la chasse, Céphale propose de lui acheter le chien et le javelot. Procris, sous les traits du garçon, refuse puis suggère un marché : en échange de relations sexuelles, il-elle consent à lui céder ses précieux biens. Marché conclus, les deux hommes s’isolent et s’enlacent… moment choisi par Procris pour se dévoiler. Mesurant l’infamie de sa conduite, Céphale demande pardon. Pour sceller cette réconciliation, Procris lui offre le chien et le javelot avec lesquels, chaque matin, à l’aube, Céphale part chasser. Des jours heureux s’écoulent. Mais l’histoire hélas ne s’arrête pas là. Il s’avère que Céphale prend l’habitude, aux heures les plus chaudes, de se reposer près d’une source, dans un bois isolé, et d’appeler la brise en termes caressants : «Aura uenias». «Brise légère, comble-moi, viens sur mon sein, viens éteindre mes feux ! Toi, ma volupté suprême»
Des soupçons de trahison non fondés…
Quelqu’un, se méprenant sur ces paroles ambiguës, s’empresse d’aller rapporter à Procris que Céphale est l’amant d’une nymphe. Procris, rongée d’angoisse, veut prendre son époux sur le fait, s’élance vers le mont Hymette, puis se glisse en tapinois dans les buissons entourant la clairière où elle espère voir arriver «Aura», sa rivale inconnue. Céphale, qu’elle épie, s’étend sur l’herbe et convoque la brise pour le rafraichir. Recouvrant ses esprits, Procris, saisie de joie, se relève et veut «s’élancer dans les bras de son époux», raconte Ovide. Mais Céphale –attribuant le bruit dans les feuillages à la présence d’une bête– lance d’un trait la pointe de métal infaillible qui perce son amante dont l’âme… est emportée par la brise. Elle expire dans les bras de celui qu’elle pensait volage. Désespéré, Céphale s’enfuit sur une île qui prend le nom de Céphalonie.

… justifient-ils l’espionnage et la dissimulation ?
Que déduire de cette histoire ? Chacun à leur tour, croyant être trompé, les amoureux se trompent en se faisant passer pour autre. A l’image du javelot qui revient toujours dans la main, les tromperies suscitent par «retour de bâton» une rupture absurde. Ovide insiste sur l’aspect inconséquent des héros : ils prennent leurs peurs pour des vérités. Mais elles ne sont que du vent. A travers tout le récit, les allusion au vent sont d’ailleurs multipliées : Céphale fils du Vent (Éole) a épousé une femme dont la soeur a été enlevé par le Vent du Nord (Borée). Cette femme lui offre un «Ouragan» (Lélaps) et un javelot qui vole dans les airs. Puis elle rend son dernier souffle après avoir pensé que la brise (Aura) allait lui arracher Céphale comme autrefois l’aube (Aurora), la mère des Vents, avait tenté –en vain– de le faire. Pour résumer : beaucoup de souffles pour rien. «Ne soyez pas trop promptement crédule», prévient Ovide qui, pourtant, réserve à cette légende une place chère dans son coeur. Il y consacre parmi ses plus beaux vers.
QUI SÈME LE VENT, RECOLTE LA TEMPÊTE
.
A LIRE : Les métamorphoses d’Ovide, Bernard Blanc, L’Harmattan, 1995.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Un article de Bernard Sergent «Celto-hellenica I. Celtchar et Kephalos» (numéro thématique : Mélanges Pierre Lévêque. Tome 1 : Religio, Collection de l’Institut des Sciences et Techniques de l’Antiquité, 1988)

mercredi 17 juin 2020

Le plaisir de lire Ovide...

Je vous avais signalé naguère l'ouvrage de Nicola Gardini Avec Ovide. Le plaisir de lire un classique.
Je vous propose aujourd'hui le plaisir de lire Hélène Vial, maître de conférences HDR de latin  à l'université de Clermont Auvergne, qui en propose le compte rendu suivant.
Bonne lecture !...

