dimanche 15 avril 2018

Festival Européen Latin Grec (V)

La promenade se terminait dans le secteur de la sculpture.
Evidemment, on peut ne pas aimer cette sculpture du XIXe s. inspirée de la mythologie. On peut aussi l'adorer. A chacun de choisir son camp.
Moi, j'adore...
Cette Léda et le Cygne, par exemple, de Jean-François Legendre-Héral (1795-1851), sculpteur montpelliérain injustement méconnu.


Ou cette Eurydice, du même...


Ne donne-t-elle pas envie de relire Virgile ?
Mais vous préférez peut-être Persée délivrant Andromède ?
Les voici, dans la version de Joseph Chinard (1756-1813).


Et si Persée est là, Méduse n'est pas loin...


Bravo à Laurent Marqueste, sculpteur toulousain (1848-1920) !
Nous atteignons maintenant la modernité, avec cette Vénus d'Aristide Maillol (1861-1944).


Ou cet Héraclès d'Antoine Bourdelle (1861-1929)...


Il fut le clou du Salon de 1910. Voici ce qu'écrivait Estienne Charles dans la Liberté (28-IV-1910) : "L'Hercule tuant les oiseaux du lac Stymphale, de M. Emile Bourdelle, est non seulement l'oeuvre la plus importante du Salon, mais encore l'un des plus remarquables et des plus audacieux morceaux de sculpture qu'il nous ait été donné de voir en ces dernières années. La redoutable hardiesse et la nouveauté de l'attitude, l'une des plus osées que l'on puisse imaginer, l'étrangeté de la physionomie qui ne rappelle en rien l'aspect classique de l'Hercule grec, la puissance du modelé, la largeur et la franchise de l'exécution font un morceau de premier ordre de cette statue où tant de difficultés, systématiquement accumulées, sont vaincues par l'artiste comme en se jouant."
On continue à l'admirer...

mercredi 11 avril 2018

Festival Européen Latin Grec (IV)

La matinée du dimanche 25 était consacrée à la visite du musée des Beaux-Arts, avec pour guide Didier Perceveaux, qui avait prévu de nous faire découvrir quelques oeuvres inspirées des Métamorphoses.
Nous commençons par la peinture, avec une toile du Tintoret (1518-1594) représentant Danaé fécondée par Jupiter, qui avait pris pour l'occasion la forme d'une pluie d'or. C'est que le père de Danaé savait que si sa fille lui donnait un descendant, il serait détrôné par celui-ci. Il avait donc enfermé sa fille dans un pièce sans ouverture. Mais il avait sans doute oublié de vérifier l'étanchéité du toit : un petit trou suffit pour donner passage à Jupiter sous la forme que l'on sait, et pour permettre à Danaé de concevoir Persée, le futur vainqueur de la Méduse...

 Ici, l'on voit une servante recueillir dans son tablier les pièces qui tombent du ciel...


Le même thème est ici traité par Jacques Blanchard (1600-1638), avec une servante cupide - c'est sans doute la norme -, une Danaé ivoirine - c'est assurément la norme - un Cupidon qui  est bien le lascivus puer - le polisson - dont parle Ovide, et un Jupiter qui n'apparaît pas au premier coup d'oeil. L'avez-vous vu ? Non ? Alors j'agrandis l'image...


Toujours pas ?
Si !
Bravo !

Ce Mercure et Argus du Flamand Jacob Jordaens (1593-1678) a bien plu à tout le monde. Peut-être parce que ce n'est pas vraiment de la mythologie : Argus est moins le monstre aux cent yeux qu'un vieux berger, Mercure n'est identifiable ni à ses talonnières ni à son pétase - il ne porte ici qu'un chapeau qu'on devait pouvoir se procurer sur tous les marchés des Flandres au XVIIe s. - Io est une vache parfaitement banale et même quelque peu efflanquée. C'est plutôt du reportage : sur l'instantané, on voit un jeune qui s'apprête à faire un mauvais coup et que personne n'a repéré sauf le chien, ce qui est normal et, plus inattendu, la vache noire. Voyez plutôt son regard menaçant dirigé vers Mercure. La vache garde le berger... Est-ce de l'humour anversois ?

