mercredi 25 février 2026

Les Métamorphoses sur France Culture

Vite ! Précipitez-vous sur France Culture où, depuis lundi dernier, dans le cadre de l'émission "Avec philosophie" produite et animée par Géraldine Muhlmann, est diffusée une série d'entretiens intitulée "Les Métamorphoses d'Ovide, toujours mythiques ?".

Voici les questions que Géraldine souhaite poser : "Méduse, la femme-monstre, Daphné métamorphosée en laurier, Europe, Orphée… Ce classique d'Ovide a façonné notre manière de concevoir les liens et le monde fait de métamorphoses, mais aussi de vengeance et de violence. Comment le lire, le relire aujourd'hui ? Une autre lecture est-elle possible ?".

                                                                  L'Age d'Or, Lucas Cranach l'Ancien (1530)

Pour y répondre, elle accueille tout d'abord Hélène Casanova-Robin, professeure de littérature latine à Sorbonne-Université. Celle-ci nous souhaite "Bienvenue dans le monde de l'incertitude" en abordant la question suivante : "Dans Les Métamorphoses d’Ovide, tout change sans cesse : les corps, les dieux, la nature, mais aussi le récit qui voit les histoires s’enchaîner tel un flux continu, chaque fin de livre entraînant le début d'un autre. Un monde en métamorphose constante peut-il avoir une fin ?".

                                                                     Junon et Argos, Pierre Paul Rubens (1610)

Hier, mardi, intervenait Maud Pfaff-Reydellet, maître de conférences en langue et littérature latines, qui nous demandait : " Loup, vache ou taureau : quelle va être votre métamorphose ?". Pour le dire autrement "Dans Les Métamorphoses d'Ovide, les dieux transforment les hommes en animaux pour les punir, les protéger ou révéler leur véritable nature. Si chaque métamorphose interroge l’identité et la part d’animalité cachée en chacun, quelle forme prendrait notre propre transformation ?".

                                                                       Buste de Méduse, Le Bernin (1640)

Et aujourd'hui, à l'heure où je vous écris, c'est la philosophe Laurence Devillairs qui évoque "Méduse, le regard qui tue (les hommes)" (la parenthèse n'est pas de moi...). Voici son fil conducteur : "La figure de Méduse dans les Métamorphoses incarne un pouvoir à la fois fascinant et terrifiant : son regard change les hommes en pierre. Ce mythe interroge la puissance du regard, capable non seulement de voir, mais aussi de détruire."

Que nous réserve demain ?... Nous le découvrirons de 10h à 11h sur les ondes de France Culture...

P. S. : Si vous souhaitez en apprendre encore davantage sur Les Métamorphoses, je vous invite à cliquer sur le lien d'une précédente série dont Adèle Van Reeth avait eu l'heureuse initiative. Bonne écoute !  

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-metamorphoses-d-ovide 

 

samedi 7 février 2026

Métamorphoses aux Augustins (II) !

Je vous ai naguère fait découvrir les chapiteaux romans et mythologiques du musée des Augustins de Toulouse (cf. mon article du 16 janvier). Eh bien, je vous propose de poursuivre aujourd'hui notre visite en parcourant la salle de peinture et de sculpture du XIXe siècle.

Les choses commencent dès le monumental escalier de Denis Darcy, qui mène au premier étage. Au détour d'une volée de marches, nous voici menacés par la flèche de la Diane chasseresse du sculpteur toulousain Alexandre Falguière (1831-1900).

                                                      Alexandre Falguière (1831-1900), Diane, 1887 

La déesse est communément qualifiée de "court vêtue". Effectivement, il serait difficile de faire plus court et moins vêtu...


 Nous sommes attirés quelques pas plus loin par les échos de la lyre d'Orphée...

Louis Jacquesson de la Chevreuse (1839-1903), Orphée aux Enfers, 1886

Le chantre cherche à convaincre les souverains des Enfers, Pluton et Proserpine, de laisser Eurydice regagner la surface de la terre. On sait ce qu'il adviendra... Aux pieds du couple royal, les juges des Enfers, qui n'ont pas l'air d'être bien sensibles à la beauté du chant orphique. Quant à Louis Jacquesson, il a été assez convaincant pour obtenir, avec cette toile, le second grand prix de Rome en 1865.

Autre scène musicale, Anachréon, Bacchus et l'Amour, que l'on doit à Jean-Léon Gérôme.

                                     Jean-Léon Gérôme (1824-1904), Anachréon, Bacchus et l'Amour, 1848

Spontanément, j'aurais dit que cette oeuvre-ci était plus récente que celle-là. Erreur : elle est plus moderne, sans doute, mais plus ancienne. C'est, en tout cas, ma préférée de l'artiste, qui en a pourtant peint beaucoup, et de bien belles...

