mercredi 12 avril 2017

Métamorphoses et politique (VII)



Ovide le dit lui-même dans la première élégie des Tristes :

 (…) On dénombre une métamorphose de plus,
                        Celle de la physionomie de ma fortune,
Rendue soudain bien différente de ce qu’elle était :
                        Souriante naguère, aujourd’hui à pleurer.
D’après Ovide, Tristes, I, 1, 119-122

En quoi consiste cette métamorphose ? Elle a plusieurs aspects, sur lesquels Ovide insiste. Le plus visible est un changement dans le physique et le moral du poète.

Je suis, hélas, tombé pour toujours en langueur.
Que mon corps soit contaminé par mon esprit malade,
                        Ou que mon mal provienne de cette région,
Depuis que j’ai atteint le Pont, l’insomnie me tourmente,
                        J’ai la peau sur les os, pas un plat ne me plaît.
La couleur qu’en automne, au premier coup de froid, on voit
Aux feuilles quand l’hiver nouveau les a meurtries,
C’est la couleur que l’on me voit ; mes forces m’abandonnent
                        Et j’ai toujours à me plaindre d’une douleur.
Ma tête ne va pas mieux que mon corps : ils sont tous deux
                        Tout aussi mal en point, et c’est double souffrance.
D’après Ovide, Tristes, III, 8, 24-34

A ce premier changement s’en ajoute un second en rapport avec son statut social et sa vie quotidienne. A Rome, Ovide était parvenu au faîte de la gloire littéraire, au sommet de la réussite mondaine. Arrivé à Tomes, il va totalement déchoir. Lui qui jouissait de tous les avantages que peut procurer la civilisation se retrouve dans un lieu qu’il présente comme un lieu à peine civilisé ; lui qui jouissait de la paix instaurée par Auguste, de la Pax Augusta, il se retrouve dans un pays où règne l’insécurité. Voici le tableau qu’il fait de sa situation au milieu de populations barbares, les Besses et les Gètes :

Quelle misère que de vivre entre Besses et Gètes
                        Lorsque l’on fut toujours l’idole de la foule,
Que de tenir sa vie à l’abri d’un mur, d’une porte,
                        D’être à grand peine protégé par un rempart.
Jeune homme, j’échappai à l’armée, à ses durs combats,
                        Et je n’ai manié les armes que par jeu.
Devenu vieux, je porte une épée au côté, au bras,
                        Un bouclier, sur ma tête chenue, un casque.
D’après Ovide, Tristes, IV, 1, 67-74

Mais le changement le plus grave est sans doute le changement culturel que connaît Ovide. Le poète considéré comme le plus virtuose de la latinité en est réduit à faire cet aveu déchirant :

Pas un seul livre ici, personne pour prêter l’oreille
                        Et comprendre ce que veulent dire mes mots.
Ce n’est partout que barbarie, voix de bêtes sauvages ;
                        Tout résonne d’accents gètes, qui terrifient.
J’ai moi-même l’impression d’avoir perdu mon latin,
                        Et je sais maintenant mon gète et mon sarmate.
D’après Ovide, Tristes, V, 12, 54-59

Ovide résume ainsi sa situation : « Le barbare, ici, c’est moi » (Tristes, V, 10, 37).

Peut-on pour autant prétendre que l’on ait affaire à une métamorphose complète ? Eh bien non, et ce pour deux raisons.
Ovide n’a pas été à proprement parler exilé à Tomes ; il y a été relégué. Cela signifie qu’il n’a pas perdu son statut de citoyen et qu’il n’a pas été spolié de ses biens. C’est ce qui le pousse à ne pas désespérer tout à fait de sa situation : si Auguste ne l’a pas privé de tout au plus fort de sa colère, il devrait pouvoir, avec le temps, alléger sa peine.
Mais surtout, Ovide est resté fondamentalement ce qu’il était, c'est-à-dire un poète. Lui-même reconnaît qu’il y a là une contradiction : il a été perdu par un poème, l’Art d’aimer, mais ce qui lui permet de rester en vie, de ne perdre courage, c’est la poésie.