                             

Avec Ovide. Le bonheur de lire un classique

Gardini (N.), Avec Ovide. Le Bonheur de lire un classique, traduit de l’italien par D. Goust, avec la collaboration d’I. Gabbani. – Paris : Éditions de Fallois, 2019 – 240 p. – ISBN: 9782877069960


S’ouvrant sur la célèbre phrase de Montaigne « Le premier goût que j’eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Métamorphose d’Ovide » (Essais, I, 25, « De l’institution des enfants »), l’ouvrage de Nicola Gardini est, comme le dit son titre, une déclaration d’amour conjointe à Ovide et aux « classiques » qui, comme lui, continuent après des siècles, des millénaires, à changer la vie de leurs lecteurs. C’est avant tout et après tout un plaidoyer pour la lecture de ces œuvres, en même temps qu’une recherche de ce qui fait d’elles, précisément, des « classiques ». Et l’exemple choisi pour cela est celui, emblématique entre tous aux yeux de l’auteur, de la poésie ovidienne, qui, depuis plus de deux mille ans, n’a jamais cessé de susciter la fascination. Une véritable enquête est menée, qui conduit graduellement à la notion séduisante et convaincante d’incertitude considérée comme centre de gravité de la poétique ovidienne. Cette enquête, qui regorge d’idées justes et de belles formules, se lit aussi facilement qu’un bon roman, et nous emporte, même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec ses prises de position très subjectives et assumées comme telles. C’est qu’il n’y a pas là une étude universitaire, mais un parcours très personnel par rapport auquel les lectures critiques, présentées dans les remerciements finaux comme « nombreuses », ont été faites a posteriori et n’ont « pas […] influencé <l’>exposé ». Un esprit chagrin serait tenté de dire que l’ouvrage aurait gagné en rigueur et en richesse à ce que ces lectures précèdent et nourrissent, même indirectement, l’écriture ; mais ce n’est pas cette pente que nous suivrons, et nous prendrons ce livre tel qu’il est, avec ses 18 chapitres qui, en toute liberté et originalité, cheminent partiellement « à rebours », partant des œuvres écrite par Ovide à la fin de sa vie, sur les bords de la mer Noire où il était relégué, pour aller vers les Métamorphoses en passant par les premières œuvres, l’ensemble reposant sur « cinq représentations paradigmatiques, correspondant aux parties principales du livre : l’exil, le modèle érotique, la construction de l’auteur, la langue (comme écriture et comme construction des signifiés) et les métamorphoses. »
Ovide est-il vraiment, comme le dit le titre du premier des dix-huit courts chapitres composant le livre, « Le classique des classiques » ? Oui, si, comme le fait Nicola Gardini, on prend pour critères du classicisme le succès et la fortune de l’œuvre. D’emblée se dessine ce qui peut, tout au long de l’ouvrage, être discutable : des raccourcis de pensée, des formulations un peu convenues et/ou naïves, auxquels s’ajoutent ici et là des lourdeurs de traduction et quelques fautes. Mais se dessine aussi ce qui en rend la lecture très stimulante : un grand sens de la formule, une connaissance profonde, intime, de la poésie ovidienne, et un point de vue surplombant, qui dès le début associe une appréhension très juste de ce qui fait la fécondité inépuisable de cette poésie et la volonté de réfléchir, au-delà d’elle, sur les humanités. Le point de départ et d’arrivée sera les Métamorphoses, mais toutes les œuvres principales seront prises en compte, et le lien entre elles. Ce sera un « corps à corps », à lire en y cherchant « sensibilité », « mémoire » et « admiration », et en y percevant, du début à la fin, une volonté pédagogique, au meilleur sens du terme. En variant les points de vue, cet « essai littéraire » tournera autour de son objet pour s’approcher peu à peu de ce qui en fait la puissance. Balayant les clichés sur Ovide et, en même temps, sur les langues, littératures et cultures anciennes, il montrera en quoi l’œuvre sur laquelle il se penche est la source d’une « révolution ». Il se voudra, ambitieusement, « une anthologie essentielle », susceptible de donner au lecteur l’envie d’aller plus loin.
Qu’est-ce qu’un classique ? demande encore le chapitre 2 (« À l’écoute des anciens »). Un édifice, répond-il ; « une façon de penser et de raconter le monde », qui, en se fondant sur la variété et en nous parlant depuis un horizon lointain, nous apprend la « prise de distance ». L’auteur que nous accueillons est « un survivant », « un étranger », et si quelques banalités sont ici énoncées sur l’entrée en contact avec un autre monde que le nôtre et l’enrichissement qui en découle, il est utile de redire l’importance de l’altérité radicale des « classiques » par rapport à notre monde abreuvé de nouveauté et de consommation. Devant un « classique », c’est nous qui sommes les barbares, dit Nicola Gardini, ce qui est une idée très ovidienne. Quelle est la « source cachée » qui fait l’unité et, par là, la force de la poésie d’Ovide ? L’incertitude, répond l’auteur, en une magnifique idée qui va de pair avec la perception très juste du caractère arborescent de l’œuvre. Bien sûr, cette idée est discutable, et l’on peut lui opposer les certitudes bien réelles qui transparaissent constamment chez Ovide : celle selon laquelle le monde est régi et rendu totalement mouvant et versatile par les passions ; celle selon laquelle l’œuvre d’art peut vaincre la mort. Mais il y a une force intellectuelle réelle dans ce mot d’« incertitude », et l’on choisit de se laisser porter.
