dimanche 30 octobre 2022

Acis et Galatée de Lully

Acis, le jeune berger, Galatée, la belle néréide et, bien-sûr, le vilain cyclope Polyphème... Voilà pour les protagonistes.

Jean-Baptiste Lully (1632-1687), qui compose ici son dernier opéra, ou plutôt sa dernière oeuvre lyrique - car nous avons affaire, avec Acis et Galatée, à une pastorale héroïque.

Christophe Rousset et les Talens Lyriques, qui célèbrent avec ce disque leurs trente ans d'existence. Bon anniversaire à Christophe Rousset et aux Talens Lyriques !

Pour en savoir plus, voici ce qu'écrit François Hudry à propos de cette production du label APARTE.

"Pour fêter leurs 30 ans d’existence et de collaboration, Christophe Rousset et ses Talens Lyriques poursuivent leur riche exploration des ouvrages lyriques de Jean-Baptiste Lully. Cette nouvelle parution propose la dernière œuvre achevée par Lully avant le funeste accident qui lui coûtera la vie.

Composé à l’occasion de la visite de Louis de France, dit le Grand Dauphin, au château d’Anet à l’invitation de son propriétaire le duc de Vendôme en 1686, Acis et Galatée est une pastorale héroïque plus courte et plus légère que les vastes opéras-ballets donnés à la cour. Les amours du berger Acis et de la déesse Galatée poursuivie par le cyclope Polyphème ont inspiré à Lully des pages très émouvantes et pleine d’une invention nouvelle qui culmine dans un troisième acte où le grotesque vient se joindre à l’action.

Christophe Rousset se plaît à souligner toute la richesse et les contrastes de l’instrumentation de Lully par sa direction toujours vivante et théâtrale. On soulignera la qualité des chanteurs solistes, tel Cyril Auvity dans le rôle d’Acis face à la Galatée déterminée d’Ambroisine Bré. Le terrible cyclope trouve une incarnation idéale en Edwin Crossley-Mercer, le baryton franco-irlandais qui partage son amour du lied et de l’opéra sur toutes les scènes du monde." © François Hudry/Qobuz

Bonne écoute !

Et en bonus, ma version photographique des faits...

©Jean-Luc Ramond / ramond-photo.odiapo.com




vendredi 21 octobre 2022

Du fil à retordre...

La fable de Pallas et Arachné a, semble-t-il, donné du fil à retordre à plus d'un "petit sixième". Je m'explique.

Lors de leur entrée en 6e, les collégiens sont évalués en français et en mathématiques. "Ces évaluations permettent aux enseignants d'adapter leurs pratiques pédagogiques pour répondre aux besoins de chaque élève" (Ministère de l'Education nationale).

Lors de la rentrée 2021, l'évaluation en français s'est faite à partir de la fable d'Arachné, qui était donnée à lire dans la traduction de Stanislaw Eon du Val, auteur, par ailleurs, de manuels scolaires de français. La voici :


Et voici les questions...

La première salve (Niveau 1) a plutôt réussi à notre jeune collégienne :


Mais la deuxième (Niveau 2). Aïe aïe, aïe...


Je vous laisse faire le test : compétence non acquise ? fragile ? acquise ? dépassée ?

Et apprécier la pertinence des réponses proposées aux "petits sixièmes".

Et corriger la faute que comporte la question n°1 du deuxième test...


vendredi 30 septembre 2022

Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair

Vous vous rappelez la terrible histoire de Scylla et Glaucus - si vous l'avez oubliée, vous pouvez la retrouver dans les Métamorphoses (XIII, 898 - XIV, 74) en suivant ce lien : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met13/Met13-722-968.htm.

Elle a inspiré à Jean-Marie Leclair (1697-1764) un opéra que le label 'Château de Versailles Spectacles' nous propose aujourd'hui. L'ensemble Il Giardino d'Amore est dirigé par Stefan Plewniak,

 

Voici ce qu'en dit le critique François Hudry :

"Pour ce nouvel enregistrement de l’unique opéra de Jean-Marie Leclair, réalisé à Varsovie en 2021, Stefan Plewniak a choisi d’enregistrer la première version de l’ouvrage, celle qui contient le maximum de musique de Leclair, et, surtout, dans sa forme originale.

