mercredi 29 novembre 2017

EDITION SPECIALE !



Chers amis d'Ovide,
J'ai le grand plaisir de vous annoncer que les Tristesses sont désormais disponibles aux éditions Sables dans la traduction que j'en propose.
Vous pouvez vous procurer l'ouvrage sur commande auprès de l'éditeur (19 euros l'exemplaire + 3 euros de port ; port offert à partir de deux exemplaires commandés. Commande à adresser à Sables, 15 route de l'Eglise, 31130 Pin-Balma, en rédigeant le chèque à l'ordre de Sables et en précisant l'adresse d'expédition).
Vous le trouverez aussi à la librairie Ombres Blanches. J'y serai samedi prochain 2 décembre entre 16h et 17h30 pour la présentation du n° 6 de la revue Gibraltar...
A très bientôt !
Jean-Luc


samedi 25 novembre 2017

Incroyable exposition (II)

Punta della Dogana

 Cerbère

Bacchus
Personnifiant un royaume liminal entre l'homme, la nature débridée et les dieux, Bacchus devient l'objet d'un culte et de rituels dès la période mycénienne (v. 1600 - 1100 AEC). Conforme aux représentations de l'Antiquité, le visage prostré du dieu sans barbe semble abandonner la raison et l'esprit, perçus comme des qualités masculines, pour privilégier les sensations et le plaisir, domaines réservés à la sphère féminine. On pense que l'utilisation du bronze provient, de la description faite par Pline d'Ancien, d'une oeuvre perdue du célèbre sculpteur Praxitèle (IVe siècle AEC) mettant en scène Bacchus, un satyre et l'"Ivresse". La tradition romaine de recréer des antiquités perdues reprend vigueur à la Renaissance, quand l'âge classique devient le paradigme de la création artistique ; Praxitèle inspira vraisemblablement le Bacchus de Michel-Ange (1496-1497).

Protée
Dieu marin pourvu du don de se métamorphoser, Protée est ici représenté en pleine mutation physique. Le corps se transforme en pierres et en rocs issus des grottes où il dormait. Protée utilisait sa capacité à se métamorphoser pour éviter que les hommes n'exploitent son don de prophétie, qu'il ne transmettait que sous la contrainte physique.

  Le Minotaure


La représentation du mythe grec de l'homme mi-homme et mi-taureau violant une vierge d'Athènes dresse un portrait violent d'une sexualité masculine débridée et menaçante. Les mythes grecs et romains abondent de récits brutaux relatant les agressions sexuelles exercées par les hommes et les dieux sur les femmes. L'art antique a souvent esthétisé de telles scènes et expurgeant les références explicites à l'acte sexuel. Dans la mythologie, ces scènes étaient en partie expliquées par le fait que le dieu Eros pouvait prendre possession de leur corps et de leur volonté à tout moment. Ainsi peut-on lire le mythe du Minotaure - demeuré un symbole de violence sexuelle masculine, en particulier dans l'oeuvre de Picasso - à l'aune de cette distinction préfreudienne entre le conscient et l'inconscient, comme une personnification terrible du sommeil de la raison.

Sirène

mardi 21 novembre 2017

Incroyable exposition (I)

     Voici quelques témoignages d'une incroyable exposition de Damien Hirst, exposition qui, elle-même, nous donne à voir, à la Punta della Dogana et au Palazzo Grassi de Venise, jusqu'au 3-XII-2017, les témoignages du naufrage de l'Incroyable. De quoi s'agit-il ?...

     En 2008, le vaste site d'un naufrage a été découvert au large des côtes de l'Afrique de l'Est, accréditant la légende de Cif Amotan II, un esclave affranchi d'Antioche (au nord-ouest de la Turquie) qui vécut du milieu du premier siècle au début du deuxième siècle de l'Ere Commune.
     Dans l'Empire romain, les esclaves affranchis pouvaient trouver de grandes possibilités d'enrichissement et d'ascension sociale en s'impliquant dans les affaires financières de leurs anciens maîtres et patrons. L'histoire d'Amotan (parfois nommé Aulus Calidius Amotan) raconte que l'esclave cupide accumula, en acquérant sa liberté, une immense fortune qui lui permit de construire une collection d'artefacts provenant des quatre coins de l'ancien monde. Les cent trésors légendaires de l'affranchi - commandes, copies, faux, achats, pillages - furent réunis à bord d'un navire colossal, l'Apistos ("incroyable" en koinè grecque), qui était destiné à un temple construit par le collectionneur. Mais le navire fit naufrage, reléguant son trésor au domaine du mythe et donnant naissance à une myriade d'interprétations de cette histoire faite d'ambition et d'avarice, de splendeur et d'hubris.
     La collection resta immergée dans les profondeurs de l'océan Indien pendant environ deux mille ans avant que le site ne soit découvert en 2008, près des anciens ports commerciaux de l'Azanie (côte sud-est de l'Afrique). Près d'une décennie après le début des fouilles, cette exposition rassemble les oeuvres retrouvées lors de cette extraordinaire découverte.
     De nombreuses sculptures, largement incrustées de coraux et autres espèces marines, sont exposées avant restauration, au point de rendre leurs formes méconnaissables. Des copies contemporaines des artefacts, réalisées pour l'exposition d'après les formes originales supposées des oeuvres, sont également présentées.

