jeudi 26 mai 2022

Questions d'unité dans les Tristia d'Ovide

Une élégie ou deux ? Telle est la question, à laquelle Helena Dettmer apporte une réponse dans un ouvrage récemment publié chez Peter Lang Inc. (juin 2021) et intitulé Issues of Unity in Ovid's Tristia.


Voici quelques précisions fournies par l'éditeur :

"Dans son édition Teubner de 1995, JB Hall sépare Tristia 1.5, 1.9, 3.4, 4.4, 5.2 et 5.7 en deux poèmes. Un critique de l'édition de Hall critique vivement l'éditeur pour ne pas avoir justifié la séparation de ces poèmes malgré le fait que les divisions ont un support manuscrit. En raison du triste état de la transmission textuelle des Tristia d'Ovide, il est parfois difficile de déterminer le début et la fin d'un poème individuel si ce poème reprend thématiquement et verbalement là où le poème précédent se termine. Le but de cette étude est de montrer que des preuves définitives peuvent être apportées pour justifier la division de ces six élégies en deux poèmes. La structure combinée au thème sert d'outil d'analyse qui définit le début et la fin des douze pièces littéraires considérées et met en évidence leur talent artistique. La résolution de la question de l'unité améliore notre interprétation des poèmes indépendants et notre compréhension de l'interaction complexe entre les poèmes au sein de chaque livre de poésie. L'exécution soignée et souvent brillante des poèmes et des livres dans lesquels ils apparaissent réaffirme que la dépréciation répétée d'Ovide de la qualité de son œuvre littéraire composée pendant sa période d'exil dans la région de la mer Noire n'est qu'une pose pour attirer la sympathie et le soutien de son public romain."

Curieux exemple de division littéraire, non ?...

mardi 24 mai 2022

Nicolas Poussin, La mort de Chioné

De passage à Lyon, Marie, une grande amie d'Ovide, nous envoie cette photographie prise au musée des Beaux-Arts et représentant Chioné morte d'une flèche tirée par Diane dans sa bouche.


"Une flèche dans sa bouche", me direz-vous. "Mais quelle horreur !"


Geste horrible, en effet. En voici la raison, telle que le cartel la donne :


Et pour plus de détail, voici l'extrait des Métamorphoses qui a inspiré Poussin, dans la traduction, certes un peu ancienne (1806), de G. T. Villenave :

Apollon et le fils de Maia, revenant l'un de Delphes, l'autre, du mont Cyllène, en même temps ont vu Chioné, en même temps ils sont atteints d'une flamme imprévue. Apollon jusqu'à la nuit diffère ses plaisirs. Mercure, plus impatient, touche Chioné de son caducée, et soudain à ce dieu le sommeil la livre sans défense. Déjà la nuit semait d'étoiles l'azur des cieux; Apollon, à son tour, paraît sous les traits d'une vieille, et sous cette forme, il trompe la fille de Dédalion. "Neuf mois s'écoulent : elle devient mère de deux jumeaux. Fils de Mercure, Autolycus est, comme son père, fertile en ruses, adroit dans toute espèce de vol. Il peut changer le noir en blanc, changer le blanc en noir. Fils du dieu des vers et de l'harmonie, Philammon devient célèbre par ses chants et par sa lyre. "Mais que sert à Chioné d'avoir su plaire à deux immortels ! que lui sert d'être mère de deux enfants renommés, d'être née elle-même d'un père puissant, et de compter le grand Jupiter parmi ses aïeux ! La gloire est-elle donc l'écueil de beaucoup de mortels ! Elle perdit Chioné. Insensée ! elle se préfère à Diane; elle ose mépriser sa beauté. La déesse indignée s'écrie : "Tu ne pourras du moins méconnaître mon pouvoir" ! Soudain elle courbe l'arc vengeur, la flèche siffle, et va percer sa langue criminelle. Chioné veut se plaindre, et fait d'inutiles efforts. Elle perd ensemble et sa voix, et son sang, et la vie. "Ô malheur ! ô nature ! quelle fut alors ma douleur ! Cependant je cherche à consoler un frère qui m'est cher. Mais, plus sourd à mes discours que ne l'est un rocher au bruit des flots écumants, il pleure sans cesse le trépas de sa fille. Dès qu'il voit son corps dans les feux du bûcher, il veut lui-même y terminer sa déplorable vie. Trois fois il s'élance, trois fois on le retient. Enfin il s'échappe, il fuit à travers les champs, tel qu'un taureau piqué par des frelons. Il presse ses pas dans les lieux mêmes où aucun sentier n'est tracé. Bientôt, il ne paraît plus courir comme un mortel. Ses pieds semblent ailés. Nul ne peut l'atteindre. Le désespoir double sa vitesse : il va chercher la mort. Il arrive au sommet du Parnasse, et se précipite. Apollon a pitié de son sort. Changé en oiseau, Dédalion se soutient dans les airs. En bec crochu sa bouche est allongée. Ses doigts recourbés deviennent des serres cruelles. Son courage est le même, et sa force est plus grande que son corps. Maintenant, épervier cruel, il fait à tous les oiseaux une guerre sanglante, et leur porte sans cesse le deuil dont il est affligé". 