Déjà reconnu pour sa musique instrumentale dans l’Europe entière, Jean-Marie Leclair s’est essayé à l’opéra tardivement en suivant la trace lumineuse de son glorieux aîné Jean-Philippe Rameau. Ce coup d’essai est un coup de maître. Grand violoniste lui-même, Leclair fait montre d’une grande habileté dans le maniement des timbres et dans l’écriture virtuose des parties de premiers violons, d’une redoutable difficulté. L’aspect purement vocal n’est pas en reste, tant pour les personnages de ce vaste opéra que pour les parties chorales au contrepoint savant.

Avec Mathias Vidal, Chiara Skerath et Florie Valiquette dans les rôles principaux et le concours de l’ensemble polonais Il Giardino d’Amore fondé en 2012 par Stefan Plewniak, cet enregistrement très soigné remet l’opéra de Leclair sur le devant de la scène, compensant l’insuccès rencontré au temps de sa création en 1746. Si les opéras de Rameau servent de modèle à l’unique tentative scénique de Leclair, ce dernier n’est toutefois en rien un suiveur servile. Son opéra regorge de trouvailles harmoniques, de danses, d’interludes et de monstres infernaux. Son relatif insuccès provient sans doute de sa fin tragique à une époque où l’optimisme était à l’ordre du jour et d’un genre qui était déjà tombé en désuétude. Oublié pendant plus de deux siècles, on doit sa résurrection complète à Sir John Eliot Gardiner qui le présenta en concert à Londres, puis à l’Opéra de Lyon, ville natale du compositeur, dans une version scénique, en 1986." © François Hudry/Qobuz 

Bonne écoute !

PS : Qui m'expliquera pourquoi la pochette du CD est illustrée par la Méduse du Caravage ?...

 

mardi 20 septembre 2022

Métamorphoses, Emanuele Coccia

Certes, ce ne sont pas celles d'Ovide. Mais les Métamorphoses d'Emanuele Coccia n'auraient sans doute pas été désavouées par notre poète favori... Voyez plutôt ce qu'en dit leur éditeur :

"La métamorphose, tout vivant y passe. C’est l’expérience élémentaire et originaire de la vie, celle qui définit ses forces et ses limites. Depuis Darwin, nous savons que toute forme de vie – l’être humain compris – n’est que la métamorphose d’une autre, bien souvent disparue. De notre naissance à notre alimentation, nous en faisons tous l’expérience. Dans l’acte métamorphique, changement de soi et changement du monde coïncident. Affirmer que toute vie est un fait métamorphique signifie qu’elle traverse les identités et les mondes sans jamais les subir passivement. Cet essai novateur jette les bases d’une philosophie de la métamorphose."


 Vous trouverez des extraits substantiels du livre en cliquant sur ce lien :

https://books.google.fr/books/about/M%C3%A9tamorphoses.html?hl=fr&id=JmfTDwAAQBAJ&redir_esc=y

 Bonne lecture !

mercredi 14 septembre 2022

EN DEVENIR 2

La compagnie EN DEVENIR 2 met les Métamorphoses au programme de sa saison théâtrale. Voici en quels mots elle parle de son projet :

"Avec Les métamorphoses d’Ovide, nouveau chantier de la Compagnie, En Devenir 2 entame sa quatrième création où la question politique est encore moins directement un contenu, mais entièrement articulée au travail du plateau et sa forme singulière à l’intérieur de la production théâtrale actuelle. Elle y poursuit la construction de la possibilité d’une fraternité quelconque à travers le rapport entre les comédiens et les spectateurs et le texte qu’ils partagent. Le théâtre que En Devenir 2 tente de fabriquer depuis ses débuts se veut une expérience singulière, impossible ailleurs, d’autre chose."