                                        

Punta della Dogana


     Cette paire de sculptures s'inscrit dans une tradition ancienne - particulièrement développée au Proche-Orient - qui consiste à présenter des figures divines ou semi-divines maîtrisant des monstres prédateurs. Les entrées des temples hittites dédiés à la déesse Ishtar (vers le deuxième millénaire AEC) présentaient souvent des femmes apprivoisant des créatures fantastiques. La symétrie de la composition suggère qu'elles étaient destinées à être des gardiennes de l'entrée d'un temple.


     Largement répliquée depuis l'Antiquité, cette série de bustes en marbre rose témoigne de la prédilection ds Anciens pour les formes artistiques marquées par la sérialité, une tendance qui s'oppose au respect excessif des contemporains pour les originaux. (...)
     Les formes sont caractérisées par des tailles fines, des hanches amples, de petits seins hauts et des dos étroits et cambrés. Au début du XXe siècle, les surréalistes s'intéressent à des copies de ces nus. Ils exposent une série de nus en 1936 à Londres lors de l'"International Surrealist Exhibition". Très appréciés pour le traitement minimaliste du corps de la femme et leur ressemblance avec des mannequins, ces bustes sculptés, objets érotisés préexistants, illustrent parfaitement l'intérêt des surréalistes pour le caractère autoréférentiel du geste artistique...

mardi 14 novembre 2017

De retour de Poitiers (II)

Les Journées d'octobre de la CNARELA ont aussi donné l'occasion aux participants d'écouter une belle communication de Françoise Frontisi-Ducroux, sur le thème des "Métamorphoses végétales dans les mythes grecs", thème qu'elle développe dans sa dernière publication, Arbres-filles et garçons-fleurs. Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs.
Elle a bien voulu - et nous l'en remercions vivement - nous confier une page consacrée à Myrrha.
La voici, illustrée de quelques images que j'ai sélectionnées.


De toutes les histoires qu’Ovide raconte dans ses Métamorphoses, celle de Myrrha est de loin la plus horrible. C’est, dit-il, « un amour plus terrible que la haine[1] ». Cinyras, roi de Chypre - l’île d’Aphrodite -  a une fille, Myrrha . Sa beauté lui attire de nombreux prétendants. Mais Myrrha est amoureuse de son père. Lorsque celui-ci lui demande qui elle aimerait prendre pour époux, elle répond : « Quelqu’un comme toi. » Elle garde secrète sa passion, et aspire à la mort. Elle s’apprête à se pendre, lorsque sa  nourrice la surprend et lui fait avouer son amour monstrueux. Compatissante et complaisante, elle lui ménage une entrevue incognito avec son père, dans le lit conjugal même, profitant de l’absence de la mère, occupée aux fêtes de Déméter. Cinyras, « alourdi par le vin », s’unit à sa fille, dans l’obscurité, et la féconde immédiatement. Les nuits suivantes voient le crime se répéter, jusqu’à ce que le père, désireux de connaître enfin son amante, fasse apporter un flambeau : il reconnaît sa fille et, horrifié, tire son épée pour la tuer. Myrrha s’enfuit à la faveur de la nuit et erre longuement dans la campagne. 