Le dernier tableau n'est peut-être pas le plus beau de la série - que François Lemoyne (1688-1737) me pardonne - mais c'est lui qui a suscité le plus de commentaires. Il s'agit, vous l'aurez reconnu, de Narcisse...
Ce qui nous a intrigués, c'est cette baguette qu'il tient dans sa main droite. De loin, on peut croire que c'est une flèche ; mais Narcisse n'est pas un archer... Une lance ; mais c'est trop petit pour une lance... Alors quoi ? Le plus astucieux proposa d'y voir un de ces bâtons qu'utilisent les peintres pour se stabiliser en prenant appui sur la toile. Narcisse serait donc un peintre à l'ouvrage, et le tableau un autoportrait du peintre en peintre... Pas mal !
Pour y mettre mon grain de sel, je fis cette confidence de photographe...
Lorsque le photographe a fait son tirage dans l'obscurité du laboratoire, il sort systématiquement à la lumière pour examiner à quoi ressemble ce qu'il a fait. Au fond de la cuvette en matière plastique, il y a son image, tout droit sortie du bain de fixateur, qu'il regarde avec la plus grande attention, la rapprochant, l'éloignant, inclinant la tête de côté... Mais au fait, est-ce vraiment son image qu'il regarde ? Oui, si l'on entend par là "son reflet" ; car la question qu'il se pose est moins "Est-ce que j'ai réussi ma photo ?" que "Est-ce que je suis bon ?".
Toute photographie serait-elle un autoportrait du photographe en Narcisse ?

samedi 7 avril 2018

Festival Européen Latin Grec (III)

Au spectacle théâtral faisait suite, le samedi 24, un temps musical comportant des extraits des actes I et II d'Orfeo ed Euridice (1762) de Christoph Willibald Gluck. Direction musicale : Noé Chapolard, accompagnement au piano : Rodolphe Lospied, soliste dans le rôle d'Orphée : Christophe Cusset (haute-contre).
Bonne écoute !

https://www.youtube.com/watch?v=gGr5iTYuGrc&list=PL_s7Vs109jqIYooAOspk2xQWHiLKedlOh&index=4



Devinette...

Quel est le poète retenu pour la session 2019 de l'agrégation externe de Lettres classiques ?
- Ovide ! 😃
- Quelle est l'oeuvre d'Ovide retenue pour la session 2019 de l'agrégation externe de Lettres classiques ?
- Une recueil d'élégies de l'exil !... 😃
- Quel est le recueil d'élégies de l'exil retenu pour la session 2019 de l'agrégation externe de Lettres classiques ?
- Les Pontiques, dans l'édition de Jacques André parue aux Belles lettres en 1977 dans le Collection des Universités de France...

jeudi 5 avril 2018

Festival Européen Latin Grec (II)

Le samedi en fin d'après-midi, la scène du théâtre Kantor de l'Ecole Normale Supérieure fut tout d'abord occupée par du théâtre.

La Compagnie TALMA (UniL, Lausanne) nous a proposé un voyage dans cette oeuvre bariolée et intemporelle qu'est l'oeuvre d'Ovide. Les comédiens nous ont amenés sur les bords de la mer Noire, il y a pile deux mille ans. En chemin, nous avons fait halte en Crète, patrie du Minotaure, d'Ariane et de Phèdre. Là-bas, côté amour vachard, on en connaît un morceau...
Vous voulez assister au spectacle ? Rien de plus simple : il vous suffit de cliquer sur ce lien 

https://www.youtube.com/watch?v=mfjfSZ7aXnI&index=3&list=PL_s7Vs109jqIYooAOspk2xQWHiLKedlOh

Merci à Olivier Thévenaz (traduction), à Matteo Capponi (dramaturgie et mise en scène), à Amandine Baldi et Gabriel Dollat (lumière) et aux comédiens : Laetitia Borgeaud, Malika Brigadoi, Delphine Comte, Csilla Galantay, Clémentine Glardon, Laurène Glardon, Manon Héritier, Thomas von Kaenel, Laure Lehmann, Kiljan Paris et Eva Romero.




dimanche 1 avril 2018

Festival Européen Latin Grec (I)

Dimanche dernier s'achevait à Lyon la 12e édition du Festival Européen Latin Grec. Il était consacré, cette année, aux Métamorphoses d'Ovide. En voici quelques témoignages visuels et sonores.

Un des temps forts du Festival fut la lecture participative d'extraits des Métamorphoses, qui eut lieu le vendredi 23 mars à 10h précises : plus de deux cents groupes se sont constitués, sur les cinq continents...

Si vous voulez les repérer sur la carte, cliquez sur ce lien :
Et si vous souhaitez avoir accès aux vidéos des lectures, cliquez sur ce lien :
 
Un autre temps fort fut la matinée de conférences organisée le samedi 24 à l'Ecole Normale Supérieure. Voici le programme de cette matinée, dont on espère que les passionnantes communications seront disponibles en ligne.