Or, c’est à Constanța que l’on se retrouve. Le chapitre 3, qui porte comme titre le nom actuel de cette ville qui, au temps d’Ovide, se nommait Tomes (Tomis) et où il fut relégué en 8 après J.-C., nous fait voyager avec Nicola Gardini dans la Roumanie de l’immédiat après Ceaucescu, lors d’un séjour aux raisons à la fois amoureuses et ovidiennes. L’approche personnelle et sensible choisie montre ici tout son intérêt : c’est par sa propre histoire, et par le beau récit de son propre itinéraire en Roumanie, avec comme dernière halte Constanța, que l’auteur nous conduit à Ovide, et à Ovide relégué. Nous le suivons, même si ici la chronologie des œuvres est présentée étrangement, si là une formulation concernant les Métamorphoses semble contredire l’hypothèse initiale ou si, plus globalement, le parallèle implicite puis explicite entre les deux tyrans et les individus qu’ils ont persécutés nous semble excessif.
Le chapitre 4 (« Comme Médée ») nous présente Constanța/Tomes et se dirige avec justesse vers la figure, associée à cette région, de Médée, « charnière de l’imagination ovidienne ». Avec, comme dans l’ensemble du livre, une abondance de citations bien choisies et bien exploitées, l’auteur démontre l’affinité entre Ovide et Médée, une « dissidente » qui choisit le désir – et la magie – contre la pietas et le pudor et, ce faisant, s’isole « affectivement et politiquement » dans sa pratique de l’ars et du carmen. Un passionnant passage conclut ce chapitre, évoquant la statue d’Ovide que l’on peut encore aujourd’hui voir à Constanța et dont le sculpteur, un « résistant » lui-même, voyait Ovide comme incarnant « la protestation, l’indépendance et la fermeté morale ».
Médée est une grande figure de la colère, Ovide aussi sans doute, et l’on ne s’étonne pas que le chapitre 5 s’intitule « Une vie contre la colère », qui entrelace des lectures des Tristes, des Amours ou des Fastes pour réfléchir au devenir de l’élégie, réinventée par la relégation en même temps que s’invente, dans les dernières œuvres d’Ovide, l’écriture autobiographique. Celle-ci fait l’objet d’une fine analyse portant sur le choix ovidien de la désobéissance, non seulement dans le choix d’être poète malgré la volonté paternelle, mais aussi dans le rapport au modèle virgilien ou encore, bien sûr, à l’autorité impériale. Le chapitre est toutefois un peu plat, suivant sans vraiment l’analyser le fil de Tristes, IV, 10.
Cette impression demeure à la lecture du suivant (« P. Ovidius Naso »), réflexion assez banale sur l’auto-nomination et sa signification, et en particulier sur l’emploi de Naso tout au long de l’œuvre. Il y a, dit très justement l’auteur, « une véritable “politique” du nom propre » chez Ovide. Énoncer le nom Naso, c’est parler de l’écriture ; alors, à Tomes, cette énonciation devient « expression d’un vide » : quand règne « la menace de la totale dépersonnalisation », le nom est celui « du poète exclu », un « nom asocial », un « zombie onomastique ». La « séparation du nom et du corps » est actée. Mais dire Naso, c’est aussi dire – et toute l’analyse est ici à nouveau pénétrante et belle – « la pérennité de la poésie face au monde », affirmer que l’écriture est le « seul point ferme dans l’incertitude répandue alentour. »
Dans le chapitre 7 (« Le paysage désolé »), évoquant la douceur de la fin de l’été à Constanța, l’auteur pense aux descriptions terribles de Tomes. La fiction est, dit-il sans grande originalité, « une vérité », et ce qu’exprime le « paysage désolé » des Tristes et des Pontiques est avant tout « une situation éminemment anti-humaine ». Comme souvent, ce point de départ un peu ordinaire conduit à une réflexion juste et très bien écrite sur la manière dont ces recueils réinventent la littérature antique du paysage en créant une pleine concordance entre la description des lieux et l’expérience de la relégation comme « gel intérieur », comme « exclusion de la civilisation romaine et […] fin de la civilisation tout court. », l’individu et la romanité étant également vulnérables quand se produit « la plus terrible, la plus inconcevable métamorphose qui puisse arriver à un fils de Rome » : devenir un étranger, un barbare.