Où et quand découvrir ce spectacle ? Tous les renseignements sont sur le site de la compagnie :

https://endevenir2.fr/?fbclid=IwAR1cVN6KKwPGIbqVOjWAaCUuD39RHz-ao6aDy0HiqrutOS5d-mDdQf4Npg0

Merci à Peyronelle, de m'avoir informé, et bon spectacle à toutes et à tous !...

lundi 22 août 2022

Ovide et le théâtre du plaisir / Le corps, le regard, le désir

Ceux qui lisent l'italien auront sûrement plaisir à découvrir l'ouvrage de Gianpiero Rosati publié en avril 2022, intitulé Ovidio e il teatro del piacere (Ovide et le théâtre du plaisir) et sous-titré Il corpo, lo sguardo, il desiderio (Le corps, le regard, le désir) ; 144 p., 15 €. 

Tout un programme... 

Voici ce qu'en disent les éditions Carocci :

La cultura latina d'età augustea non solo ci ha dato opere letterarie che hanno segnato l'Occidente, ma ha anche messo a fuoco temi e problemi che sono al centro della nostra realtà intellettuale e morale. Oltre ad alcuni di questi - come la durezza dei rapporti di forza tra figure di status o genere diverso e la violenza a essi connessa -, il volume esplora argomenti quali la cura del corpo, la cosmesi e il linguaggio dei capelli come strumenti inediti nella Roma antica per la costruzione della propria immagine e la messa in scena della vita sociale. Ovidio vede il mondo governato dall'energia pervasiva del desiderio (e dalla sua natura "mimetica", contagiosa), il cui oggetto fantasmatico e sfuggente innesca un gioco di simulazioni, una dinamica circolare di continua ripetizione e frustrazione. Attraverso un'analisi che rintraccia nel poeta acute anticipazioni di teorie critiche e concetti della nostra cultura moderna (associati a nomi come Peter Brooks, Réné Girard, Victor Stoichita e altri), il libro assegna alla produzione di Ovidio un ruolo chiave nella lunga storia del desiderio e dell'esperienza, a noi familiare, del primato del simulacro sulla realtà.  

 


Bonne lecture !


mercredi 3 août 2022

After Ovid

 Voici la référence d'un ouvrage de Franca Ela Consolino sur la réception d'Ovide de l'Antiquité tardive à la fin du XVIIIe siècle, tant dans la littérature que dans l'iconographie.


"The 2000th anniversary of Ovid’s death, in 2017–2018, led to an upsurge in conferences and publications dedicated to the author’s work and afterlife. One of these is the present volume, resulting from the conference Dopo Ovidio. Aspetti della ricezione ovidiana fra letteratura e iconografia, which was held on 7–8 May 2019 at the Department of Human Sciences (DSU) of the University of L’Aquila, and which looked at various aspects of Ovid’s fortune, from a diachronic and interdisciplinary perspective. The contributions cover a period of about fourteen centuries, from late antiquity until the end of the eighteenth century, and range from late Latin to medieval literature, from humanistic production to modern English and Italian literature, and from linguistics to the figurative arts. All these studies contribute to a collective appraisal of the multifarious impact of Ovid’s works, and especially of the Metamorphoses, the latter’s treatment of myth having been a starting point for integrations, developments, (re)interpretations and representations, in isolation or included in an iconographic program."

L'ouvrage, publié par les éditions Brepols, est illustré et comporte 374 pages. Il est disponible en italien et en anglais. Il coûte 75 €.

Une lecture sinon de plage, du moins d'été...

lundi 1 août 2022

La ferme Torrette

Connaissez-vous la ferme Torrette ? Je viens personnellement de la découvrir grâce à Jacqueline, une grande amie d'Ovide.