  (…) Oui, je trouve du charme aux livres qui m’ont nui
                        Et j’aime l’arme qui m’a fait une blessure.
On peut juger que cette passion est folie ; pourtant
Cette folie comporte aussi ses avantages :
Elle évite à mon esprit de ne voir que mes malheurs
                        Et lui fait oublier ma présente infortune.
D’après Ovide, Tristes, IV, 1, 35-40

Il continue à écrire, même s’il n’est pas lu sur place. Il rédige les Tristes puis les Lettres du Pont, deux recueils de lettres en vers, qu’il envoie à Rome pour rappeler son existence à ses concitoyens et tenter de les apitoyer. Il écrit même dans le dialecte local, qu’il a appris.
Auguste a donc épargné à Ovide une mort physique – même si les conditions de vie à Tomes entraînent une dégradation physique – et une mort civique – il est relégué et non exilé – ; il lui a imposé une mort culturelle – en l’envoyant en pays barbare – et sociale – en le privant de la société romaine.

Au terme de ces réflexions, que retenir ?
Qu’Ovide incite à pratiquer de la mythologie « une lecture politique fondée sur la mise en parallèle des Olympiens et du princeps : évidemment, (...) elle est loin de produire la légitimation qu’attend le régime de ce type de correspondances » (Jacqueline Fabre-Serris, Mythe et poésie dans les Métamorphoses d’Ovide, 80). C’est, entre autres, ce qui lui vaudra de passer du statut de ‘métamorphoseur’ à celui de métamorphosé, ce qui donnera à Auguste l’occasion de le battre avec ses propres armes.
Demandons-nous pourtant à qui revient la victoire finale, et pour ce, lisons les tout derniers vers des Métamorphoses.

L’œuvre que voilà, ni la colère de Jupiter,
Ni le feu, le fer, le temps rongeur ne la détruiront.
Vienne, quand il le voudra, le jour qui n’a prise que
Sur mon corps, qu’il boucle le cours incertain de ma vie.
Le meilleur de moi me fera m’élever, immortel,
Par-delà les hauteurs des astres ; mon nom perdurera.
Là où Rome étend son pouvoir, sur les terres soumises,
Je serai sur toutes les lèvres ; par mon renom, toujours,
Si le présage d’un poète dit vrai, je vivrai…
D’après Ovide, Métamorphoses, XV, 871-879

Après avoir prophétisé l’apothéose d’Auguste, Ovide prophétise la sienne propre, qu’il devra à son art : les poètes sont immortels par leurs œuvres. C’est certes un lieu commun, mais il se vérifie. La semaine consacrée par France Culture aux Métamorphoses en est la meilleure preuve. Le lecteur referme donc l’ouvrage qu’il vient d’achever non sur l’idée que le régime augustéen a trouvé en Ovide un chantre qui l’immortalise, mais qu’Ovide a été l’artisan de sa propre immortalité littéraire.

Ce qui a aussi survécu, c’est l’utilisation de la mythologie – le détournement de la mythologie – à des fins politiques. On en a de nombreux exemples à travers les siècles. Nous retiendrons celui qu’opéra Louis XIV. On sait que le Roi-Soleil s’identifiait volontiers à Apollon, et la décoration de Versailles s’en ressent :
« Certains historiens ont interprété le bassin de Latone comme une allégorie de la victoire de Louis XIV sur la Fronde, cette révolte de nobles contre le pouvoir monarchique survenue pendant l’enfance de Louis XIV. Latone, mère d’Apollon, représenterait Anne d’Autriche, mère de Louis XIV et régente au moment de la Fronde. La métamorphose des paysans en grenouilles illustrerait le châtiment réservé à ceux qui osent se révolter contre l’autorité royale. » Avec cette réserve : «  On ne trouve néanmoins trace de cette lecture chez aucun auteur et dans aucun document d’époque. De plus, l’iconographie versaillaise voulue par Louis XIV ne fait jamais référence à l’idée de parenté du roi. »
Mais, à supposer que l’intention de Louis XIV commandant le bassin de Latone ne soit pas aussi précise que certains le pensent, il n’en reste pas moins que « le bassin de Latone chante la gloire conjointe de Louis XIV et de son emblème le soleil incarné dans la figure d’Apollon. Pour asseoir cette identification, le Roi-Soleil a fait illustrer dans son jardin plusieurs épisodes de la vie du dieu-soleil. Le bassin de Latone évoque son enfance. Le Char d’Apollon, émergeant de son bassin tel le soleil de l’océan, figure le jour qui s’éveille et le lever du roi. Le bosquet des Bains d’Apollon, dont les statues étaient à l’origine dans la grotte de Thétys, représente le repos nocturne du soleil dans l’océan. L’ensemble compose une symphonie solaire dont le véritable héros n’est autre que son commanditaire, Louis XIV. »