À ce stade du livre émerge de manière de plus en plus explicite le cœur de sa démonstration, qui est l’audace subversive de l’œuvre ovidienne. Cette audace est d’abord, dans le chapitre 8 (« Impiété des amants »), celle de L’Art d’aimer par rapport au pouvoir augustéen et à ses symboles, qu’Ovide inverse jusqu’au « blasphème ». L’analyse des œuvres de jeunesse comme « trahison contre les valeurs traditionnelles de jadis » est très convaincante. Fastes et Métamorphoses ont-ils, en revanche, été écrits dans un « but réparateur » ? Une fois encore, le risque apparaît d’une contradiction interne au livre, qui par ailleurs affirme, au moins pour les Métamorphoses, une dissidence profonde. D’ailleurs, dans ce même chapitre, l’auteur écrit avec raison qu’« en condamnant L’Art d’aimer Auguste condamne en fait les récentes Métamorphoses » et que cela explique que la condamnation d’Ovide ait eu lieu si longtemps après la parution de L’Art d’aimer.
Ovide annonce Don Juan, affirme le chapitre 9 (« L’impuissance ») : « agresseur de l’ordre organisé », comme lui, il manifeste dès les Amours ce qui éclatera dans les Métamorphoses : le règne « d’une incertitude radicale, insoluble », incertitude qu’incarne l’amour, y compris du point de vue des genres littéraires. Dès sa jeunesse, Ovide dissout donc les hiérarchies, fait coexister les contraires, affirme « la discordance fondamentale des sensibilités individuelles » et sa conséquence, la contradiction présente au cœur de tout. Là réside « l’“immoralité” d’Ovide – celle qui l’aurait condamné à l’exil » : dans cette poétique de l’éphémère, et dans le fait de bâtir sur cette poétique, avec les Métamorphoses une épopée.
Le chapitre 10 (« L’auteur profond ») prend un détour – au moins apparent – par rapport aux développements précédents avec une réflexion très proustienne, et où Proust est d’ailleurs présent, sur l’œuvre et la vie – réflexion dans laquelle l’auteur évoque aussi, en parallèle, son rapport avec sa propre œuvre. Nous n’apprenons rien en lisant que l’on n’écrit jamais sa vie, que celle-ci ne peut être que vécue et non écrite et qu’un texte est une construction. En revanche, l’idée est très juste selon laquelle il faut croire ce que l’auteur dit du rapport entre son œuvre et sa vie ; on adhère volontiers à la vision d’Auguste comme « un lecteur proustien » qui voit dans les textes d’Ovide « l’incertitude, la dissidence, la désobéissance » ; et on goûte la pertinence de l’expression « style tardif » à propos de l’Ovide de la relégation – on l’étendrait sans peine à tout Ovide –, autrement dit au « caractère inactuel des esprits inclassables, des artistes qui ne sont pas au diapason de leur temps parce qu’ils anticipent les temps futurs ».
Quelle fut l’erreur d’Ovide ? Le chapitre 11 (« L’erreur ? ») est une réflexion pleine de finesse sur le mot error, socle de toute une poétique dans les dernières œuvres et, selon l’auteur, d’une prise de pouvoir symbolique du poète sur le Prince en même temps que de l’affirmation, foncièrement « anti-épique », d’un « processus de dés-héroïsation et de dérision sémantique », et d’une incertitude centrale, absolue, existentielle. Ovide n’a-t-il, pour autant, « jamais eu d’objectif assuré » ? Il est au contraire possible de penser qu’il a eu toute sa vie celui d’être en dissidence en disant justement l’incertitude et son corollaire, la métamorphose.
Nourri de très belles citations, le chapitre 12 (« La langue tranchée ») explore le lien entre la littérature et la perte de la parole, ou la peur de cette perte. De très grands personnages des Métamorphoses passent ici, Philomèle, Cyané, Io, Pyrame et Thisbé, Orphée, qui, privés de leur voix, parviennent à s’exprimer malgré tout. La relegatio rejoue cette perte en une nouvelle métamorphose – qui est aussi le passage du latin à la langue gétique – et l’écriture y est alors une « dernière résistance ».
Dans le droit fil du précédent, le chapitre 13 (« L’empire de l’écriture ») déploie une réflexion très personnelle, et très autobiographique, sur le geste d’écrire, qui engage « la personne, toute la personne », et qui, chez Ovide relégué, « est action », « remplace le corps qui l’a produite », devient « art immatériel de la représentation de soi-même » et « est une forme du désir, le désir étant la substance du moi ovidien ». L’analyse est ici riche et complexe, entre le rôle fondamental de l’écriture dans les œuvres amoureuses, le parallélisme entre les variations de l’écriture sur la cire, matériau par excellence de la métamorphose et de la créativité, et le motif de la transformation, l’ambiguïté subversive du langage dans l’écriture ovidienne, la magie de l’écriture épistolaire et les « mots de la fin » qui émaillent et finalement constituent les poèmes. « Écrire, c’est défier l’ordre établi », et Ovide le fait sans héroïsme, sans « sens de la mission, d’une direction assurée, d’un impératif suprapersonnel », ce qui l’empêche d’« adopter le modèle de l’épopée ». C’est discutable : les Métamorphoses sont bel et bien une épopée, certes hors norme, et en « chant<ant> le désir – souvent autodestructeur – des individus » Ovide atteint l’universel et se place donc au-delà des peuples, et pas (ou pas seulement) en-deçà.