 

La ferme en question se  trouve à Loubaresse, en Ardèche, et son salon a une particularité bien... particulière :

"Chaque pièce est parée de boiseries à moulures droites ou chantournées, intégrant placards, cheminées, horloge ou alcôves. Une chambre présente même des dessus-de-porte peints sur bois de scènes de genre, d’une facture naïve mais charmante : fermière avec ses volailles, berger avec ses moutons, chasse au sanglier… Le plus étonnant tient néanmoins au décor du salon, dont les murs sont revêtus d’un papier peint panoramique en grisaille figurant Les Métamorphoses d’Ovide. Ce modèle, dont on ignore la manufacture productrice et dont la première édition date des années 1790-1800, illustre l’édition en français et en latin publiée en 1767-1771 par l’abbé Banier, accompagnée de gravures de plusieurs dessinateurs, dont principalement Charles Monnet. Cinq rares autres exemplaires en sont connus, réalisés en grisaille ou en camaïeu vert et sépia.

Vue partielle du salon décoré de papiers peints panoramiques en grisaille datant du début du xixe siècle sur le thème des Métamorphoses d’Ovide.

Adoptée dans les intérieurs nobles et bourgeois à partir du début du XIXe siècle, la mode des papiers peints panoramiques permet de se doter d’un décor moins coûteux que des tapisseries ou des toiles peintes et néanmoins spectaculaire. L’exotisme s’affiche sur les murs du lieu principal de réception, tout comme les références à la culture savante classique, déclinée sous forme monumentale ou littéraire. Ici, les différents épisodes des Métamorphoses se déploient dans une mise en scène romantique, où se déroulent des scènes tragiques entre héros antiques, au milieu d’une nature exubérante parsemée de ruines élégantes. Si l’on trouve en Auvergne d’autres exemples de ces revêtements muraux dans des châteaux et parfois même dans des demeures urbaines ou rurales relativement simples, on ne connaît semble-t-il aucun autre cas où ils se cachent, comme dans la ferme Torrette, à l’intérieur de ce qui paraît être le logis d’un fermier aisé, au milieu de bâtiments d’exploitation ! On ne peut que remercier les propriétaires d’avoir conservé dans son authenticité et remarquablement entretenu cet ensemble attachant, à l’écorce rustique et au contenu savoureux."

 On reconnaîtra sur les images suivantes...

Le tombeau de Phaéton, entouré des soeurs de celui-ci changées en peupliers, et du roi Cygnus en cygne.

Circé empoisonnant l’antre de Scylla.

Cyparissus changé en cyprès.

Pour en savoir plus : https://www.paj-mag.fr/2022/07/28/ferme-torrette-la-mythologie-aux-champs/

Regrettons de conserve que le site ne soit pas ouvert au public...

lundi 18 juillet 2022

A la belle étoile...

Nous sommes invités par France Culture à accompagner la petite Chloé dans sa découverte du ciel étoilé : "France Culture lance sa première collection “savoirs” dédiée à la jeunesse : "Les mondes de Chloé" est à découvrir en famille, dès 8 ans. La première saison "À la belle étoile", entre fiction et astronomie, est un voyage initiatique en 12 nuits, consacré à l'espace et aux constellations."

Voici le détail : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-mondes-de-chloe-a-la-belle-etoile

Première nuit : la Grande Ourse


 Deuxième nuit : Cassiopée

Troisième nuit : Vénus

 Quatrième nuit : la Lyre

Cinquième nuit : le Cygne

Sixième nuit : Mars

 

Une façon comme une autre - et plutôt meilleure que d'autres - de réviser ses classiques en les faisant partager à de jeunes amateurs.

C'est parti pour de nouveaux contes des mille et une nuits...










 

jeudi 26 mai 2022

Questions d'unité dans les Tristia d'Ovide

Une élégie ou deux ? Telle est la question, à laquelle Helena Dettmer apporte une réponse dans un ouvrage récemment publié chez Peter Lang Inc. (juin 2021) et intitulé Issues of Unity in Ovid's Tristia.