Tout à fait saisissante est cette sculpture de Laurent-Honoré Marqueste, qui représente Persée s'apprêtant à décapiter la gorgone Méduse.

                                                Laurent-Honoré Marqueste (1848-1920), Persée et Gorgone, 1875
 

Comme le dit justement le cartel, "l'artiste oppose la terreur de la gorgone à l'impassible détermination du héros".

Qui résistera au charme de Chloris ?

                                          Jean-Jacques Pradier (dit James Pradier, 1790-1852), Chloris caressée par Zéphyr,1849 

Sûrement pas le dieu Zéphyr, divinisation du tiède vent d'ouest qui, de sa caresse, réveille la végétation au printemps. Il aurait enlevé Chloris pour faire d'elle son épouse et la déesse des fleurs - promotion par laquelle le dieu cherchait à se faire pardonner la brutalité de l'enlèvement.

 

"Plus sensuelle que surprise", dit le cartel.

James Pradier fut troisième au prix de Rome en 1812 et, persévérant, reçut le premier prix en 1813. Cela ne suffit pas à lui valoir les faveurs de Baudelaire, qui écrit à son sujet : « Ce qui prouve l'état pitoyable de la sculpture, c'est que M. Pradier en est le roi. Au moins celui-ci sait faire de la chair, et il a des délicatesses particulières du ciseau ; mais il ne possède ni l'imagination nécessaire aux grandes compositions, ni l'imagination du dessin. C'est un talent froid et académique » (Curiosités esthétiques, Salon de 1846). Le voilà vêtu pour l'hiver... 

Pour terminer, un buste en terre cuite plein de fraîcheur que l'on doit à Jean-Baptiste Carpeaux, La Bacchante aux roses.

                                                  Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), La Bacchante aux roses, 1873
 

J'espère que la balade vous a plu et vous a donné envie de venir sur place découvrir le reste des trésors du musée des Augustins. Car il vous reste encore bien des trésors à admirer, en particulier la belle et froide Cléopâtre sur son lit de mort, que l'on doit à Jean-André Rixens (1816-1925). Vaut le voyage !



 

 

vendredi 6 février 2026

Cet été, je lis les Métamorphoses !

Non, ceci n'est pas un engagement que je vous invite à prendre, mais la formule que le ministère de l'Education Nationale invite les petits grimauds de CM2 à prononcer.



Eh oui ! Vous l'avez vu : la lecture de vacances pour les écoliers entrant en 6e sera les Métamorphoses d'Ovide ! Bien sûr, dans une version adaptée à leurs capacités de lecteurs.

Voici plus de détail concernant cette initiative : 

"Cet été, je lis !

Un livre offert à tous les élèves de CM2

Au mois de juin 2026, les élèves de CM2, qui prennent le chemin du collège, disposeront chacun d’un exemplaire des Métamorphoses du poète latin Ovide.

Pour que la lecture soit un vrai moment de plaisir, le texte sera traduit, modernisé, illustré et accompagné de jeux !

Les élèves pourront ainsi découvrir des dieux, des déesses, des héros de la mythologie gréco-romaine avant de les retrouver au programme de 6e et en parler avec leurs professeurs.

Des ressources, élaborées par un comité d'élèves, d'enseignants, d'inspecteurs et d'auteurs seront mises à leur disposition sur éduscol, dès le mois de février 2026."

Pour entendre le ministre de l'Education en personne détailler la chose à deux petits grimauds de CM2, cliquez sur le lien suivant :

https://www.education.gouv.fr/cet-ete-je-lis-450312

Ce slogan ministériel me donne d'ailleurs une idée : et si nous nous fixions pour objectif de (re)lire les Métamorphoses en 2026 ?

Chiche ! 

samedi 31 janvier 2026

Deux tragédies lyriques

Fait rare, paraissent le même jour deux opéras baroques ou, pour mieux dire, deux tragédies lyriques : Atys, de Jean-Baptiste Lully, sous le label "Alpha Classics", et Médée et Jason, de Joseph-François Salomon, chez "Château de Versailles Spectacles". En tout, près de 5h30 de musique !