Le chapitre 14 (« L’esprit ») est, à l’image peut-être de son objet, le plus insaisissable et flou : partant d’une considération assez convenue sur le lien entre ce que nous voyons et la réalité, il évoque l’importance des « créations mentales » dans les dernières œuvres et s’attache aux « phénomènes magiques d’expansion, de superposition et de confusion spatiotemporelle, donnant lieu à un véritable “fantastique” », que, dès les Héroïdes et jusqu’aux Tristes et aux Pontiques, produit l’« incertitude ovidienne ». C’est là le « code » de l’œuvre, la source de l’unité et de la grandeur de cette « machine rhétorique qui ne cesse de disposer différemment certaines images primaires selon des configurations nouvelles ».
Ce sont les Métamorphoses qui, à partir du chapitre 15 (« Le bouclier d’Euphorbe »), sont l’objet essentiel de la lecture. Le point de départ est ici le discours de Pythagore au livre XV, et l’auteur écarte à juste titre tous les ancrages philosophiques pour en revenir au seul principe de l’incertitude, seule « philosophie » d’Ovide. Mais la réincarnation est-elle un « symbole […] du concept de métamorphose » ? Ovide fait-il « place nette de l’a-b-c de la philosophie », et notamment de l’être au sens platonicien ? Le devenir est-il chez lui triomphe de la variante sans qu’il y ait jamais d’« original » ? Le monde tel qu’il le conçoit est-il sans « aucune axiologie, aucune hiérarchie » ? Et celui des Métamorphoses est-il « une somme […] de fragments désormais sans valeur », dans une narration au « cours erratique » auquel le discours de Pythagore donnerait « un finale épique » venant corriger in extremis « un récit anti-épique », un « parfait échec » en tant qu’épopée ? Tout cela est très discutable, et tout n’a pas la même valeur dans un univers poétique qui plonge dans le tréfonds des êtres, donc de l’être, et où règnent les passions et, en elles et au-dessus d’elles, la passion de la poésie – un univers qui a par là même une unité organique, absolue, véritablement épique et même rénovant de fond en comble l’épopée. Tout ce que ce chapitre présente comme un échec de la part d’Ovide peut donc au contraire être perçu comme sa plus grande réussite.
Peut-être est-ce pour cela que le chapitre 16 (« Transformation et théorie du signe »), consacré à la métamorphose, autrement dit à l’essentiel, manque partiellement sa cible, malgré de belles expressions (« une interchangeabilité diffuse, fondamentale sous toutes les différences », « le caractère transitif, hybride, la confusion de réalités inconciliables » ou encore « la métamorphose refonde le langage en mettant au jour un contenu secret ») et des remarques pertinentes sur la manière dont Ovide dépasse ses sources hellénistiques (« C’est à lui que l’Occident doit l’idée de métamorphose ») ou sur le rapport entre signifié et signifiant dans les récits ovidiens de métamorphoses. Le parcours à travers la variété de ce qui provoque la métamorphose et de ce qui en découle reste assez convenu, et lesté d’une inutile dimension morale.
Le chapitre 17 (« Imago ») est plus stimulant : fondé sur la présence récurrente, chez Ovide et en particulier dans les Métamorphoses, de certains mots du registre de l’image (facies, figura, forma, imago, simulacrum, species notamment), il définit un « grand poème des images » et « une grande théorie des images » sous forme d’histoires, avec comme point nodal, bien sûr, l’épisode de Narcisse au livre III. Si les remarques sur le « halo évanescent » de ces mots n’apportent rien à l’analyse, en revanche l’idée d’une « réalité virtuelle », entièrement faite d’oppositions, qui, issue d’une longue tradition, aurait été revivifiée par Ovide est extrêmement intéressante.
La conclusion (chapitre 18, « Éloge des classiques en guise d’adieu ») boucle la boucle : résumant le livre en en reprenant la méthode et les enjeux, elle réaffirme l’importance centrale de l’incertitude dans l’œuvre ovidienne, la définissant comme « une force vitale » qui nous conduit à aimer le changement, l’ambiguïté, et à nous émerveiller. Louant la « gravité profonde » d’Ovide, il risque une dernière fois le contresens en le représentant « enfermé à jamais dans un laboratoire au milieu de matières précieuses, de coulées incandescentes et d’effluves enchanteurs », description très éloignée de la liberté et de la créativité novatrices d’un poète qui, au contraire, ne s’est jamais laissé enfermer dans quoi que ce soit. On est un peu déçu par cette présentation, ainsi que par les évidences finales sur le « classique » qui, en nous faisant expérimenter l’éloignement, « stimule le dialogue entre passé et présent », nous donnant une « sensation de proximité, et même de contemporanéité » dans le même temps qu’« il est lui » et que « nous sommes nous », sa lecture nous étant alors nécessaire pour « rest<er> nous-mêmes ». Il n’en reste pas moins que le livre est, dans son ensemble, un cheminement éclairé et éclairant, nourri d’un grand discernement dans le choix des textes et d’un style élégant, à travers une œuvre profondément aimée et intimement connue.
Hélène Vial,
Maître de conférences HDR de latin – Université Clermont Auvergne
Avec Ovide. Le bonheur de lire un classique, in : Actualités des études anciennes, ISSN format électronique : 2492.864X, 15/06/2020, https://reainfo.hypotheses.org/21296.