Voici quelques précisions fournies par l'éditeur :

"Dans son édition Teubner de 1995, JB Hall sépare Tristia 1.5, 1.9, 3.4, 4.4, 5.2 et 5.7 en deux poèmes. Un critique de l'édition de Hall critique vivement l'éditeur pour ne pas avoir justifié la séparation de ces poèmes malgré le fait que les divisions ont un support manuscrit. En raison du triste état de la transmission textuelle des Tristia d'Ovide, il est parfois difficile de déterminer le début et la fin d'un poème individuel si ce poème reprend thématiquement et verbalement là où le poème précédent se termine. Le but de cette étude est de montrer que des preuves définitives peuvent être apportées pour justifier la division de ces six élégies en deux poèmes. La structure combinée au thème sert d'outil d'analyse qui définit le début et la fin des douze pièces littéraires considérées et met en évidence leur talent artistique. La résolution de la question de l'unité améliore notre interprétation des poèmes indépendants et notre compréhension de l'interaction complexe entre les poèmes au sein de chaque livre de poésie. L'exécution soignée et souvent brillante des poèmes et des livres dans lesquels ils apparaissent réaffirme que la dépréciation répétée d'Ovide de la qualité de son œuvre littéraire composée pendant sa période d'exil dans la région de la mer Noire n'est qu'une pose pour attirer la sympathie et le soutien de son public romain."

Curieux exemple de division littéraire, non ?...

mardi 24 mai 2022

Nicolas Poussin, La mort de Chioné

De passage à Lyon, Marie, une grande amie d'Ovide, nous envoie cette photographie prise au musée des Beaux-Arts et représentant Chioné morte d'une flèche tirée par Diane dans sa bouche.


"Une flèche dans sa bouche", me direz-vous. "Mais quelle horreur !"


Geste horrible, en effet. En voici la raison, telle que le cartel la donne :


Et pour plus de détail, voici l'extrait des Métamorphoses qui a inspiré Poussin, dans la traduction, certes un peu ancienne (1806), de G. T. Villenave :

Apollon et le fils de Maia, revenant l'un de Delphes, l'autre, du mont Cyllène, en même temps ont vu Chioné, en même temps ils sont atteints d'une flamme imprévue. Apollon jusqu'à la nuit diffère ses plaisirs. Mercure, plus impatient, touche Chioné de son caducée, et soudain à ce dieu le sommeil la livre sans défense. Déjà la nuit semait d'étoiles l'azur des cieux; Apollon, à son tour, paraît sous les traits d'une vieille, et sous cette forme, il trompe la fille de Dédalion. "Neuf mois s'écoulent : elle devient mère de deux jumeaux. Fils de Mercure, Autolycus est, comme son père, fertile en ruses, adroit dans toute espèce de vol. Il peut changer le noir en blanc, changer le blanc en noir. Fils du dieu des vers et de l'harmonie, Philammon devient célèbre par ses chants et par sa lyre. "Mais que sert à Chioné d'avoir su plaire à deux immortels ! que lui sert d'être mère de deux enfants renommés, d'être née elle-même d'un père puissant, et de compter le grand Jupiter parmi ses aïeux ! La gloire est-elle donc l'écueil de beaucoup de mortels ! Elle perdit Chioné. Insensée ! elle se préfère à Diane; elle ose mépriser sa beauté. La déesse indignée s'écrie : "Tu ne pourras du moins méconnaître mon pouvoir" ! Soudain elle courbe l'arc vengeur, la flèche siffle, et va percer sa langue criminelle. Chioné veut se plaindre, et fait d'inutiles efforts. Elle perd ensemble et sa voix, et son sang, et la vie. "Ô malheur ! ô nature ! quelle fut alors ma douleur ! Cependant je cherche à consoler un frère qui m'est cher. Mais, plus sourd à mes discours que ne l'est un rocher au bruit des flots écumants, il pleure sans cesse le trépas de sa fille. Dès qu'il voit son corps dans les feux du bûcher, il veut lui-même y terminer sa déplorable vie. Trois fois il s'élance, trois fois on le retient. Enfin il s'échappe, il fuit à travers les champs, tel qu'un taureau piqué par des frelons. Il presse ses pas dans les lieux mêmes où aucun sentier n'est tracé. Bientôt, il ne paraît plus courir comme un mortel. Ses pieds semblent ailés. Nul ne peut l'atteindre. Le désespoir double sa vitesse : il va chercher la mort. Il arrive au sommet du Parnasse, et se précipite. Apollon a pitié de son sort. Changé en oiseau, Dédalion se soutient dans les airs. En bec crochu sa bouche est allongée. Ses doigts recourbés deviennent des serres cruelles. Son courage est le même, et sa force est plus grande que son corps. Maintenant, épervier cruel, il fait à tous les oiseaux une guerre sanglante, et leur porte sans cesse le deuil dont il est affligé". 