 Myrrha et Cinyras. Gravure de Virgil Solis (1514-1562)

Désespérée  elle finit par supplier les dieux de la soustraire à la vie et à la mort, afin de ne souiller ni la terre ni les Enfers. Elle est exaucée :
« La terre recouvre ses jambes, ses ongles se fendent et des racines en sortent obliquement, support d’un tronc élancé. Ses os deviennent du bois qui conserve au milieu sa moelle ; son sang se transforme en sève, ses bras en grosses branches, ses doigts en petites, sa peau devient écorce dure […] Elle se laisse aller et son visage est englouti par l’écorce. Et bien qu’elle ait perdu avec son corps sa sensibilité de jadis, elle pleure encore et de l’arbre suintent des gouttes tièdes […] Elle leur donne son nom et l’on parlera à tout jamais de la myrrhe (traduction Danièle Robert).
L’aventure de Myrrha, purement humaine, s’inscrit dans la catégorie des légendes plutôt que des mythes. Les dieux y interviennent cependant au dénouement : la Terre, déesse bienveillante, enracine Myrrha et la végétalise. Ils sont même présents  dès le début, selon une version qui fait d’Aphrodite l’instigatrice du drame : pour se venger de la reine qui prétendait que la beauté de sa fille surpassait celle de la déesse, elle inspire à Myrrha cette passion funeste. Tragique aberration de la fierté maternelle. Tragique ironie aussi de la justice divine, qui souvent frappe le coupable par l’intermédiaire de l’un de ses proches. C’est ainsi que Pasiphaé subit le châtiment de l’impiété de son époux, Minos, en s’éprenant du beau taureau blanc. Le roi de Crète devra s’arranger ensuite du rejeton monstrueux que sa femme met au monde. Myrrha, pour sa part, se voit contrainte de devenir la rivale de sa mère. Le récit, notons-le, met en œuvre quelques motifs traditionnels : le rôle de la nourrice, conseillère perverse, comme l’Oenone de Phèdre, le flambeau révélant le partenaire inconnu, comme dans le Conte d’Amour et Psyché. Et la situation est bien particulière parmi les histoires de métamorphoses végétales rapportées par Ovide. Myrrha est loin d’être aussi innocente que les arbres-filles dont la seule faute est de fuir le viol d’un dieu excité par leur beauté. Ce n’est pas le refus de l’amour mais, au contraire, l’excès d’une passion déviante, qui entraîne leur métamorphose en arbre. Le châtiment, que réclame la coupable de cet amour incestueux, aboutit à la création de l’arbre à myrrhe, dont les valeurs et les usages sont fortement associés aux parfums et à l’érotisme.
Mais l’histoire n’est pas finie, puisque Myrrha est enceinte. L’enfant grandit sous l’écorce, l’arbre enfle en son milieu, puis se courbe et gémit telle une parturiente. Il finit par se fendre pour accoucher d’un beau bébé, que les Naïades recueillent, déposent sur l’herbe tendre, et baignent dans les larmes de sa mère, la myrrhe. 


La naissance d'Adonis, assiette de Faenza, musée de Sans.
 
Cet enfant, fruit de l’inceste, est si beau que deux grandes déesses se le disputent, Proserpine et Vénus. C’est celle-ci qui l’emporte et en fait très vite son très jeune amant. Les garçons aiment la chasse. Le bel Adonis échappe un jour à la surveillance de la déesse et se laisse éventrer par un sanglier. Vénus accourt pour recevoir son dernier soupir.

 Vénus et Adonis, © Jean-Luc Ramond



Désespérée, elle fait du sang versé naître une fleur « fragile et légère, qu’emporte le vent »… qui lui donne son nom. C’est l’anémone. Car si, dans les mythes que chantent les poètes,  les filles sont métamorphosées en arbres, les garçons donnent en mourant naissance à des fleurs éphémères.
Françoise Frontisi-Ducroux


[1] Ovide, Métamorphoses, X 298-502. L’héroïne est nommée Smyrna chez Antoninus Liberalis, Les Métamorphoses, XXXIV. Cf. Françoise Frontisi Ducroux, Arbres-filles et garçons–fleurs. Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs,  Paris, Seuil, 2017.


  

lundi 6 novembre 2017

Gibraltar

Le n° 6 de la revue Gibraltar est paru voici quelques jours.


Au sommaire, un récit, un reportage, deux fictions, un récit photo, un récit BD... et un article sur cet exilé des temps augustéens que fut Ovide. Merci à Santiago Mendieta, fondateur de la revue et directeur de la publication, de m'en avoir confié la rédaction.
Pour en savoir plus, suivez le lien http://www.gibraltar-revue.com/ 
Et pour tout savoir, n'hésitez pas à passer commande (http://www.gibraltar-revue.com/?post_type=product ) ou à vous rendre, si vous êtes à Toulouse jeudi prochain 9 novembre, à l'Instituto Cervantes, 31 rue des Chalets, à 18h30. J'aurai plaisir à vous y retrouver.