http://unephotoesquisse.over-blog.com/article-17531936.html


Et que dire de l’actuelle campagne pour les élections présidentielles, où Benoît Hamon déclare : « Emmanuel Macron, c’est le candidat chimère, la chimère telle que décrite par Homère : un lion devant, un dragon derrière, une chèvre au milieu » (07-III-2017, meeting de Marseille) ?
 A en juger par la réaction du public, les références mythologiques font toujours florès…
                                   

Pour aller plus loin, voici trois lectures que je vous recommande :

- sur l’histoire de Rome : De la Cité à l’Empire : histoire de Rome, Yves Perrin, Thomas Bauzou, Ellipses, 1997.
- sur le règne d’Auguste : Auguste, Pierre Cosme, Perrin, coll. tempus, 2005.
- sur l’utilisation politique de la mythologie par Auguste et Ovide : Jacqueline Fabre-Serris, Mythe et poésie dans les Métamorphoses d’Ovide, Klincksieck, 1995.

mardi 11 avril 2017

Métamorphoses et politique (VI)

Ovide a donc bel et bien été métamorphosé.
La première des raisons pour lesquelles on peut le soutenir est à chercher dans le livre II des Tristes. Ovide y fait lui-même implicitement la comparaison entre son cas personnel et celui d’un des personnages les plus fameux des Métamorphoses. Voici en quels termes :

Actéon a vu Diane nue sans rien préméditer ;
                        Il n’a pas pour autant échappé à ses chiens.
Avec les dieux, on expie même le fruit du hasard :
                        N’avoir pas fait exprès ne vaut pas leur pardon.
D’après Ovide, Tristes, II, 105-108

Ovide s’identifie donc avec Actéon, le chasseur devenu cerf, devenu la proie de ses chiens parce qu’il avait commis un acte sacrilège, certes sans préméditation, mais sacrilège quand même : il avait vu la déesse Diane au bain, nue.
Les deux vers par lesquels, dans les Métamorphoses, Ovide commence son récit résonnent a posteriori comme des vers décrivant non pas la situation du personnage mythologique, mais celle du poète. C’est à se demander s'ils n’ont pas été ajoutés après coup – après l’an 8 – pour rendre la situation d’Ovide plus tragique encore du fait de la référence mythologique. Les voici :

On pourrait trouver là matière à blâmer la Fortune
Mais rien de criminel – qu’a de criminel une erreur ?
D’après Ovide, Métamorphoses, III, 141-142

 « Qu’a de criminel une erreur ? » Une erreur… Ovide ne désigne pas d’un autre mot ce qui a causé sa perte.

Suit le récit de la mésaventure d’Actéon :

Voici qu’Actéon, qui avait différé ses travaux,
Sans savoir où il allait dans ces taillis inconnus,
Parvient dans le bois : c’est là que son destin le portait.
A peine eut-il pénétré dans l’antre où coulait la source
Que les nymphes, voyant, dans la tenue qu’elles portaient,
Un homme – elles étaient nues –, remplissent soudain le bois
De cris aigus, se frappent la poitrine et font autour
De Diane un abri de leur corps ; mais la déesse étant
La plus grande, elle les dépasse toutes d’une tête.
La couleur que prennent les nuages quand le soleil
Les frappe de front, la couleur de l’aurore empourprée
Fut celle du visage de Diane vue sans habits.
Bien qu’elle eût autour d’elle la troupe de ses compagnes,
Elle se mit pourtant de côté, elle détourna
La tête. Et, n’ayant pas sous la main ses flèches rapides,
Elle prit ce qu’elle avait – de l’eau – et la projeta
Au visage d’Actéon. Répandant sur ses cheveux
L’eau vengeresse, elle annonça ainsi sa fin prochaine :
« Tu peux maintenant raconter que tu m’as vue sans voile,
Si tu peux le raconter. » Sans menacer davantage,
Elle orne sa tête trempée des bois d’un cerf vivace,
Elle étire son cou, lui fait des oreilles en pointe,
Elle change ses mains en pieds, ses bras en longues jambes,
Elle recouvre son corps d’un pelage tacheté,
Et pour finir le rend peureux : ce fils d’Autonoé,
Ce héros, fuit et s’étonne en courant d’aller si vite.
Mais quand il aperçut dans l’eau ses traits et sa ramure ;
« Quel malheur ! », allait-il dire ; il ne put émettre un mot.
Il brama : tel était son langage. Il mouilla ses joues,
Qui n’étaient plus siennes : il n’avait gardé que sa raison.
D’après Ovide, Métamorphoses, III, 174-203