« Les Métamorphoses comme source d’inspiration dans la peinture et la sculpture, de la Renaissance au symbolisme »
par Didier Perceveaux, professeur à l’Université Catholique de Lyon
« Europe mythique, Europe géographique, Europe politique : un héritage grec »
par Danielle Jouanna, professeur de langues anciennes en CPGE, auteur de L’Europe est née en Grèce (2009)
« Ovide ou la métamorphose perpétuelle »
par Olivier Thévenaz, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne
« Ovide, les Grecs, les Gètes et les Romains : derniers éclairages épigraphiques et archéologiques sur la présence d’Ovide en Roumanie »
par Alexandra Litu, maître de conférence à l’Université de Bucarest
« Comment photographier les Métamorphoses ? »photo-conférence par Jean-Luc Ramond, photographe et animateur du blog « Les amis d’Ovide »

Les organisateurs m'avaient donné l'opportunité d'exposer vingt de mes photographies à proximité de la salle des thèses où se firent les communications. Et, comme il fut amplement question d'Europe lors de ces journées métamorphiques, je ne manquai pas d'accrocher ma version de l'enlèvement de la princesse tyrienne...


L'après-midi du samedi débutait à l'Hôtel de Région par un impressionnant défilé de mode inspiré par les Métamorphoses. Les élèves des collèges et des lycées, auxquels s'étaient joints des professionnels de la mode, ont rivalisé d'imagination pour nous proposer leur version de nombreuses fables du poème. En voici quelques unes...

Philémon et Baucis, métamorphosés en chêne et et tilleul...
 

Un berger métamorphosé en olivier...


Acis, amoureux de Galatée, tué par Polyphème jaloux et métamorphosé en fleuve...


Et pour clôturer le défilé, une réalisation exceptionnelle spécialement créée par le styliste lyonnais Mongi Guibane : une robe en fibres optiques alliant stylisme et technologie contemporaine, symbole suprême de la métamorphose...


Pour voir la vidéo du Défilé mythique, cliquez sur ce lien :
https://www.youtube.com/watch?v=hfH0X_SuX3M&index=3&list=PL_s7Vs109jqIYooAOspk2xQWHiLKedlOh

Bon visionnage !...


mercredi 21 mars 2018

Sale temps pour Naso...

J'ai le plaisir de vous inviter, si vous passez par Toulouse jeudi prochain 29 mars, à la librairie Ombres Blanches (3 rue Mirepoix), où je ferai une conférence que j'ai intitulée "Sale temps pour Naso..." et sous-titrée "Météorologie et temporalité dans les Tristesses d'Ovide". Elle aura lieu dans le cadre de la semaine de l'Antiquité 2018, organisée par l'Association de la Région Toulousaine pour l'Enseignement des Langues Anciennes (ARTELA). La conférence commencera à 20h et finira tard dans la nuit...
Au plaisir de vous y retrouver !




https://www.ombres-blanches.fr/les-rencontres/rencontre/event/jean-luc-levrier/sale-temps-pour-naso//3/2018.html

mardi 20 mars 2018

Bon anniversaire, Naso !

Nous sommes aujourd'hui le 20 mars, jour anniversaire de la naissance d'Ovide.
Même au fond de son exil de Tomes, il le fêtait. Un peu tristement si l'on en croit l'élégie suivante...


Voici que revient, fidèlement, mon anniversaire ;
            Jour superflu : à quoi m’a-t-il servi de naître ?
Pourquoi, cruel, te rajouter à mes tristes années
            D’exil ? Tu aurais dû y mettre fin. Si tu
Te souciais de moi, si tu avais quelque scrupule,
            Tu ne me suivrais pas en dehors de ma patrie ;
Là où tu m’as connu, hélas, premier anniversaire,
            Tu aurais essayé d’être le tout dernier ;
En me quittant, tu m’aurais dit, à Rome, toi aussi,
            Un triste adieu, comme le firent mes amis.
As-tu affaire ici… ? César t’a-t-il, dans sa colère,
            Envoyé toi aussi près du cercle polaire ?
Sans doute comptes-tu être honoré comme il se doit :
            Qu’un habit blanc soit attaché à mes épaules,
Qu’on entoure l’autel fumant de couronnes de fleurs,
            Que dans le feu sacré des grains d’encens crépitent,
Que j’offre les gâteaux qu’on offre un jour d’anniversaire,
            Que je récite comme il faut les orémus ?
Ni mes dispositions ni les circonstances présentes
            Ne me laissent goûter la joie de ton retour.
Il me faut un autel funéraire, avec un cyprès
            Funèbre, ainsi qu’une flamme pour mon bûcher.
Pas d’encens, auquel les dieux se montreraient insensibles,
            Rien à dire de bon dans de si grands malheurs.
Si toutefois je dois formuler un vœu en ce jour,
            Je t’en prie, ne reviens jamais plus par ici,
Tant que cette région du bout du monde, ou presque, me
            Retient – ce Pont-Euxin, qui porte mal son nom.
Tristesses, III, 13
 