Ovide, Métamorphoses, XI,  303-345




 

 

 

mercredi 11 mai 2022

Deux publications savantes

Un ami d'Ovide, Paul, a attiré mon attention sur deux publications savantes.

Voici les références de la première :

Helena DETTMER, Issues of Unity in Ovid’s Tristia, 2021,Peter Lang, xvi + 188 pages, 37 fig., 86 €


 L'auteur cherche à établir que six élégies du recueil doivent être présentées non sous la forme d'un poème unique mais sous celle de deux poèmes séparés.

"In his 1995 Teubner edition, J. B. Hall separates Tristia 1.5, 1.9, 3.4, 4.4, 5.2, and 5.7 into two poems. One reviewer of Hall’s edition is highly critical of the editor for not justifying the separation of these poems despite the fact the divisions have manuscript support. Because of the sorry state of the textual transmission of Ovid's Tristia, it is sometimes difficult to determine the beginning and end of an individual poem if that poem resumes thematically and verbally where the previous poem concludes. The aim of this study is to show that definitive evidence can be offered to justify division of these six elegies into two poems. Structure combined with theme serves as an analytical tool that defines the beginning and end of the twelve literary pieces under consideration and highlights their artistry. Resolution of the issue of unity enhances our interpretation of the independent poems and our understanding of the complex interplay among poems within each poetry-book. The careful and often brilliant craftsmanship of the poems and of the books in which they appear reaffirms that Ovid’s repeated deprecation of the quality of his literary work composed during his period of exile in the Black Sea region is simply a pose to attract sympathy and support from his Roman audience. "


Et voici les références de la seconde :

Melanie MÖLLER (éd.), Excessive Writing. Ovid’s Exildichtung, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2020, 198 pages, 38 €


Pour germanophones uniquement...

Bonne lecture, et merci à Paul !

 

samedi 7 mai 2022

Les Héroïdes sur France Culture

L'Art d'aimer et les Métamorphoses sont les plus connues des oeuvres d'Ovide. France Culture se propose, aujourd'hui, de nous faire mieux connaître les Héroïdes.

https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/les-heroides-d-ovide 

 "Oeuvre de jeunesse, les Héroïdes , ou Heroidum Epistulae , se composent de quinze lettres dont l'authenticité est attestée et de six autres qui posent problème aux spécialistes du grand poète latin Ovide (43 av. J.-C. - 17 ou 18 ap. J.-C.) Il faut dire qu'elles furent écrites des années plus tard et certaines sont attribuées à des hommes - or, l'Héroïde est censée être une lettre d'une héroïne mythologique se plaignant de l'absence ou de l'indifférence de l'être aimé. Il n'en reste pas moins que toutes ces épistules ovidiennes ont en commun d'évoquer l'amour malheureux, le sentiment de solitude et d'abandon. Dans sa traduction (Babel / Actes Sud, 2022), Danièle Robert s'est efforcée de rendre cette note tragique en donnant voix aux "femmes délaissées, trahies, abandonnées, toutes victimes de l'inconstance masculine, (qui) passent de la soumission à la révolte, des menaces aux supplications".

Les Héroïdes d'Ovide : Pénélope, miniature sur parchemin attribuée à Robinet Testard (1471-1533)
Crédits : berkeley.edu

Merci à Louise, une grande amie d'Ovide, de m'avoir signalé l'émission.

Bonne écoute !