Ovide raconte enfin comment il est rattrapé et déchiré par ses chiens, scène de carnage qui se termine ainsi :

Il pousse un gémissement
Qui n’est pas celui d’un homme, et n’est pas non plus celui
D’un cerf ; les monts qu’il fréquentait résonnent de ses plaintes.
Genoux fléchis, tel un suppliant, il semble implorer ;
Il tend à l’entour, faute de bras, sa face muette,
Mais les chasseurs, comme avant, excitent la meute avide
En cherchant des yeux Actéon, qu’ils n’ont pas reconnu,
Et, le croyant absent, ils crient à l’envi « Actéon ! »
A ce nom, il tourne la tête. Ils se plaignent qu’il soit
Absent et tarde à venir voir la proie qui s’offre à eux.
Absent, il voudrait l’être, et il est là ; il voudrait voir
Ses chiens mordre cruellement sans l’éprouver aussi.
Ils l’encerclent de partout, plongent en lui leur museau
Et lacèrent leur maître dont l’apparence les trompe.
Tant que mille blessures n’eurent pas causé sa mort,
La colère de Diane, dit-on, ne retomba pas.
D’après Ovide, Métamorphoses, III, 237-252

Il suffirait de remplacer « Diane » par « Auguste » dans le dernier vers pour que celui-ci s’applique non pas à Actéon mais à Ovide.
L’ironie de l’histoire veut donc que la réalité rattrape la fiction et qu’Ovide subisse le destin d’un de ses personnages.

Mais les choses ne s’arrêtent pas là : ce n’est pas uniquement par métaphore qu’on peut dire qu’Ovide s’est métamorphosé puisque, dans son exil de Tomes, il va subir jusque dans sa chair une authentique métamorphose.

Actéon, © Jean-Luc Ramond

lundi 10 avril 2017

Métamorphoses et politique (V)

Au mois de décembre de l’an 8 ap. J.-C., alors qu’Ovide, âgé de cinquante ans, a presque terminé la rédaction des Métamorphoses, son chef-d’œuvre de la maturité, il reçoit de l’empereur l’ordre de quitter Rome dans les plus brefs délais, de quitter l’Italie et de s’établir à Tomes, sur les côtes occidentales de la mer Noire – qu’on appelait alors Pont-Euxin, littéralement « mer Hospitalière » – dans la province de Mésie, l’actuelle Dobroudja, dans ce qui est de nos jours la ville de Constanţa, en Roumanie.
Deux raisons motivaient cette décision de reléguer Ovide à l’autre bout de l’empire, en un lieu récemment conquis et à peine pacifié. Ovide les résume en deux termes : carmen et error, un poème et une erreur (Tristes, II, 207).
Le poème incriminé est l’Art d’aimer, un manuel de séduction à l’usage des hommes et des femmes publié une dizaine d’années plus tôt, en 1 av. J.-C. L’ouvrage était jugé immoral. Nous n’engagerons pas le débat sur le bien fondé de cette accusation. Nous rappellerons seulement qu’Auguste avait aussi cherché à fonder le Principat sur un ordre moral restauré, et avait tenté de faire de la famille le pilier de cette restauration. Or cet aspect de sa politique fut un échec. Il était donc pratique pour l’empereur de faire porter à Ovide, qui se définit lui-même comme le « baladin des amours tendres » (Tristes, IV, 10, 132), une part de responsabilité et de voir dans son Art d’aimer un ouvrage qui avait nui au redressement moral de l’Empire.