Eh bien nous, nous allumerons des bougies, nous partagerons un gâteau et nous chanterons en choeur "Bon anniversaire !"...

dimanche 18 mars 2018

Constanţa

Vous vous souvenez peut-être que Constanţa, la ville roumaine où Ovide fut exilé - elle se nommait alors Tomes - a reçu il y a quelques mois la visite des photographes de l'association Vertige.
Eh bien, j'ai deux bonnes nouvelles à vous annoncer les concernant.
Ils ont un livre en préparation...


Il ne s'est pas agi pour eux d'aller sur les traces d'Ovide, mais ils n'ont pas pu ne pas croiser ses pas deux mille ans après, ce que je trouve émouvant...
Voici une pincée de photographies rapportées de là-bas...













Si vous le souhaitez, vous pouvez contribuer à la réalisation de ce livre en participant à son financement.
 
La deuxième bonne nouvelle est que Vertige nous convie à l'exposition des photographies de Constanţa. Ce sera le week-end du 16-17 juin, à Puysségur (31480), dans une forêt - oui ! les tirages seront accrochés aux arbres...
Et si vous voulez découvrir le travail de ces photographes vertigineux, cliquez sur ce lien : http://photovertige.free.fr/

samedi 10 mars 2018

Salvador Dali et l'Art d'aimer

Dali est à l'honneur à Nantes : la Rosière d'Artois (35 rue de la Rosière d'Artois) accueille jusqu'au 31 mars une exposition qui permet de voir ou de revoir plus de trois cents oeuvres du surréaliste (http://expodalinantes.fr/).

Certaines lui ont été inspirées par l'Art d'aimer. En voici quelques unes, que nous a transmises Arachné. Un grand merci à elle !


Il s'agit de douze lithographies datant de 1979.

Pylade aimait Hermione

Phoebus, ce dieu couronné de lauriers

Le jeune Icare

Ouvrez grand les bras et volez-y sans tarder ! L'exposition s'achève à la fin du mois...




samedi 3 mars 2018

N'est-il bon bec que de Paris ?...

Evidemment, face aux trésors de la capitale, la province fait figure de parent pauvre.
Mais, si l'on fait l'effort d'y regarder de plus près, si l'on ne se contente pas de fréquenter les lieux signalés par des affiches en grand format, on découvre qu'elle ne manque pas de trésors.
Voyez plutôt ceux que j'ai sélectionnés pour vous sur les chapiteaux de la collégiale Saint-Nicolas, à Nogaro, dans le Gers.


Ce roi David ne tient-il pas d'Orphée ?
Vous me direz qu'il tient surtout... une viole de bras. C'est exact, et je suis toujours émerveillé de voir les adaptations qui se font, au fil du temps, de l'image d'Orphée : cithariste dans l'Antiquité, violiste au Moyen Age et, pourquoi pas, guitariste à notre époque. C'est, en tout cas, comme ça que je le vois...

Cette sirène médiévale a perdu son visage et sa forme antique, puisque ces terribles chanteuses étaient alors des femmes-oiseaux et non les femmes-poissons de la tradition scandinave.


Si l'on en croit Ovide - et pourquoi ne le croirait-on pas ?- leur origine remonte à l'époque où Cérès était à la recherche de sa fille Proserpine, que Pluton venait d'enlever dans la plaine d'Henna, en Sicile.
Les jeunes filles qui jouaient avec elle partirent à la recherche de leur camarade et déplorèrent, en atteignant la côte, de ne pouvoir poursuivre leurs investigations au-dessus des flots. Pour le leur permettre, les dieux les dotèrent d'ailes, mais s'abstinrent de leur ôter leur belle voix...
Voici comment un peintre les représentait sur un statmos à figures rouges (480-470 av. J.-C.) conservé au British Museum.


On reconnaît Ulysse attaché au mât de son bateau : pendant qu'il s'émerveille, ses compagnons, dont il préalablement bouché les oreilles avec de la cire pour les rendre sourds au chant des sirènes, rament sans rien entendre.

Et ce centaure n'a-t-il pas fière allure, lui aussi ?