 

Voici ce qu'en pense François Hudry, critique musical de la plateforme Qobuz :

"Il aura fallu un long et patient travail d’équipe entre le Centre de musique baroque de Versailles sous la houlette du musicologue Benoît Dratwicki et du chef Alexis Kossenko pour mettre au point cette nouvelle version d’Atys, de Philippe Quinault pour le livret et Jean-Baptiste Lully pour la musique, restituée ici au plus près de la création de cette tragédie lyrique au château de Saint-Germain-en-Laye le 10 janvier 1676 devant le roi Louis XIV qui aimait cet opéra au point d’en fredonner lui-même quelques airs. Après sa renaissance en 1986 sous la direction de William Christie qui donna un brillant coup d’envoi à la redécouverte de la musique baroque française, l’oeuvre a été reprise à plusieurs reprises par Hugo Reyne, Christophe Rousset et Leonardo Garcia-Alarcón. C’est à présent Alexis Kossenko à la tête des Ambassadeurs et de La Grande Ecurie qui s’en sont emparés en la présentant présenté (sic) en concert et sur scène avant de l’immortaliser dans cette nouvelle et brillante publication. La direction chaleureuse et énergique de Kossenko n’a plus rien d’une exhumation et vient galvaniser une distribution sans faille dominée par les personnages principaux superbement incarnés par Mathias Vidal (Atys), Véronique Gens (Cybèle) et Sandrine Piau (Sangaride) pour ne citer qu’eux très injustement. Cette nouvelle version s’écoute avec une sorte d’exaltation de chaque instant grâce à une qualité musicale qui ne faiblit à aucun moment et à une prise de son très vivante aux couleurs chatoyantes. Fruit d’une musicologie éclairée et d’une interprétation quasi idéale, cette nouvelle version d’un opéra devenu mythique est une totale réussite."

Voilà qui donne envie de se précipiter chez son disquaire ou sur son ordinateur... 


Et voici ce qu'il faut savoir de Jason et Médée :

"Le mythe de Médée et Jason a inspiré de nombreux compositeurs et librettistes, la version française la plus connue de l’opéra étant Médée de Marc-Antoine Charpentier. Reinoud Van Mechelen et son ensemble a nocte temporis ont choisi pour leur part de faire renaître la version de Joseph-François Salomon, parue vingt ans après celle de Charpentier. Médée et Jason de 1713 est tombé dans l’oubli mais a néanmoins connu une belle popularité au XVIIIe siècle puisque l’opéra fut repris à plusieurs reprises à La Monnaie de Bruxelles en 1726. L’abbé Simon-Joseph Pellegrin, également librettiste d’Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau, opte pour une lecture très psychologique du mythe. Dès le début, les personnages principaux sont pleins de doutes quant aux choix à faire, dessinant une version complexe mais captivante d’un point de vue émotionnel. Salomon en souligne les effets par des airs plein de fougue et des effets instrumentaux forts.

Après Céphale et Procris d’Élisabeth Jacquet de La Guerre, l’ensemble belge et son chef se réjouissent d’interpréter pour la deuxième fois une tragédie lyrique en version concert."

Si vous préférez l'audition directe au CD, il ne vous reste plus qu'à courir à la Grande Galerie Royale du Château de Versailles et à être assez rapides pour y arriver aujourd'hui-même à 19h pour une unique représentation...

 

vendredi 16 janvier 2026

Métamorphoses aux Augustins !

Le musée des Augustins, musée des Beaux-Arts de Toulouse (https://augustins.toulouse.fr/), a réouvert après une longue campagne de restauration. Je vous propose aujourd'hui de découvrir quelques chapiteaux d'inspiration mythologique de la salle des sculptures romanes, salle qui combine des oeuvres datant du Moyen Age et une muséographie moderne réalisée en 2014 par Jorge Pardo.

 

Commençons par deux bas-reliefs, sur la datation desquels les archéologues hésitent : Antiquité ou Moyen Age ? Je vous laisse choisir...

Provenance : basilique Saint-Sernin
 
Sagittaire belliqueux, sirène effarouchée. Sirène à visage humain et à corps d'oiseau, comme le veut la tradition antique.

Encore une sirène et un centaure sur le bas relief suivant, mais cette fois-ci, l'un ne chasse pas l'autre : tous les deux sont poursuivis par un chasseur.
 
 
Provenance : monastère de La Daurade
 
Avez-vous remarqué que la sirène se termine en queue de poisson ? Et que la coquette est en train de...
 

 
Mais oui ! De se coiffer... J'espère que sa coquetterie ne l'a pas perdue.
Et comme le centaure gambade allègrement !

En montrant, me semble-t-il, beaucoup d'intérêt pour la femme-poisson...

Continuons par des monstres inattendus et que la tradition antique n'atteste pas : des oiseaux pourvus d'oreilles et de dents.

Provenance : monastère de La Daurade

Plus traditionnel, la chasse au cerf. Actéon serait-il passé par là ?

Provenance : monastère de La Daurade

Et pour finir, un bas-relief qui n'a rien de métamorphique mais qui constitue mon coup de coeur : le roi David accordant sa harpe.

Provenance : monastère de La Daurade

 D'ailleurs, qui nous prouve qu'il ne s'agit pas d'Orphée accordant sa lyre ?...