 

 

samedi 16 avril 2022

Jouer avec Ovide / Métamorphoses d’une épopée des corps

Nous l'attendions avec impatience. Le voici : le programme de la journée d'études du 3 juin prochain, organisée par Tiphaine Karsenti et Marie Saint Martin.

C'est à l'INHA, 6 rue des Petits Champs, Espace Vasari, de 9h à 18h30.




Merci à Louise et à Sylvan de me l'avoir communiqué !




vendredi 1 avril 2022

Théo et les métamorphoses

Voici peut-être un film qui rejoint les Métamorphoses par des chemins inattendus. Pour lever le doute, le mieux est encore d'aller le voir...

"Théo, un jeune trisomique de 27 ans, vit avec son père dans une maison isolée au cœur d’une forêt. Ils cohabitent en harmonie avec la nature et les animaux, mais un jour le père s’absente laissant son fils seul avec ses visions… Théo commence alors son odyssée dans laquelle il va se réinventer, s’ouvrir au monde, expérimenter la liberté, et tenter d’y découvrir la nature des choses tout comme la nature des êtres."

A l'écran du 17-III au 19-IV au cinéma Le Cratère, 95 grande rue Saint-Michel, 31400 Toulouse (https://www.cinemalecratere.com/), et dans tous les bons cinémas d'Art & d'Essai...

 

dimanche 6 mars 2022

Tous à Montauban !...

     Connaissez-vous le musée Ingres Bourdelle de Montauban ? Installé dans l'ancien palais épiscopal, il abrite, entre autres, des oeuvres des deux enfants les plus célèbres du pays.
Après trois ans de travaux, il a réouvert en 2019 et offre à ses visiteurs des espaces d'exposition métamorphosés.
     Attardons-nous dans la chapelle : on peut y voir une oeuvre récemment sortie des réserves et restaurée. C'est "L'oeuvre de la saison", une toile de Jean-Pierre Franque (1774-1860) représentant Jupiter endormi dans les bras de Junon sur le mont Ida (vers 1821).
 

     J'aurais envie de vous en parler longuement, de vous dire où se trouve le mont Ida, la raison pour laquelle Jupiter y séjourne, pour laquelle il est nu, il est endormi ; de vous dire ce que Junon est venue y faire, pourquoi elle tient le foudre dans sa main, pourquoi elle porte une ceinture nouée sous la poitrine, ce qu'elle regarde...
     Mais voilà... Je préfère reporter ces explications au dimanche 27 mars - dans trois semaines, donc - où j'aurai le plaisir d'accueillir celles et ceux d'entre vous qui pourront se rendre disponibles pour une déambulation à travers le musée. Elle partira de la chapelle, se prolongera dans les différents étages, nous fera passer de l'Antiquité à notre époque, de la peinture à la sculpture et à la céramique,  et se terminera dans la salle des conférences pour une projection de... Mais chut !... C'est une surprise...
     Il y a, me direz-vous, de quoi s'y perdre. Aussi avions-nous besoin d'un fil conducteur auquel nous rattacher, d'un fil d'Ariane, pour mieux dire. Ce sera celui des Métamorphoses d'Ovide, qui nous diront tout - ou presque - sur Ariane abandonnée, sur Orphée charmant les animaux, sur Apollon poursuivant Daphné, sur Silène, sur Pan... 
     J'espère avoir le plaisir de vous y retrouver nombreux !...

     Dimanche 27 mars à 15h
     Musée Ingres Bourdelle, 19 Rue de l'Hôtel de ville, 82000 Montauban
     Entrée gratuite ; réservation sur le site du musée : www.museeingresbourdelle.com




 

 

 

samedi 26 février 2022

Adonia

Vous voulez vous lamenter sur le sort d'Adonis, amant de Vénus et valeureux chasseur ayant trouvé la mort lors d'une chasse au sanglier ? L'ensemble Phaedrus vous donnera l'occasion de le faire à partir d'oeuvres italiennes dues à divers artistes du XVIe s.