Cet être mi-homme, mi-cheval représentait, dans l'Antiquité, l'humanité s'arrachant à l'animalité. Au Moyen Age, sur les chapiteaux des cloîtres, il représente l'effort que fait l'homme pour tendre vers la spiritualité chrétienne en se dégageant des pesanteurs terrestres, profanes et, en un mot, païennes.
Pour moi, il ne représente pas la nécessité de s'arracher à ceci pour accéder à cela, mais la tentative de préserver ce dont nous sommes issus pour vivre pleinement ce que nous sommes. Suivez mon regard : préserver notre culture humaniste pour vivre pleinement notre modernité...
Car une modernité qui n'assumerait pas ses origines s'imposerait une mutilation, ferait de l'homme un cul-de-jatte.

                                       © Jean-Luc Ramond

Et vous, quelle est votre vision du centaure ?
Envoyez-moi vos réponses : je les publierai sur le blog...






mardi 27 février 2018

Il n'est bon bec que de Paris.

Le Centre Pompidou propose jusqu'au 26 mars une rétrospective César que je vous recommande vivement (https://www.centrepompidou.fr/).
Vous y trouverez évidemment ses pièces les plus emblématiques, en particulier ses Compressions, mais aussi d'autres oeuvres, moins connues, et qui ont attiré mon attention pour leur dimension mythologique - que César ne revendiquait d'ailleurs pas...
Voici, pour commencer, une chauve-souris de 1954, en fer forgé et soudé :


 puis une autre de 1955, en fer soudé :


 Ne nous renvoient-elles pas immanquablement à la fable des fille de Mynias, qui préféraient rester chez elles à filer la laine plutôt que de célébrer le culte de Bacchus ?

"Elles méprisent Bacchus, et profanent sa fête. Tout à coup les tambours et les flûtes recourbées, à l'airain retentissant, mêlent leur bruit confus. L'air est embaumé de myrrhe et de parfums. Les filles de Minyas voient verdir leurs toiles; le lierre y serpente; la vigne y pend en festons. En longs ceps s'arrondit la laine qui charge leurs fuseaux. Le pampre s'ourdit à leurs trames; et de la pourpre dont brillaient les tissus, soudain les grappes se colorent. Déjà le soleil était descendu dans le vaste sein des mers. C'était l'heure où règne une clarté douteuse entre la lumière et les ombres; l'heure où n'étant plus jour, il n'est pas encore nuit. Soudain le toit s'ébranle; on voit briller des torches ardentes; des lueurs effrayantes s'attachent aux lambris, et des tigres, simulacres horribles, hurlent parmi les feux. Tandis que, saisies de terreur, les Minéides, fuyant la lumière et les flammes, se sauvent en divers lieux, dans l'ombre et la fumée, une membrane déliée s'étend sur leurs corps rétrécis; des ailes légères enveloppent leurs bras. L'obscurité ne leur permet pas de voir comment elles ont subi ce changement. Sans le secours d'aucun plumage, elles s'élèvent dans l'air; elles sont soutenues par des ailes d'un tissu transparent. Elles veulent se plaindre, et leur voix n'est plus qu'un cri faible qui part d'un faible corps, un murmure aigu, seul langage permis à leurs regrets. Elles n'habitent point les forêts, mais les toits des maisons. Ennemies du jour, elles ne paraissent que la nuit; elles volent le soir, et, compagnes de Vesper, on les nomme Vespérides."
Métamorphoses, IV, 389-415 (trad. H. Nisard).

Vous trouverez aussi un Centaure :

Voici ce que le cartel m'en a appris : "En 1983, pour l'exposition du Musée Picasso d'Antibes commémorant le dixième anniversaire de la mort de Picasso, César réalise un Centaure en plâtre pour lequel il fait un moulage de sa propre tête. Le centaure est un des grands thèmes de la statuaire classique et des grands monuments équestres qu'il se souvient avoir étudiés à l'école des beaux-arts. César qui considérait Picasso comme un "Centaure sur deux pattes" déclinera ce plâtre en divers matériaux et dimensions jusqu'à son monumental Hommage à Picasso."

Et si vous passez au musée d'Art moderne de la Ville de Paris (http://www.mam.paris.fr/), vous pourrez apprécier le nouveau parcours qui est proposé dans les collections permanentes et vous ne pourrez pas ne pas tomber nez à nez avec l'Orphée en orme d'Ossip Zadkine (1930) :


N'hésitez pas non plus à vous attarder dans la très belle exposition de Jean Fautrier, malheureusement dépourvue de la moindre inspiration métamorphique - au sens ovidien du terme, bien sûr. Car, pour le reste, tout artiste est un métamorphoseur, n'est-ce pas ?...