 
Mais il y a une deuxième raison : Ovide avait vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir, ce qui avait vivement blessé l’empereur. Il le déplore à plusieurs reprises dans les Tristes, ce recueil de lettres en vers qu’il adresse, depuis Tomes, à des correspondants romains. Il écrit, en particulier, ceci à Auguste :

Sans ce qui vient de me nuire, hélas ! j’aurais conservé
                        L’approbation que si souvent tu m’accordas.
Mais je viens de périr : il a suffi pour couler mon
                        Bateau, tant de fois préservé, d’une tempête.
Et je n’ai pas reçu qu’un petit paquet d’eau : les flots
                        De l’Océan se sont abattus sur ma tête.
Pourquoi ai-je vu… ça, et rendu mes yeux criminels ?
L’imprudent que j’étais s’est retrouvé coupable.
D’après Ovide, Tristes, II, 97-104

De quoi s’agit-il au juste ? Personne ne l’a su, même les amis les plus proches d’Ovide, ceux à qui il dit qu’il a confié tous ses secrets ; personne ne le sait, même les chercheurs les plus persévérants et les universitaires les plus pénétrants, qui ont vainement tenté de résoudre l’énigme.
Quelques hypothèses, cependant, peuvent être avancées. Je les emprunte à l’introduction aux Tristes de Jacques André (éd. Les Belles Lettres, 1968).
            Ovide aurait été l’amant de Julie, la fille d’Auguste. La chose n’est pas en soi impossible : Julie, de quatre ans sa cadette, avait une vie sentimentale mouvementée et ils ont pu se fréquenter. Mais il est peu probable que ce soit la bonne raison, en particulier parce que Julie avait été exilée en 2 av. J.-C. par l’empereur – oui, par son père ! –  pour inconduite dans l’île de Pandataria, au large de la Campanie. D’ailleurs, qu’aurait-il vu de blessant pour Auguste ?
Ovide aurait favorisé l’inconduite de Julie II, la fille de la précédente, petite-fille d’Auguste, en lui prêtant sa maison pour qu’elle y retrouve son amant du moment. Et, de fait, Julie II fut exilée, comme sa mère, en 8 ap. J.-C., comme Ovide. Mais qu’aurait-il vu qui pût affecter durablement l’empereur ?
Ovide aurait été témoin de ce qui se tramait autour d’Agrippa Postumus, un des petits-enfants d’Auguste, trop débauché et trop abruti, disait-on, pour être digne d’hériter de l’Empire. Il avait été déporté en 7 ap. J.-C. dans l’île de Planasia, près de l’île d’Elbe. Ovide aurait été témoin de manœuvres d’opposants au régime visant à le libérer ou de tentatives de Livie, l’épouse d’Auguste, visant à l’éliminer. L’intérêt de cette dernière hypothèse est qu’elle fait intervenir Livie, la mère du futur empereur Tibère – qu’elle avait eu d’un premier lit et qui n’appartenait donc pas à la gens Julia mais à la gens Claudia. Or Tibère ne fera pas revenir Ovide d’exil : la rigueur du successeur d’Auguste invite à penser que ce qu’Ovide avait vu était justement en rapport avec la succession impériale. Mais il aurait fallu qu’Ovide aille faire un tour du côté de Planasia, ce qui reste à prouver.
Ovide aurait assisté à des réunions d’opposants à Auguste, regroupés autour de Paullus Fabius Maximus. Mais ce qu’il aurait vu n’aurait rien eu de fortuit ni d’accidentel.
D’autres hypothèses sont avancées en rapport avec des réunions clandestines à l’occasion de pratiques illicites : séances de divination annonçant la mort prochaine d’Auguste, pratiques occultes en lien avec un cercle néo-pythagoricien. Ovide aurait vu Livie, alors âgée de soixante-six ans, lors de la célébration du culte de la Bonne Déesse, culte exclusivement féminin à l’occasion duquel la prêtresse officiait nue…
Cause privée ? Cause publique ? De nature morale ? Politique ? Religieuse ? A chacun de se faire une idée ou d’y aller de son hypothèse. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ni Auguste ni son successeur Tibère n’autorisèrent Ovide ni à rentrer à Rome, ni même à gagner un lieu d’exil plus riant et plus civilisé que Tomes.
Mais dans quelle mesure peut-on parler en ces circonstances de métamorphose du poète ? N’est-ce pas une facilité, un abus de langage ?
Non ! Et ce pour deux raisons...