vendredi 12 juin 2020

Sur la plage de Tomes...

Imaginez Ovide plaidant sa cause devant Auguste. Il l'a fait dans le livre II des Tristesses ; il le fait ici en se promenant sur la plage de Tomes.
Si vous avez un doute, cliquez...


Avec tous mes remerciements à André, un ami d'Ovide, qui a eu l'excellente idée de se charger de sous-titrer le texte italien de la vidéo, et de laisser apparaître ici et là quelques extraits du texte latin.


"Une voix s'élève depuis un rivage perdu, celle d'un poète célèbre, exilé aux confins de l'empire romain, sur les bords de la Mer Noire, par la volonté de l'empereur Auguste, en l'an 8 de notre ère. Les motifs de ce bannissement d'une sévérité inhabituelle ? Carmen et error, une poésie de séduction peu soucieuse de la morale et la faute mystérieuse d'un courtisan qui a vu ce qu'il ne devait pas voir dans l'entourage du souverain. Italien sous-titré en français, avec quelques expressions latines du texte original en regard. Version originale : "Depuis l'exil – Sebastiano Lo Monaco lit des passages du second livre des Tristia d'Ovide".
Court-métrage réalisé pour l'exposition “Ovide. Amours, mythes et autres histoires” aux Scuderie del Quirinale à Rome, du 17 octobre 2018 au 20 janvier 2019."
André Bayrou