Ovide, Métamorphoses, XI,  303-345




 

 

 

mercredi 11 mai 2022

Deux publications savantes

Un ami d'Ovide, Paul, a attiré mon attention sur deux publications savantes.

Voici les références de la première :

Helena DETTMER, Issues of Unity in Ovid’s Tristia, 2021,Peter Lang, xvi + 188 pages, 37 fig., 86 €


 L'auteur cherche à établir que six élégies du recueil doivent être présentées non sous la forme d'un poème unique mais sous celle de deux poèmes séparés.

"In his 1995 Teubner edition, J. B. Hall separates Tristia 1.5, 1.9, 3.4, 4.4, 5.2, and 5.7 into two poems. One reviewer of Hall’s edition is highly critical of the editor for not justifying the separation of these poems despite the fact the divisions have manuscript support. Because of the sorry state of the textual transmission of Ovid's Tristia, it is sometimes difficult to determine the beginning and end of an individual poem if that poem resumes thematically and verbally where the previous poem concludes. The aim of this study is to show that definitive evidence can be offered to justify division of these six elegies into two poems. Structure combined with theme serves as an analytical tool that defines the beginning and end of the twelve literary pieces under consideration and highlights their artistry. Resolution of the issue of unity enhances our interpretation of the independent poems and our understanding of the complex interplay among poems within each poetry-book. The careful and often brilliant craftsmanship of the poems and of the books in which they appear reaffirms that Ovid’s repeated deprecation of the quality of his literary work composed during his period of exile in the Black Sea region is simply a pose to attract sympathy and support from his Roman audience. "


Et voici les références de la seconde :

Melanie MÖLLER (éd.), Excessive Writing. Ovid’s Exildichtung, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2020, 198 pages, 38 €


Pour germanophones uniquement...

Bonne lecture, et merci à Paul !

 

samedi 7 mai 2022

Les Héroïdes sur France Culture

L'Art d'aimer et les Métamorphoses sont les plus connues des oeuvres d'Ovide. France Culture se propose, aujourd'hui, de nous faire mieux connaître les Héroïdes.

https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/les-heroides-d-ovide 

 "Oeuvre de jeunesse, les Héroïdes , ou Heroidum Epistulae , se composent de quinze lettres dont l'authenticité est attestée et de six autres qui posent problème aux spécialistes du grand poète latin Ovide (43 av. J.-C. - 17 ou 18 ap. J.-C.) Il faut dire qu'elles furent écrites des années plus tard et certaines sont attribuées à des hommes - or, l'Héroïde est censée être une lettre d'une héroïne mythologique se plaignant de l'absence ou de l'indifférence de l'être aimé. Il n'en reste pas moins que toutes ces épistules ovidiennes ont en commun d'évoquer l'amour malheureux, le sentiment de solitude et d'abandon. Dans sa traduction (Babel / Actes Sud, 2022), Danièle Robert s'est efforcée de rendre cette note tragique en donnant voix aux "femmes délaissées, trahies, abandonnées, toutes victimes de l'inconstance masculine, (qui) passent de la soumission à la révolte, des menaces aux supplications".

Les Héroïdes d'Ovide : Pénélope, miniature sur parchemin attribuée à Robinet Testard (1471-1533)
Crédits : berkeley.edu

Merci à Louise, une grande amie d'Ovide, de m'avoir signalé l'émission.

Bonne écoute !