Et en bonus, ma version d'Adonis mourant dans les bras de Vénus...

©Jean-Luc Ramond


 

vendredi 25 février 2022

La Lyre d'Orphée

Vous êtes chanteur, spécialiste du répertoire baroque ? Vous êtes étudiant ou préprofessionnel ?
Alors, cette information émanant de La Lyre d'Orphée pourrait vous intéresser.


Et si vous êtes amateur de musique baroque, rendez-vous à Pantin, au Théâtre des Loges (49, rue des Sept-Arpents - 93500 Pantin - M° Hoche - 01.48.46.54.73) le 20 avril pour un concert de cantates baroques françaises au titre alléchant : Les Métamorphoses...

Pour rester dans la tonalité orphique, voici la version que Roland Savery (1576-1639) donne du concert d'Orphée. Vous pouvez voir le tableau au musée Ingres Bourdelle de Montauban (https://museeingresbourdelle.com/).
Je vous en reparlerai...
 


lundi 21 février 2022

Réceptions plurielles des Héroïdes d'Ovide

Vous souhaitez en savoir plus long sur la réception des Héroïdes ?
Vous serez donc intéressés par le dernier cahier FoRe LLIS (Formes et Représentations en Linguistique et Littérature. arts de l'image et de la scène).

En voici le sommaire :

 

Et voici le lien qui vous donnera accès à l'intégralité des articles.

https://cahiersforell.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=921 

Félicitations aux deux responsables de cette publication, Isabelle Jouteur et Anne Debrosse !

P. S. : J'ai apporté à ce numéro ma modeste contribution photographique, à l'invitation d'Isabelle Jouteur, une grande amie d'Ovide. Qu'elle en soit remerciée...

                                                                       Ariane abandonnée ©Jean-Luc Ramond

 

 

 

 

 


 


 

samedi 5 février 2022

Apollo e Dafne de Georg Friedrich Haendel

Je m'empresse de vous informer - les nouvelles ovidiennes sont rares ces temps-ci - de la parution d'un CD regroupant deux cantates de G. F. Haendel, dont Apollo e Dafne, par l'ensemble Il Pomo d'Oro de Francesco Corti.


Voici ce qu'en pense Pierre-Yves Lascar, qui écrit pour le compte de la plateforme Qobuz :

Depuis son excitante anthologie, en deux volumes, des concertos à un seul clavecin de Johann Sebastian Bach, Francesco Corti à la tête de son cher il pomo d’oro s’affirme comme l’une des personnalités les plus fougueuses et raffinées de la nouvelle scène baroque. Ce programme regroupe deux cantates de jeunesse de Georg Friedrich Haendel, Apollo e Dafne et Armida abbandonata, alors que le compositeur séjournait en Italie (1706-1709), y aiguisait sa plume, enrichie de la fréquentation quotidienne des grands maîtres présents dans la péninsule. Haendel aura pu y élaborer un style et un univers immédiatement reconnaissables, et les deux présentes Cantates, superbes et défendues avec style et élégance par deux chanteurs inspirés, la soprano Kathryn Lewek (Armida, Dafne) et le baryton John Chest (Apollo), témoignent du génie du jeune homme originaire de Halle.

Il y a déjà une vocalité très mozartienne dans ce Haendel du début du XVIIIe siècle, d’autant qu'il pomo d’oro, une nouvelle fois encouragé par l’intelligence naturelle et le sens de l’à-propos de Corti, tisse un orchestre aussi coloré que souple et dynamique, comme en témoignent deux instants aussi extraordinaires et différents que les deux arias Come rosa in su la spina et Mie piante correte, deux sommets de l’album. Ces cantates sont ici complétées par des pages orchestrales issues d’Almira, ouvrage peu enregistré - autre feu d’artifices.

Un ajout décisif à la discographie des Cantates de Haendel, depuis les entreprises historiques de Jennifer Smith (Archiv Produktion) ou Maria Cristina Kiehr (Musidisc).

© Pierre-Yves Lascar/Qobuz

Bonne écoute !